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Actualité

Turquie Des ambitions affichées et réaffirmées en Afrique

Avec des échanges commerciaux qui ont atteints les 20 milliards de dollars _ multipliés par 15 en 2 décennies_, la Turquie confirme ses ambitions africaines et s’affiche comme un partenaire “fiable et transparent”. Si les diasporas africaines sont dans le viseur d’Ankara, les entreprises françaises également.

Par Dounia Ben Mohamed

Une vingtaine d’ambassadeurs africains, les représentants du Medef, du Cian, Business France et autres organisations du secteur privé français, des patrons de grands groupes turcs membres du Conseil turc des relations économiques extérieures (DEIK) … Une cinquantaine de personnalités, soigneusement sélectionnées, étaient réunies le 27 février dans la soirée à la résidence de l’ambassadeur de Turquie, à Paris. « Pour une noble mission » selon Ismail Hakki Musa, l’Ambassadeur de Turquie, à Paris, initiée par le Deik, et destinée à « renforcer nos échanges avec nos homologues français pour une coopération affirmée en Afrique ».

Une coopération « droit dans les yeux »

La Turquie se propose ainsi de jouer un rôle de « trait d’union » entre ses « frères africains » et les entreprises françaises, dans un continent où il ne s’agit « pas seulement de faire des affaires » mais d’accompagner « des hommes et des femmes qui œuvrent à construire un avenir meilleur » et en quête, dans leur mission, « de partenaires valables ». « Nous avons l’ambition de le faire » indiquera sans détour l’ambassadeur, soulignant au passage « la particularité » de la politique africaine portée par la Turquie, « basée sur des relations humaines, solides » et qui regardent ses homologues africains « droit dans les yeux ». « Ce qui caractérise notre politique : l’empathie et la transparence. Notre président a réalisé 27 missions en Afrique. Ce qui marque une volonté d’aller parler avec les Africains, de les écouter, de comprendre leur besoin, pour une meilleure collaboration. »

Des échanges commerciaux passés de 3 à 20 milliards de dollars

L’occasion pour le représentant d’Ankara de dresser un bilan succinct, mais néanmoins révélateur, de l’expansion Turque en Afrique. « Nos relations avec l’Afrique ont pris un élan considérable au cours de ses dernières décennies. J’ai personnellement œuvré pour l’ouverture de nombreuses ambassades ». Avec pour résultat, 42 ambassades turques sur le continent, contre 12 il y a une dizaine d’années.  En parallèle, une vingtaine de missions économiques organisées en 23 mois. « Un record » relève l’ambassadeur. Ce qui s’est traduit par un fort accroissement des échanges commerciaux, passés de 3 à 20 milliards de dollars.

1377 projets immobiliers et des infrastructures dans une quarantaine de pays pour une valeur de 67 milliards de dollars  

Une expansion portée par le réseau de Turkish Airlines, la compagne nationale, qui relie aujourd’hui Istanbul à 55 destinations sur le continent, dans 37 pays. « Le TIKA, notre agence de coopération, a versée 8 milliards de dollars en 2018 au titre de l’aide au développement. Ce qui classe notre pays au deuxième rang mondial en termes de ration PIB/aide au développement. Un tiers de cette aide a été dédiée à l’Afrique. » La Turquie figure également comme un des investisseurs en Afrique, avec des IDE qui ont franchi la barre des 7 milliards de dollars. Ce qui est encore loin des 60 milliards promis par Pékin mais confirme l’expansion turque en Afrique. Un partenaire dont l’expertise dans certains secteurs est particulièrement sollicité, dans le BTP et les infrastructures notamment. «  Les Turcs ont réalisé 1377 projets immobiliers et des infrastructures dans une quarantaine de pays pour une valeur de 67 milliards de dollars. » Parmi ces ouvrages, l’aéroport international Blaise-Diagne de Diass, au Sénégal, par le consortium turc Summa-Limak ; une autoroute en Éthiopie par un autre opérateur turc ; l’exploitation et la mise en œuvre du port de Mogadiscio en Somalie… « Notre président, alors premier ministre, a visité ce pays où personne ne voulait mettre un pied. Et nous en sommes fiers ! » Car, au-delà des échanges commerciaux, la Turquie s’affiche comme un partenaire politique, y compris dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. « Notre pays a été victime d’une tentative de coup d’État en juillet 2016. Notre gouvernement a mené une lutte acharnée contre ce groupe terroriste qui menaçait de déstabiliser plusieurs pays avec des ramifications y compris en Afrique. »

