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Union Européenne annonce un partenariat « d’égal à égal » avec l’Afrique

Jean-Claude Juncker a annoncé plusieurs mesures fortes pour un nouveau partenariat avec le continent lors de son discours sur l’Etat de l’Union, le 12 septembre. Des réponses concrètes aux doléances africaines exprimées lors du dernier sommet Union africaine-Union européenne … Mais loin encore des 60 milliards de dollars promis par Pékin. Analyse.

Par Mérième Alaoui

Les relations UE-Afrique étaient au cœur du dernier discours sur l’état de l’Union du président de la commission européenne, prononcé par Jean-Claude Juncker, le 12 septembre. L’Europe doit « arrêter d’envisager cette relation du point de vue d’un donneur d’aide au développement » a-t-il exhorté. Un rapport qu’il reconnaît comme étant « insuffisant » voire « humiliant »… Le ton est donné.  « Plus de « charité » donc mais des engagements réciproques entre l’UE et « un continent cousin ». 

Création de 10 millions demplois en Afrique dans les cinq prochaines années

L’une des annonces phares est la création de 10 millions d’emplois en Afrique dans les cinq prochaines années. Les jeunes Africains ayant un besoin criant en formation, l’UE mise sur davantage d’échanges dans le cadre du programme Erasmus+, afin de former plus d’étudiants et de chercheurs. D’ici 2020, 35 000 étudiants devraient en bénéficier. Il s’agirait même de tripler ce nombre en 2027 selon J-C Juncker. Au total, un programme de compétences pourrait toucher 750 000 Africains. Et de rappeler que le continent déjà très jeune, va augmenter de 2,5 milliards d’ici à 2050.

La Commission européenne à travers son président, veut également mettre l’accent sur le secteur privé. Pour inciter à investir, elle propose la mise en place de prêts et garanties destinés à diminuer les risques. Les petites et moyennes entreprises devraient être particulièrement ciblées. Avant la fin de l’année, on annonce l’organisation de groupes sectoriels composés d’opérateurs publics, privés et financiers africains et européens « chargés d’examiner et de soutenir les évolutions stratégiques dans les secteurs économiques clés », comme le numérique, l’énergie, les transports ou l’agriculture.

L’Union rappelle que grâce à ses investissements dans les infrastructures et les transports, 24 millions de personnes auront accès à des « routes carrossables en toute saisons ». En ce qui concerne l’accès à l’électricité, 30 millions d’Africains et d’entreprises locales seront câblées via l’investissement dans les énergies renouvelables et au renforcement de la capacité de production de 5 GW.

Une aide qui doit être « recentrée »

La politique de financement à l’égard de l’Afrique semble être au cœur d’un recadrage plus profond. Le dernier bilan de la cours des comptes européens révélé le 18 septembre, démontre que l’aide de l’UE pour le financement de l’architecture africaine de paix et de sécurité (AAPS) doit être « recentrée ». Les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous, elle préconise que l’aide soit « davantage axée sur des mesures de renforcement des capacités plutôt que sur le financement des coûts opérationnels, et encourager l’Union africaine à renforcer sa participation dans l’AAPS de manière à ce que celle-ci soit financièrement indépendante ». Un recadrage général donc qui fait écho aux annonces fortes de Juncker.

Pour le président, il s’agit aujourd’hui de mettre sur la table des réponses concrètes aux débats engagés lors du dernier sommet Union africaine-Union européenne tenu les 29 et 30 novembre dernier à Abidjan dont l’axe était « Investir dans la jeunesse pour un avenir durable ». Dans son discours, Jean Claude Juncker a voulu marquer les esprits mais surtout tenter de rattraper le retard de l’Union vis-à-vis de la Chine qui a pris une avance certaine dans la course aux investissements. Xi Jinping a annoncé pas moins de 60 milliards de dollars en faveur de l’Afrique dans les trois prochaines années lord du dernier sommet de la coopération sino-africaine qui se tenait le 3 septembre dernier à Pékin. Difficile de faire le poids.

L’Union européenne ne veut donc pas perdre de temps. Des discussions avec des chefs d’état africains auraient déjà été entamées et on annonce des consultations dans les tout prochains mois. Un timing serré pour tenter d’appliquer ces décisions avant les prochaines élections européennes de mai 2019. Au risque que tous ces efforts ne se transforment en vœux pieux… Rien ne garantisse que le futur président de la Commission suivra ce programme.


Par Mérième Alaoui

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