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Tunisie Un variant et des interrogations

Depuis quelques jours, la Tunisie fait face elle aussi à son variant de la Covid-19. Personne n’en mesure les conséquences, alors que le pays vit une nouvelle crise politique et que l’économie peine à se relever de la crise du coronavirus. Et pourtant, certains secteurs résistent, l’agroalimentaire, l’économie numérique, la santé entre autres.   

 

Par Talel de Sinta, à Tunis

 

Après la Grande-Bretagne, l’Afrique du Sud et le Brésil, pour ne citer que ces pays, la Tunisie est confrontée, à son tour, à un variant de la Covid-19 détecté sur deux individus, dont un est décédé, l’autre est âgé de 17 ans.

Est-ce que ce nouveau variant est plus ou autant contagieux que les autres variants ? Est-il ou non résistant aux vaccins ? Quelle stratégie pour stopper son éventuelle propagation ?

En tout cas, selon Hechmi Louzir, directeur de l’Institut Pasteur de Tunis et membre du Comité scientifique national, tous les variants peuvent, d’une manière ou d’une autre, être contagieux.

 

En attendant les premiers vaccins…

 

Concernant ce variant tunisien à qui on a donné le nom de “variant 501“ ou “mutant 501“, Hechmi Louzir explique que pour le détecter, un échantillonnage a été effectué pour les testés positifs du PCR, c’est-à-dire un séquençage partiel.

Et le spécialiste de rappeler qu’un nouveau variant n’est autre qu’une nouvelle mutation du virus. De ce fait, il estime urgent de faire davantage de séquençage et une enquête afin de savoir comment et dans quelles conditions le virus a muté, et s’il est dangereux ou non.

Conséquence de la détection de ce variant, l’Algérie a décidé, le 23 février de fermer ses frontières avec la Tunisie, et de suspendre la livraison des autorisations de passage spéciales. Cette décision algérienne risque de faire mal aux populations qui vivent près des frontières entre les deux pays.

Alors que les livraisons des premières doses de vaccins sont toujours attendues.

 

… l’économie patine

 

Une nouvelle crise pour ce pays d’Afrique du Nord déjà fortement fragilisé par la pandémie. Pratiquement tous les secteurs de la vie sociale et économique ont été touchés, les entreprises (grandes, pme/pmi), les associations, etc., avec leurs corolaires le chômage, l’aggravation de la pauvreté en termes monétaires mais aussi en termes de dépenses (alimentaire, éducation, santé).

Pour preuve, les récentes émeutes des jeunes qui ont secoué le pays pour revendiquer une politique sociale pouvant leur voir le bout du tunnel.

Et les chiffres sont là pour le démontrer. Le taux chômage atteint près de 18% de la population active au 4ème trimestre (chiffres de l’INS), soit 725 100 chômeurs (contre environ 630 000 avant la crise).

En 2020, l’économie tunisienne a enregistré une baisse de 8,8% par rapport à 2019, selon l’Institut national de la statistique (INS), avec une régression au cours du quatrième trimestre du produit intérieur brut (PIB) de 6,1% par rapport au quatrième trimestre de 2019.

Pour sa part, le déficit courant s’est établi à 7,5 milliards de dinars durant l’année 2020, soit -6,8% du PIB, contre un déficit de près de 9,7 milliards de dinars (-8,5% du PIB) en 2019, selon la Banque centrale de Tunisie (BCT).

Par contre, en moyenne annuelle, l’inflation s’établit à 5,6% contre 6,7% en 2019 et 7,3% en 2018. Une bonne nouvelle.

 

Les secteurs bancaire et des start up, l’espoir

 

Et il y en a d’autres. Certains secteurs résistent tandis que d’autres se relèvent. En effet, impactées mais très sollicitées, et par les entreprises et par les particuliers, les banques tiennent le coup, comme le prouve leur double résilience au niveau de l’activité de la collecte de l’épargne (+9,4% de croissance), tirée essentiellement par Wifak Bank (+38,9%), l’ATB (+23,7%), et de l’activité de crédit avec une croissance de 5,9% pour l’UBCI, 9,1% pour la BIAT et 15,6% pour la BNA.

Le secteur des télécommunications n’est pas en reste, notamment les trois opérateurs téléphoniques (Tunisie Telecom, Orange Tunisie et Ooredoo Tunisie) qui a progressé de 3% en moyenne en 2020. C’est grâce à eux que les Tunisiens et les entreprises ont pu tenir pendant le premier confinement (mars-avril-mai 2020), en ce sens qu’ils ont permis le télétravail partout où cela était possible.

Dans leur sillage, on trouve les entreprises qui opèrent dans le secteur du numérique, des start up qui ont émergé suite à la pandémie du coronavirus et qui se développent, notamment celles qui évoluent dans le domaine de la robotique et l’intelligence artificielle. C’est ainsi qu’on a assisté à la fabrication d’un robot agricole (Atlas), d’un robot chargé de faire respecter le couvre-feu, un autre déployé dans un hôpital pour aider les soignants à faire face au coronavirus (conçu et fabriqué par ENOVA), etc.

Toujours dans le secteur des technologies, aujourd’hui, la Tunisie compte près de 460 entreprises labélisées “Start up Act“ qui ont généré près de 3 500 emplois.

Ensuite, les entreprises agroalimentaires, certes elles aussi ont été impactées mais pas anéanties, commencent à relever la tête, avec la reprise des exportations quoique limitées. Et après avoir chuté de 17,5% en juin 2020, les entreprises du secteur ont réalisé un bond de 9% en décembre 2020. D’ailleurs, environ 62% des entreprises des industries agroalimentaires affirment avoir réalisé des bénéfices en 2020, dont 70 évoluent dans le du lait, céréales, conserves alimentaires, viandes…).

On n’oublie pas non plus le secteur de la santé, dont les cliniques qui accueillent de nouveau de plus en plus des clients étrangers. Le tourisme médical drainerait plus de 2,5 milliards de dinars pour la Tunisie, selon le président de la Chambre nationale des entreprises de soutien aux services de santé (relevant du patronat UTICA).

 

Une énième crise au sommet de l’Etat

 

Reste cette nouvelle crise politique, le bras de fer entre le président Kaïs Saïed et le chef du gouvernement Hichem Mechichi, par le Parlement interposé. Le premier refusant de valider le nouveau gouvernement proposé par le second le 27 janvier dernier, certains membres étant soupçonnés de corruption… Malheureusement, cette crise au sommet de l’État risque, elle, de perdurer.

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