En attendant, la Turquie, qui a accueillie depuis 1992, plus de 10 000 étudiants africains, invite ses homologues français à une coopération bilatérale en Afrique, « sur les bases de cette politique fondée sur l’empathie et la transparence », souligne toutefois l’ambassadeur. D’autant que ces entreprises bénéficient aujourd’hui d’un cadre juridique adéquat : dans le cadre de la visite en France du président Recep Tayyip Erdogan, en janvier 2018, Turc Eximbank a signé un accord de coopération avec Bpifrance Assurance Export. Lequel vise à assurer des assurances et garanties conjointes pour l’exportation de biens et services des deux pays, ainsi que pour les projets qui seront réalisés conjointement par la France et la Turquie dans des pays tiers. En Afrique entre autres.

Le partenariat avec la Turquie, un «  multiplicateur » d’opportunités

Une approche turque qui semble être appréciée sur le continent à en croire l’ambassadeur du Rwanda en France, Jacques Kabale. Le doyen des ambassadeurs africains à Paris, après avoir rappelé la présence « historique » de la Turquie en Afrique, dont « les grandes routes commerciales ont traversé le continent et les comptoirs ottomans sont devenus des plateformes commerciales », « Ankara a soutenu nos indépendances » soulignera-t-il, confirme la nouvelle impulsion africaine donnée par Erdogan, alors premier ministre. « 2018 marque les vingt ans du 1er sommet turc-Afrique. Deux tiers des pays africains ont signé des accords commerciaux avec les Turquie. Les échanges commerciaux ont été multipliés par 15 en quinze ans, et nous espérons qu’ils continueront à croitre. » Evoquant à son tour, les dernières constructions turques, il qualifie l’Aéroport de Dakar et le Kigali Convention Center  de « prouesses architecturales », alliant traditions africaines et modernité. La signature du partenaire turc. Enumérant les secteurs prioritaires pour l’Afrique- industries, agro-business construction, services,…- le Rwandais rappelle : « A l’horizon 2050, un tiers de l’humanité sera africaine. Ce qui veut dire que rien ne se fera sans l’Afrique. » Concluant sur la dynamique entrepreneuriale portée par une génération d’Africains décomplexés, il qualifie le partenariat avec la Turquie « de multiplicateurs » d’opportunités.

« La Turquie considère la diaspora comme un élément clé de sa relation avec l’Afrique »Et si les entreprises françaises sont dans le viseur de la stratégie africaine de la Turquie, la diaspora également. « La Turquie considère la diaspora comme un élément clé de sa relation avec l’Afrique » indique le président- coordinateur des Conseils d’affaires DEiK / Turquie-Afrique, Tamer Taskin. Outil stratégique de la promotion du commerce Turquie-Afrique, le Deik, déjà en collaboration avec 50 organisations réparties dans 45 pays africains, entend désormais « approfondir les relations bilatérales avec la France et la diaspora africaine ». Et de lancer un appel : « Chers femmes et hommes d’affaires de la diaspora africaine et de la France, j’aimerais vous inviter à unir vos forces avec vos partenaires commerciaux turcs pour construire un partenariat stratégique durable dans les pays africains. » En attendant, le DEİK organisera des missions commerciales au Benin, au Togo, au Mali, en Sierra Leone et aux Seychelles durant le mois d’avril.