The President of the European Commission, Ursula von der Leyen talks with the Chairperson of the African Union, Moussa Faki Mahamat, during her visit to the African Union in Addis Ababa, on December 7, 2019. (Photo by EDUARDO SOTERAS / AFP) (Photo by EDUARDO SOTERAS/AFP via Getty Images)
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UE-Afrique Nouveau cap, nouvelle approche

A quelques jours du lancement officiel de la nouvelle stratégie UE-Afrique, l’Union Européenne, en pleine reconfiguration post-Brexit, semble revoir sa feuille de route. Jusqu’ici concentrée sur l’obsession migratoire, l’approche serait davantage économique et la méthode plus « inclusive ». Analyse.

 

Par DBM

 

La première visite hors territoire européen de la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen,en terre africaine, en Éthiopie plus précisément, aura donné le ton. A quelques jours du lancement officiel de la nouvelle stratégie UE-Afrique, l’Union Européenne, en pleine reconfiguration post-Brexit, semble changer de cap. Jusque-là, les relations avec l’Afrique, historiques pour celles avec les anciennes colonies, étaient pour l’essentielle muent par les questions, voir l’obsession migratoire, et pourraient être résumées ainsi, en particulier pour les pays de la « zone tampon » méditerranéenne : développement contre contrôle des flux migratoires. Même si la montée de l’extrême droite sur le « Vieux continent » permet difficilement d’envisager une politique plus flexible vis-à-vis de l’immigration, la sortie du Royaume-Uni du l’Union a sonné comme une alerte pour l’espace des 27 désormais, conscient de l’impératif de nouer de nouveaux partenariats hors de la forteresse Schengen. Avec l’Afrique en particulier. Le continent de la prochaine croissance, celui dont la population doit doubler d’ici 2050, et qui comptera alors la plus forte proportion d’actifs au monde. Alors qu’il est d’ores et déjà celui de l’innovation technologique, de l’entreprenariat féminin, et le dernier réservoir en termes de biodiversité. En face, tel un miroir déformant, le « vieux continent », qui doit faire face à une démographie vieillissante, le ralentissement de la croissance, la perte de compétitivité face aux nouveaux dragons, tigres et autres puissances émergentes d’Asie et d’Amérique latine, met, voir remet l’Afrique, au cœur de sa stratégie.

 

« Il faut changer de discours et regarder l’Afrique sous l’angle de son devenir »

 

« Il faut changer de discours et regarder l’Afrique sous l’angle de son devenir : la terre de la plus jeune population mondiale, la plus grande région commerciale depuis la création de l’OMC, un appétit pour l’intégration régionale, l’autonomisation des femmes, et tout ça créant d’immenses opportunités économiques » déclarait ainsi Ursula Von Der Leyen. En somme, l’heure serait à un New Deal avec l’Afrique, décliné dans la nouvelle stratégie UE-Afrique qui doit être dévoilée début mars, et officiellement lancé lors du prochain sommet UE/Union africaine prévu en octobre à Bruxelles. Avec pour axes principaux, l’environnement, déjà affiché comme la priorité de la politique européenne des années à venir ; la croissance durable et l’emploi ; la transformation numérique ; la paix et la sécurité ; etc. Sans oublier, éternelle obsession européenne, la mobilité et la migration. Surtout, l’approche se veut nouvelle : il ne s’agit plus de « développement » mais de « partenariat ».

 

 

L’UE, premier partenaire commercial du continent et principal investisseur

 

 

Alors que l’accord actuel entre l’UE et les 79 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, (ACP) expire en mai prochain, l’enjeu consiste avant tout à stimuler les échanges commerciaux entre les deux continent. Sachant que l’UE, qui demeure le premier partenaire commercial du continent, a vu ses échanges avec les continents augmenter de 50% au cours de la dernière décennie. Tandis que les investissements privés se chiffrent à plus de 200 milliards d’euros par an, faisant ainsi de l’UE, le principal partenaire d’investissement de l’UE en Afrique. Un allié également pour la stabilité avec que des missions européennes sont déployées sur le terrain pour sécuriser, sur mandat de l’ONU, ou pour former les partenaires africains.

 

Reste que l’UE est talonnée, de plus en près, par les nouveaux « partenaires » de l’Afrique : Chine, Japon, Russie, États-Unis, Turquie, Israël, etc. Chacun redoublant d’efforts pour décrocher les meilleurs parts de marché sur le continent. Une compétition de plus en plus rude dans laquelle l’Union veut désormais jouer la carte, non plus de l’histoire, de la proximité culturelle ou géographique, mais du co-développement. Avec un objectif chiffré : 44 milliards d’euros d’investissements dans le secteur privé promis dans le cadre du Plan extérieur d’investissement lancé par la Commission Juncker. C’est ce qu’attend le nouveau leadership à l’œuvre en Afrique. D’autant qu’avec l’entrée en vigueur prochaine de la ZLECAf, les opportunités commerciales et d’investissement entre les deux continents devraient croître. Reste à en définir le cadre. Il sera développé dans le nouveau partenariat UE-Afrique…

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