ArchivesLe dossier du mois

Tunisie Dar Ben Gacem, une maison d’hôtes pas comme les autres

Située au cœur de la Médina, Dar Ben Gacem, invite les étrangers à découvrir l’histoire de la Tunisie à travers son patrimoine culturel. Une initiative portée par Leïla Ben Gacem, qui vise à valoriser l’artisanat local, un secteur en crise avec la chute de l’activité touristique, tout en créant des emplois pour les jeunes. Une urgence dans un pays encore en reconstruction post-révolutionnaire.

Par Dounia Ben Mohamed, à Tunis 

C’est une tendance qui se confirme. Si les hôtels traditionnels et le tourisme balnéaire n’a plus la côte en Tunisie depuis la révolution et les attaques terroristes dont a souffert la Tunisie, une niche se développement depuis quelques années. Les maisons d’hôtes. Des initiatives portées par des particuliers ou des associatives et qui invitent les étrangers, en particulier ceux qui cherchent à comprendre la révolution tunisienne, à découvrir la Tunisie de l’intérieur. Reste que toutes les maisons d’hôtes ne se ressemblent pas. Parmi elles, Dar Ben Gacem, affiche un concept tout a fait particulier.

« J’ai longtemps vécu à l’étranger, j’ai beaucoup voyagé, et je voyais que la Tunisie ne reflétait pas l’image qu’elle méritait. C’est devenu une obsession. »

Installé au cœur de la Médina, dans une maison datant du 18ème siècle, l’établissement offre, dès le premier coup d’œil, une rétrospective de l’histoire moderne du pays. Aménagées autour d’une cour intérieure, selon le modèle architectural de l’époque, les 7 chambres cohabitent avec des mosaïques et carrelages d’époques harmonieusement associées à des œuvres contemporaines. Selon le dessein de Leila Ben Gacem, maitresse des lieux. Biologiste médicale de formation qui a passé sa carrière professionnelle dans de grandes multinationales, cette dernière a opéré en 2006 un virage à 180° pour devenir… entrepreneur social. « J’ai longtemps vécu à l’étranger, j’ai beaucoup voyagé, et je voyais que la Tunisie ne reflétait pas l’image qu’elle méritait. C’est devenu une obsession. » Elle n’hésite alors pas à repartir de zéro pour, dans un premier temps, se faire consultante en artisanat pour le compte d’institutions nationales et internationales avant d’entendre parler de  cette maison, Dar Ben Gacem, vieille de trois siècles, mise en vente par ses propriétaires, pour laquelle elle aura « un coup de cœur ».

« Cette Maison raconte une histoire positive de la Tunisie. »

« Cette Maison raconte une histoire positive de la Tunisie. Cette maison témoigne des apports des Arabes, des Turcs et autres civilisations à la culture tunisoise ». Après deux années de laborieux travaux de restauration, la maison ouvre ses portes. Et trouve immédiatement sa clientèle. « Le mois prochain nous fêterons nos cinq ans. Le taux d’occupation tourne autour de 50% en moyenne. C’est essentiellement une clientèle internationale, curieuse, intéressée par l’histoire, la culture tunisoise. Par exemple, cette semaine nous recevons une équipe de photographes américains qui viennent pour une mission. Ils ont choisi Dar Ben Gacem pour s’imprégner de notre culture. Ils viennent échanger avec nos artisans, prendre un café avec un des jeunes étudiants chômeurs qui errent dans les environs, manger nos petits plats ». Une proximité avec les Médinois associée au confort et à la qualité de service qu’offre la Maison qui lui ont valu de décrocher le prestigieux label « Certificate of Excellence » trois années de suite par le site de réservations en ligne Tripadvisor. 

« Nous voulons encourager les jeunes à entreprendre dans le domaine culturel. »

Mais ce n’est pas tout. Car la maison d’hôte s’inscrit dans le cadre d’un projet beaucoup plus large porté par Leila. « Nous avons un patrimoine culturel extrêmement riche en Tunisie mais encore trop peu exploité. Le tourisme tient une place importante dans les stratégies gouvernementales mais la valorisation du patrimoine, le tourisme intégré et responsable restent en dehors des écrans ». D’où l’engagement de Leila aux côtés d’associations qui œuvrent pour la valorisation du patrimoine culturel local. Parmi eux, le programme « Les secrets de la Médina ». « Ensemble, nous accompagnons les artisans locaux dans le développement de leur activité. Ils peuvent en marge de la fabrication de leur produit, développer des services comme des ateliers de calligraphie, de reliure, de création de bijoux, ou autre. Nous voulons encourager les jeunes à entreprendre dans le domaine culturel. »

« Si notre jeunesse ne s’investit pas dans notre quartier historique, ce patrimoine sera perdu »

Un combat qu’elle partage maintenant avec les artisans de la Médina. « Au début, il a fallu convaincre, rassurer, mais aujourd’hui les commerçants ont compris que nous avions le même objectif. Ce secteur ouvre également des opportunités pour les jeunes. Si notre jeunesse ne s’investit pas dans notre quartier historique, ce patrimoine sera perdu. Pour cela, nous travaillons avec les artisans, les associations culturelles, les jeunes, les autorités municipales ». Un message qu’elle porte aujourd’hui également sur la scène politique puisque lors des dernières élections municipales, en mai dernier, Leïla s’est présentée, dans sa commune de naissance Beni Khalled, sur une liste indépendante. « Nous ne pouvons pas agir chacun de notre côté. Notre travail doit se faire en harmonie et en synergie avec les acteurs publics, les opérateurs privés, les associations… Cela prend du temps mais le chemin est tracé ».


 

Par Dounia Ben Mohamed, à Tunis 

Ce message est également disponible en : AnglaisArabe