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L'editorialLe dossier du mois

Tunisie : Retrouver son africanité ?

La Tunisie, a donné son nom au continent Ifriqiya, nous l’avons entendu et réentendu à chaque occasion mais le Tunisien assume réellement son africanité ? Et nos voisins subsahariens le ressentent-ils chez nous ?

Par Mohamed Ali Aboudi *

Je n’oublierai jamais ce souvenir de ma première visite au Mali. A chacun de mes voyages, je cherche toujours à apporter un souvenir du pays. Je suis ainsi rentré dans une boutique d’antiquaire où un jeune homme m’a accueilli avant de m’interroger. « Vous êtes Marocain ? »  Je réponds non. Il me dit alors « Vous êtes Carthaginois ». Sa réaction m’a surprise, pourquoi me dit-il Carthaginois et non Tunisien ? Je l’interpelle à ce sujet et sa réponse a été des plus surprenantes. « C’est parce que nous avons une histoire commune : la route de l’or blanc, le sel qui arrivait d’Afrique du nord à travers Carthage pour passer par l’Algérie et arriver au Mali avant de poursuivre dans la sous- région… »

La Tunisie post-révolution, un pays africain qui donne une leçon de liberté

La Tunisie post-révolution (14 Janvier 2011) est un pays africain qui donne une leçon de liberté, d’ouverture et regagne le club des pays africains qui ont luttés pour instaurer une démocratie durable. Cette Tunisie post-révolution a séduit, a donné l’exemple et en a inspiré d’autres. Les libertés ont progressé alors que l’économie peine à redémarrer. C’est le paradoxe que nous connaissons aujourd’hui. Huit ans après la révolution, le pouvoir d’achat du tunisien est en berne, il n’arrive pas à créer de la richesse, la notion de travail a été entachée, et la machine export cale. La Tunisie n’est plus compétitive.

Que faire alors que les conservateurs gagnent les élections, bâtissant des murs autour de leurs frontières ? Les Européens d’une part, premier marché de la Tunisie, deviennent frileux ; l’éloignement des marchés américains avec un Trump versatile et un marché asiatique à la fois hyper- concurrentiel et très éloigné d’autre part… La Tunisie se rappelle alors qu’elle est africaine est regarde enfin, après plusieurs années d’absence, en direction de son Sud. Une poignée de grands groupes et d’hommes d’affaires tunisiens ont ouvert la voie, ils ont investi dans la relation tuniso-africaine, avec succès, alors que la majorité de leurs homologues continuent à tourner le dos à ce majestueux continent. Or, à regarder aussi longtemps vers le haut, on se risque à des torticolis…

« Revenir aux sources, ça coule de source, pour cela la Tunisie doit assumer son africanité »

Aujourd’hui, on assiste à un frémissement. L’approche se veut plus réactive, le secteur privé multiplie les missions économiques ici et là sur le continent, allant dans tous les sens, sans fil conducteur ni stratégie, et même parfois avec des attitudes antagonistes.

Revenir aux sources, ça coule de source, pour cela la Tunisie doit assumer son africanité, ses racines, son histoire et jouer pleinement son rôle dans le développement du continent. La Tunisie doit entretenir sa culture africaine, protéger les ressortissants subsahariens qu’elle accueille et donner l’exemple d’un pays qui s’est libéré de ses chaînes et assure, à tous, la même liberté.

 * Mohamed Ali ABOUDI est CEO de l’agence de communication MAAP ; il est par ailleurs producteur de l’émission « Cap sur l’Afrique », diffusée sur la radio Shems FM, le premier programme dédié à l’Afrique en Tunisie.

https://www.shemsfm.net/fr/emission/465/cap-sur-l-afrique