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Actualité

Uneca Le bras technique des Nations-Unies pour le développement économique de l’Afrique

Une des cinq institutions créées par l’Assemblée générale des Nations-Unies pour le développement économique des continents, la Commission des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA ou Uneca en anglais) intervient sur de nombreux dossiers aujourd’hui en Afrique. Interview du Professeur Martin Ndende, avocat-conseil et expert international auprès de la Commission économique africaine. Il intervient notamment sur les questions d’arbitrage maritime. Alors qu’une trentaine d’États en Afrique sont en litige sur des questions qui portent sur les ressources nationales transfrontalières.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

La commission des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA) intervient sur de nombreux dossiers aujourd’hui en Afrique. Concrètement, quel est le rôle de cette institution encore méconnue et quelle fonction y occupez-vous ?

La Commission des Nations-Unies pour l’Afrique est l’une des cinq commissions créées par l’Assemblée générale des Nations- Unies pour le développement économique des continents. C’est en quelque sorte le bras technique des Nations-Unies dans le domaine du développement économique en Afrique. On confond souvent la CEA avec l’Union Africaine, or ce n’est pas la même chose, mais nous travaillons en collaboration pour développer tous les plans des activités économique sur le continent. A travers la réalisation d’études, de l’accompagnement juridique, etc. Ce n’est pas une institution de financement mais d’assistance technique au service des États. Ce qui fait sa spécificité. En ce qui me concerne, je suis un nouvel intrus parmi cette grande maison composée d’éminents juristes. Je suis l’un des tous premiers juristes à avoir été recruté de l’université, en détachement, car je suis professeur à l’université de Nantes depuis 17 ans et autrefois à Brest pendant 15 ans, au titre de conseiller juridique pour accompagner l’action de la CEA dans l’opérationnalisation des activités économiques de la CEA. Concrètement, quand un État veut par exemple se doter d’un port, d’un aéroport, d’un barrage, ou d’une route il faut un accompagnement juridique parce que tout cela demande de l’ingénierie. Mon travail consiste à dispenser ce conseil technique auprès des États dans le domaine du droit. Je fais aussi dans la législation car nous rédigeons des lois, des codes, par exemple des codes miniers. Enfin, en tant que professeur, j’interviens également dans le domaine du renforcement de capacité.

Après l’économie verte et numérique, aujourd’hui la CEA encourage le développement de l’économie bleue sur le continent. Puisque vous réalisez des études, quel est le potentiel de l’Afrique dans ce domaine ?

Ce qu’il faut comprendre c’est que l’Afrique est extrêmement riche dans le domaine de la mer. On compte 16 millions de km² d’espace maritime ce qui est immense. L’Afrique a toujours été tournée vers la mer. Il y a toujours eu du commerce maritime depuis Carthage. Mais le concept d’économie bleue est nouveau. Il consiste à fédérer les activités productives qui se passent en mer, dans les fleuves et rivières, pour qu’elles soient cohérentes. Quand on pollue la mer, on pollue les fleuves et rivières, idem quand on exploite du pétrole ou du gaz en mer, ce sont les mêmes problématiques. Il s’agit de voir comment de manière intégrée articuler tout cela en tenant compte de ce qu’on appelle le développement durable. Car ce développement existe, l’Afrique ne peut pas être pauvre avec autant de richesse ! Il y a un véritable potentiel à exploiter. Pour cela, il faut faire en sorte que ce développement profite aux populations et ne se fasse pas au détriment de l’environnement et des générations futures. C’est pourquoi ce concept intéresse la CEA. Il faut voir ce qui a été perdu en raison de l’exploitation minière ou pétrolière, c’est du pillage ! Et ça continue aujourd’hui. On parle de 10 à 23 milliards de dollars perdus chaque année par les États.

Comme pour l’économie verte, il y a un double enjeu : développer et préserver…

C’est le même paradigme. Sauf que l’économie verte se développe dans les terres, où les uns et les autres sont propriétaires de leur espace, alors que dans l’économie bleu, dans les fleuves souvent partagés et dans les océans parfois disputés par les États. Il faut une réglementation internationale très complexe. Ce qui fait son originalité.

Et sa complexité. C’est à ce niveau que vous intervenez notamment ?

Effectivement. Actuellement, nous venons de terminer une étude qui révèle qu’une trentaine d’États en Afrique sont en litige sur des questions qui portent sur les ressources nationales transfrontalières. Cela fait beaucoup. Il faut faire très attention cela. Pour un réel développement il ne faut pas que les États passent leur temps à se disputer, il faut une concertation, de la négociation. Et nous, avec l’Union africaine, nous essayons d’accompagner les États afin que cela se passe de manière pacifique dans la tradition de la négociation africaine.


Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed