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Tunisie Les ambitions du secteur pharmaceutique

En Tunisie, l’industrie pharmaceutique est portée par des laboratoires et des sociétés de biotechnologie et des investissements de l’ordre de 1,4 milliard de dinars pour 10 000 personnes employées, constituant un important moteur de croissance de l’économie nationale. 

Par Talel de Sinta, à Tunis

L’industrie pharmaceutique est le secteur économique qui regroupe les activités de recherche, de fabrication et de commercialisation des médicaments pour la médecine humaine ou vétérinaire.

La Tunisie s’est dotée d’un système pharmaceutique dès le début de son accession à l’indépendance en 1956, avec le départ des pharmaciens et représentants de laboratoires étrangers qui assuraient l’importation et la distribution de médicaments en Tunisie. Du coup, il a fallu définir les nouvelles prérogatives de la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT). Dès lors, cette dernière a été chargée d’ouvrir des dépôts de médicaments appelés « agences pharmaceutiques » dans les villes et les localités dépourvues d’officines, et d’assurer l’importation des médicaments. 

Ainsi, une loi de 1961 définit la PCT comme « le monopole de l’importation de toutes les spécialités pharmaceutiques étrangères, non représentées en Tunisie, ainsi que la représentation des produits qu’elle pourrait obtenir par la suite ».

Aujourd’hui, la Tunisie figure parmi les pays africains pouvant se targuer d’avoir une industrie pharmaceutique bien structurée. L’essor de ce secteur fait suite à la mise en place des phases de privatisation et d’incitation accompagnées d’un cadre fiscal et réglementaire plus adéquat au début des années 1990.

C’est ainsi que la couverture des besoins du marché en médicaments par la production locale est passée de 14% en 1990 à plus de 51% en 2019.

L’instauration d’un cadre réglementaire et juridique a permis la mise en place d’un Système national d’assurance qualité des médicaments répondant aux normes internationales. 

Le pays compte aujourd’hui 56 unités de production de médicaments. Vingt-huit (28) d’entre elles produisent des médicaments à l’usage humain, 6 sont des producteurs de médicaments pour animaux, 22 unités produisent des équipements médicaux (dont la moitié sont des entreprises exportatrices). 

La Tunisie dispose également de 35 centres de recherche, de plus de 600 unités spécialisées dans la recherche scientifique et quelques 150 laboratoires. 

La hausse de la production de l’industrie pharmaceutique est illustrée par la valeur de la production locale de médicaments et dispositifs médicaux qui est passée de 15 millions de dinars tunisiens en 1990 à plus de 800 millions de dinars en 2019.

Le circuit de distribution des médicaments en Tunisie

L’approvisionnement local concerne les produits médicamenteux génériques fabriqués sous licence, des médicaments ayant des formes liquides et pâteuses et les produits importés (sérums, vaccins, etc.).

La distribution des médicaments sur le marché tunisien suit un circuit d’approvisionnement bien défini, à savoir que les médicaments distribués proviennent des fabricants locaux mais aussi de l’importation. Et deux structures assurent exclusivement les importations des produits pharmaceutiques, à savoir l’Institut Pasteur de Tunis pour les vaccins, sérums, allergènes et autres produits sanguins, d’une part, et la Pharmacie centrale de Tunisie pour tous les autres types de médicaments.

Grâce aux génériques

Concernant la fabrication des génériques, ces derniers doivent présenter la même quantité de principes actifs que le princeps et avoir la même forme. Ces médicaments doivent être les équivalents thérapeutiques aux princeps. Ils représentent un vecteur de croissance important pour le marché pharmaceutique mondial mais aussi tunisien, étant donné les marges qui s’en dégagent. 

Cependant, jusqu’à la fin des années 1990, les génériques n’avaient pas connu l’essor escompté en Tunisie pour plusieurs raisons (absence du droit de substitution, faible différentiel de prix l’opposant au princeps, culture de prescription en nom de marque et non de molécule active). Par la suite, les industriels locaux ont favorisé l’orientation vers des contrats d’exploitation sous licence. Depuis, la tendance s’est inversée et les génériques représentent désormais le fer de lance de l’industrie pharmaceutique tunisienne. 

Certaines réformes ont bénéficié aux génériques tels que la loi n° 2008-32 du 13 mai 2008 autorisant le pharmacien a « procéder à la substitution d’une spécialité pharmaceutique prescrite par une autre spécialité ayant la même forme pharmaceutique et la même composition qualitative et quantitative en principes actifs ». 

La réforme du système de sécurité sociale, prenant en compte le prix du générique comme base pour le remboursement de certains médicaments, a favorisé, elle aussi, l’essor de cette classe de médicaments.

Impact de la Covid-19 sur le marché des médicaments

A l’instar de tous les autres secteurs économiques, l’industrie pharmaceutique a été fortement impactée par la pandémie de Covid-19. Ainsi, le marché des médicaments a enregistré une évolution globale de 9% en 2020, contre 18% en 2019. Cette baisse est expliquée par les restrictions internationales sur la logistique, mais aussi celles locales à l’exportation.

Quid du secteur pharmaceutique mondial ?

Le marché pharmaceutique mondial est largement dominé par les Etats–Unis. En 2016, le chiffre d’affaires du marché mondial du médicament était évalué à près de 950 milliards de dollars, en croissance de 3 % par rapport à 2015. Le marché américain (Etats-Unis) reste le plus important, avec 47 % du total mondial, loin devant les marchés européens (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni et Espagne), qui réalisent, ensemble, 15,4 % de parts de marché, le Japon 8,4% et les pays émergents (Chine et Brésil notamment) 10,1 %. 

In fine, la Tunisie ambitionne de parvenir, à l’horizon 2025, à créer entre 4 000 et 5 000 nouveaux emplois, d’augmenter les investissements directs du secteur de 1,4 milliard de dinars à plus de 2 milliards de dinars, de faire progresser la valeur des exportations de 192 MDT en 2019 à 800 MDT en 2025. Il s’agit également de couvrir, en 2025, 62% des besoins du marché local en médicaments contre 51% en 2019.

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