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« Volcaniques : une anthologie du plaisir », une littérature érotique et militante

Telle une éruption, la sortie du livre « Volcaniques : une anthologie du plaisir », a suscité la curiosité et l’engouement des lecteurs. Elizabeth Tchoungui, Axelle Jah Njiké et Hemley Boum, l’ont présenté lors du salon du livre, le 21 mars dernier, pendant une conférence qui leur était attribuée. C’était l’occasion pour elles, de parler du plaisir féminin, une sensation qui fait encore peur de nos jours. 

Léonora Miano auteure de « Première Nuit, une anthologie du plaisir » est à l’initiative de son second livre, « Volcaniques : une anthologie du plaisir », paru aux Editions Mémoires d’encrier, le 8 mars dernier. Pour ce nouvel ouvrage, elle a fait appel à douze femmes, Hemley Boum, Nafissatou Dia Diouf, Marie Dô, Nathalie Etoke, Gilda Gonfier, Axelle Jah Njiké, Fabienne Kanor, Gaël Octavia, Gisèle Pineau, Silex, Elizabeth Tchoungui, Léonora Miano, auteures du monde noir, pour évoquer, à travers des nouvelles, leur notion de l’érotisme et du plaisir. Libérateur et poétique, cet ouvrage offre la possibilité d’imaginer des corps, mais aussi toute la sensualité qui en émane. Parfois avec un langage cru, sur le ton de l’humour ou plus grave, les histoires palpitantes, de femmes d’horizons et d’âges différents, sont narrées de manière naturelle, sans aucun détour. Femmes engagées et militantes, ces douze narratrices brisent les barrières d’un monde parfois inconnu, mais surtout très tabou que représente la sexualité où qu’elle soit, en Afrique ou en Occident. «Depuis longtemps, je nourris des convictions profondément féministes. Je me bats pour l’égalité femme / homme, sous toutes les latitudes et je tiens à ce que les droits de chacun ne soient pas bafoués. Conter une histoire homosexuelle au Cameroun, par exemple, c’est une manière pour moi de dénoncer l’homophobie. « Volcaniques : une anthologie du plaisir » s’inscrit dans cette démarche féministe mais aussi littéraire », note Elisabeth Tchoungui. C’est pour décrire ce plaisir, qui a longtemps fait peur et qui continue à susciter les interrogations masculines, que ces douze femmes revendiquent le droit au plaisir. «Le monde ne va pas s’écrouler parce que les femmes jouissent ! C’est à nous de le démontrer, c’est à nous de le dire. Nous avons ouvert la voie et nous espérons que les femmes, et notamment les plus jeunes poursuivront ce chemin et qu’elles feront également de la littérature érotique», ajoute Axelle Jah Njiké.

Une démarche initiatique

En Afrique et même si la littérature s’intéresse de plus en plus à l’érotisme féminin, celui-ci est souvent tu, un peu comme si la femme n’avait pas le droit au plaisir. L’excision est un fait qui le démontre, d’ailleurs. Même si les langues se délient pour parler de sexualité, la transmission inter-générationnelle ne se fait pas toujours correctement. «Pour ma part, je ne pense pas avoir été en rupture avec le sujet. Au Cameroun, on parle beaucoup de sexualité mais on ne va pas toujours à l’essentiel. Cela est sûrement lié à la relation à la mère. Il est important d’être amené à connaître son corps. Dans une relation à deux, chacun des partenaires doit avoir la liberté d’éprouver des sensations, du plaisir», précise Hemley Boum. Par l’utilisation de termes très imagés, « Volcaniques : une anthologie du plaisir » se veut, d’une certaine manière, être un livre d’initiation aussi bien pour les hommes que pour les femmes. «Je souhaite que ce livre soit un jour coédité pour pouvoir être lu par toutes et tous en Afrique, de même que dans les milieux de l’enseignement, à l’université, au lycée, au collège… Ce livre pourrait même être diffusé dans les associations, ici aussi. Il permettrait de lutter contre les standards de femmes « poupées » comme « Zahia » ou « Nabila », auxquelles certaines jeunes filles veulent s’identifier en construisant leur sexualité autour de ces représentations féminines. Nous souhaitons qu’elles s’ouvrent à d’autres approches de la sexualité, et qu’elles aient une réelle idée du plaisir», indique Elizabeth Tchoungui. Ce livre est une tribune de la liberté du plaisir féminin, mais il met aussi en évidence des exemples liés à la dureté sociale rencontrée par certaines jeunes femmes, partout dans le monde, et de la marchandisation des corps qui s’opère souvent de manière insidieuse. «L’image du corps et de la femme est problématique, nous n’avons pas insisté sur les critères physiques dans nos récits. Par ailleurs, la sexualité peut être dangereuse et c’est un pouvoir qu’utilisent certaines personnes mal intentionnées pour avoir de l’emprise sur leurs victimes», ajoute Hemley Boum. Ce livre invite chaque femme, amoureuse de son partenaire ou non, à explorer les diverses parties de son corps pour atteindre l’orgasme littéraire. Et pourquoi pas ? Sexuel aussi !


Par Darine Habchi

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