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Uber au Maroc et en Afrique : Un luxe ?

L’application UberX lancée au Maroc se situe dans le haut de la fourchette des prix proposés par tous les services de transports concurrents. Comme dans les autres villes africaines où elle est présente, à l’exception de Johannesburg et Cap Town, Uber mise sur la qualité du service et la commande en ligne pour faire la différence.

L’application UberX a été lancée le 21 juillet 2015 à Casablanca. Depuis deux ans, Uber égrène les nouvelles ouvertures sur le continent. En août 2013, l’application américaine aborde le continent par Johannesburg et Cap Town, en Afrique du Sud. En juillet 2014, c’est au tour de Lagos et Abuja au Nigéria, puis, en novembre, le Caire en Egypte. Nairobi, au Kenya, suivra un mois plus tard, en janvier 2015.
Alors qu’en Europe et aux Etats Unis, Uber casse les prix et marche sur les platebandes des taxis grâce à son application UberPop, en Afrique, l’application américaine se lance en mode luxe. Johannesburg et Cap Town sont ainsi les seules villes africaines où Uber a choisi de casser les prix au point d’entrer en confrontation directe avec les chauffeurs de taxi de la même façon qu’à Paris. « Au Maroc et dans certains pays africains, le positionnement d’Uber est différent de celui de l’Europe ou des Etats-Unis car il y a un besoin de transport de qualité et sécurisé à un prix raisonnable », affirme Meryem Belqziz, manager général d’Uber pour Casablanca.
De fait, dans le microcosme du transport urbain casablancais, les tarifs d’UberX, service de VTC (voiture avec chauffeur professionnel), se situent au-dessus de toutes les catégories de transports conventionnels. Au sein de la ville-même, les voitures Uber roulent au milieu des petits taxis, des bus, des tramways et des grands taxis. Les grands taxis demandent 4dh par passager, mais offrent des trajets fixes et un confort plus que sommaire puisque il faut s’entasser à 6 dans une Mercedes de 3 places. Les bus, extrêmement vétustes, coûtent 4dh également quel que soit le trajet. Le tramway, comme neuf, offre un service parfait pour 6 ou 7dirhams mais ne dispose aujourd’hui que de deux lignes.
Seuls les petits taxis rouges, souvent vétustes et où il faut accepter la compagnie d’autres passagers réalisant sensiblement le même trajet, offrent la possibilité de courses flexibles pour un prix modique. Pour un même trajet moyen, un petit taxi comptera une vingtaine de dirhams contre 45 à 60dh pour les voitures d’Uber. « Pour l’instant nous n’avons pas eu de réaction des syndicats de taxi. Nous ne sommes pas leur concurrent », estime Meryem Belqziz.
Aujourd’hui, les petits taxis peuvent être commandés en ligne grâce à l’application itaxi.ma et taxii.ma rachetée cette année par le Careem, géant dubaïote et grand concurrent de Uber au Moyen Orient. Le site votrechauffeur.ma offre de son côté exactement le même service que Uber avec cependant une force de frappe nettement réduite. L’application marocaine annonce seulement 4 chauffeurs disponibles, contre plus d’une dizaine pour Uber. Surtout, pour la même course moyenne votrechauffeur.ma annonce 70dh, contre 40 à 60dh pour Uber. Contrairement à d’autres villes africaines comme Nairobi où se sont développées d’autres applications concurrentes de poids -Maramoja ou Sasa Cab- aucune de ces applications n’a rencontré de véritable succès.
En somme Uber crée au sein de Casablanca une nouvelle catégorie de transport entre le petit taxi et la voiture avec chauffeur attachée au service d’un individu ou d’une société. Le service est dédié aux urbains actifs, connectés et disposés à payer en ligne ; des personnes en déplacement dans le cadre de leur travail qui veulent pouvoir présenter une facture à leur entreprise. Cette catégorie de clientèle ne regarde pas trop la dépense mais forme un segment de marché particulièrement étroit.
Hors des limites de la ville, là où les petits taxis n’ont pas le droit de se rendre, les véhicules d’Uber seront en concurrence avec les grands taxis, d’autres voitures avec chauffeurs et éventuellement les trains. Le trajet du centre-ville à l’aéroport est ainsi un élément clé du service UberX dans toutes les villes où il intervient. Là encore, alors que le train coûte 45dh, et qu’un grand taxi pour un seul passager ou un VTC sans possibilité de commande en ligne prend 200 à 250dh, UberX annonce 300dh, comme Itaxi.ma, contre 350dh par votrechauffeur.ma. La petite bouteille d’eau et les fiches d’embarquement offertes dans la voiture seront-elles suffisantes pour faire la différence face au secteur conventionnel ?


 

Par Julie Chaudier