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Tribune Industrie créative et culturelle, le trésor endormi

Les industries artistiques et culturelles réunissent de nombreux secteurs. Ces secteurs se définissent en peu de mots et présentent un certain dynamisme en tirant profit de la propriété intellectuelle, du savoir, de l’information, de la créativité et de l’information. Ces industries génèrent 3 000 milliards de dollars chaque année et créent plus de 200 millions d’emplois dans le monde. Mais en Afrique, nous atteignons péniblement 2% de de cette somme et ne créons qu’une dizaine de millions d’emplois. Nous devons mal nous y prendre !

 

Par Raoul Rugamba*

 

 

Parmi ce qui me trouble le plus, je me suis souvent demander comment est-ce possible que ce secteur, qui ne demande pas d’énormes investissements, qui peut avoir de très bons résultats, d’extraordinaires retours sur investissement avec un impact positif, ne soit toujours pas considéré comme un secteur prioritaire dans les communautés et les pays africains. Pourtant tout cela pourrait avoir un impact et même transformer une communauté, une société, voire, le monde entier.

 

 

« Aujourd’hui tout le monde en parle mais peu de personnes sur le continent comprennent vraiment ce concept »

 

 

Le terme d’industrie culturelle et créative n’a pris forme que dans les années 90. Le Royaume-Uni en était le grand leader à l’époque. Aujourd’hui tout le monde en parle mais peu de personnes sur le continent comprennent vraiment ce concept. Pour être moi-même membre actif de cette industrie sur le continent, j’ai la chance de faire partie d’un immense réseau d’esprits éclairés, de penseurs, d’innovateurs, d’artistes et de nombreuses personnes exceptionnelles qui animent ce milieu depuis maintenant une dizaine d’années. Et deux choses sont admises : ceux qui veulent faire partie de cette industrie sont animé par la passion et il est difficile de faire partie de cette industrie.

 

Ayant la chance de faire partie de ce monde, j’ai toujours, et je continue à le faire, cherché à comprendre pourquoi cela était si difficile, comment réussir dans ce milieu, quel est la formule magique pour éviter de se noyer. Car la plupart de ceux qui y travaillent vivent au jour le jour.

 

En 2008, j’ai débuté dans l’industrie artistique, comme technicien sur certains événements. Je terminais à peine le lycée et une formation en électronique et télécommunication et mon oncle m’avait invité pour être dans son équipe technique. Nous étions sur le pont quasiment toutes les semaines, pour fournir une assistance technique et de l’équipement aux artistes et différents événements sur lesquels nous travaillions. Par la suite je suis allé à l’université où j’ai étudié l’informatique. J’ai alors pu combiner mes compétences techniques et technologiques. Je suis allé travailler en tant que technicien informatique à l’université du Rwanda où j’aidais les étudiants et professeurs dans leurs utilisations des technologies afin d’améliorer l’apprentissage.

 

Positionner les industries créatives comme secteur prioritaire en Afrique

 

En pensant à ces deux expériences, je réalise qu’il est incontournable d’offrir les compétences et les connaissances requises pour faire partie de l’industrie créative pour positionner cette industrie comme secteur prioritaire en Afrique. Aujourd’hui on parle de l’Afrique comme du plus jeune des continents. Cela devrait être une opportunité, et un argument suffisant pour mener une politique africaine autour de l’économie des savoirs. Par ailleurs, l’industrie créative pourrait aussi jouer un rôle important dans une petite économie circulaire.

 

Aujourd’hui le continent a plus d’outils, plus d’infrastructures (même si ce n’est toujours pas assez) qu’il n’en a jamais eu. Mais l’accessibilité à ces structures devrait être la priorité de tous les pays africains. Je suis persuadé que la complicité entre le secteur privé et public dans toute l’Afrique ne transformerait pas seulement la vie des pays africains mais aussi celle du continent et du reste du monde.

 

Nous Africains nous aimons ce qui vient du monde occidental. Nous pensons que ce qui a été fait à l’extérieur par des étrangers est meilleur que ce qui aurait pu être développé localement. Alors pourquoi ne pas avoir confiance en nous et pourquoi ne pas nous donner une chance ? Cela devrait être à l’agenda de l’Union Africaine. Il devrait être possible de développer des espaces de créativité et des laboratoires pour aider les Africains à s’essayer à de nouvelles choses, d’échouer et de réessayer s’il faut…

 

En ne mettant pas à disposition ces espaces aujourd’hui, nous nous assurons de nous revoir dans 50 ou 100 ans, toujours en train d’attendre « le grand moment africain ». Et dans cet espace de temps nous aurons donné bien plus d’opportunités aux Occidentaux de vendre leurs biens en Afrique et nous aurons fini de nous convaincre que ce sont eux qui sont les « experts » dans ces domaines. Et voilà qui ne manquera pas de réveiller de nombreuses frustrations une fois de plus.

 

« Travailler en réseau est le meilleur moyen d’y arriver ! »

 

Pour y arriver il faudra plusieurs choses. Les créatifs, d’abord, doivent comprendre que travailler en réseau est le meilleur moyen d’y arriver. Nous éduquer les uns les autres est le seul moyen d’apporter de la stabilité à nos entreprises. De leur côté, les gouvernements africains, doivent comprendre que l’industrie créative et culturelle est une industrie qui rencontrera peu de concurrence sur un marché qui pourrait être les 54 pays du continent et même au-delà. Les talents africains deviendraient alors nos pierres précieuses, notre matière première à échanger. Notre culture deviendrait notre principale force à l’international et l’image de l’Afrique en serait à jamais changée.

 

Supporter l’industrie créative c’est construire un futur au continent et à son peuple. Supporter cette industrie est un privilège et une opportunité que les pays africains ne peuvent pas manquer.

 

*Raoul Rugamba est le fondateur de Africa In Colors, un projet panafricain qui cherche à créer un écosystème autour de l’industrie créative sur le continent.

 

Twitter@raoulrugamba | @africaincolors

LinkedIn: Raoul Rugamba | Africa in Colors

 

 

 

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Tribune Creative and cultural industries in Africa, a sleeping treasure

Creative and cultural industries bring together several sectors, sectors defined in few and simple words, as sectors growing from the exploitation of one’s intellectual property, knowledge, information, creativity, and or innovation that could impact or transform a community, society, or the entire world.   These industries, the creative industries, generate globally three trillion dollars annually, creates 200 plus million jobs. In Africa, we barely reach 2% of that worth, and we create less than 10 million jobs through these industries. We must be doing things the wrong way !

 

By Raoul Rugamba*

 

Across Africa, the creative industries sectors differ from each African country. The term creative and cultural industries was there since, but only in the 90’s it started taking shape, the UK being on the lead of this, and today, everyone is talking about it, but few on the continent understand it.

 

Being part of the creative industries on the continent, I had a chance to be part of a great network, bright minds, thinkers, innovators, artists, and other exceptional human beings part of that field for close to 10 years now. Two things are sure, players of this industry are driven by passion, and it is a tuff industry to be part of.

 

For long, being lucky to work in this industry with its players, I always do, trying to figure out how one succeeds in this industry and how one uses a magical formula not to get drown.

 

« A positive impact, but not considered as a priority sector in African communities »

 

An industry part of an informal economy, people in this industry, the majority, live day after day, but what disturbs more is to think how it is a sector that requires minimal resources in terms of investments, but could have high outputs, extraordinary ROI with a positive impact, but not considered as a priority sector in African communities, countries.

 

In 2008, I was introduced to the creative industries, started as a technician in events, had just finished high school in electronics & telecommunication. My uncle invited me to be on his team of technicians. From there, we were almost busy every week, providing equipment and technical assistance to events/artists. Growing up, I went to university, did computer science, and combined my technical skills with my skills in technology. My first job became my second job, and I went to work as an IT at the University of Rwanda, supported students and teachers, mainly with the use of technology in improving teaching and learning.

 

Looking at both backgrounds, the two worlds I lived in, I realize that empowerment, providing skills and knowledge required to be in the creative industries, is compulsory, and the only way to position the creative industry as a priority sector in African countries.

 

« The creative industry could play an important role not only in the knowledge economy but also the circular based economy »

 

Today when we say Africa is the youngest continent with the youngest population, it should be a great opportunity, a good and enough argument to drive the mission African countries had in terms of building a knowledge economy. By the way, the creative industry could play an important role not only in the knowledge economy but also the circular based economy.

 

Today, more than ever, the continent has more tools, more infrastructures (though they are not enough). Still, accessibility and affordability to those infrastructures should be on the top of the to-do list of African countries. I strongly believe complicity between private and public sectors across Africa would transform the lives of African countries and the continent and the rest of the world.

 

What I believe would be the next steps. Self-trust and empowerment. We, Africans, love what comes from the western world. We believe what has been made outside by the outsiders is better than what could be developed locally by locals. However, we forget that they are still trying things out, so why not trust the process and give ourselves a chance? This should actually be on the agenda of the African Union. It should seek to priorities enabling environments for creativity and labs to help Africans try out things.

The creative industry in Africa lacks environments that allow it to be. It allows it’s players to try things out, where they fail to make it on the second round or so. By not creating and enabling these environments today, we will get together in the next 50 – 100 years and still claim for “the African time,” and we will have given more room and opportunities to the westerns to have more to sell to Africa and convince Africa they are the “experts” in the domain, and that will awaken our complexity and frustration one more time.

 

« Supporting this industry is a privilege and opportunity African countries are getting to position themselves on the global market, sit on the high table »

 

For the creatives, working in a network is the way to go. Educating ourselves is the only way of bringing sustainability to our businesses. For African Governments, the creative and cultural industries are industries where Africa would face less competition, where the market could be the 54 countries on the continent and beyond, where African talents would become our minerals, our primarily natural resources to trade, our culture would be assets we export, and the image of Africa would never be the same, astonished, or manipulated. Supporting the creative industries is building the future of the continent and its people. Supporting this industry is a privilege and opportunity African countries are getting to position themselves on the global market, sit on the high table.

 

*Raoul Rugamba is the founder of Africa in Colors, a pan-African project working to build a creative industry ecosystem on the continent, for an industry that thrives and where players of this industry bring their bricks to build and develop our continent.

 

Twitter@raoulrugamba | @africaincolors

LinkedIn: Raoul Rugamba | Africa in Colors