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Tribune E-sport : le jeu peut commencer !

Le récent engouement pour l’e-sport en Afrique, porté par un certain nombre de critères aujourd’hui réunis, laisse présager une entrée en force du continent sur l’échiquier mondial de ce secteur. 

Par Désiré Koussawo*

J’inaugure aujourd’hui une nouvelle expérience, celle de contributeur à un média !

Groupe panafricain spécialisé dans l’observation des économies africaines, Africa News Agency me donne en effet l’opportunité de donner ma vision du développement de l’écosystème africain de l’e-sport. Le thème de ce numéro spécial d’Africa News Agency ? Les industries culturelles et créatives, communément appelées ICC, et plus particulièrement l’e-sport, un usage particulier du jeu vidéo, pratiqué de manière compétitive.

L’e-sport, pratique compétitive du jeu vidéo

Pour commencer, définissons l’e-sport, cette pratique compétitive du jeu vidéo qui se traduit par l’affrontement de 2 joueurs ou 2 groupes de joueurs au travers d’une plateforme électronique, comme un ordinateur, une console de jeu, ou encore un téléphone mobile. Cela exclut donc de facto la pratique isolée du joueur affrontant l’intelligence digitale d’un jeu conçu pour une aventure “en solo”.

Qu’en est-il de cette pratique en Afrique ? Aujourd’hui,  force est de constater que les grandes franchises d’e-sport ne sont pas présentes sur le continent. Pas d’étape africaine du célèbre championnat mondial de League of Legends, le jeu le plus joué au monde. Pas de halte non plus pour les grandes compétitions du géant ESL, pourtant présent sur tous les autres continents avec ses titres phares comme Counter Strike: Global Offensive ou Dota 2. Nous pourrions égrener longtemps la liste des grands acteurs de l’e-sport mais sans en trouver un seul daignant poser ses valises sur le continent. Ce manque de compétition sous les latitudes africaines peut s’expliquer de multiples manières : le manque de joueurs et d’équipes de haut niveau, le soi-disant manque de potentiel économique de la filière sur le continent, le manque d’infrastructures technologiques pour favoriser le développement d’un écosystème compétitif majeur, etc …

“Un certain nombre de critères sont aujourd’hui réunis pour prédire au continent une arrivée massive sur la carte mondiale de l’e-sport”

Toutes ces raisons ne peuvent pourtant cacher la récente explosion de la pratique en Afrique ! De fait, un certain nombre de critères sont aujourd’hui réunis pour prédire au continent une arrivée massive sur la carte mondiale de l’e-sport. Tout d’abord, le nombre de joueurs ne cesse de croître, comme le démontrent les chiffres de la société Newzoo- spécialiste des segments gaming et e-sport-, qui évalue le nombre de joueurs au Moyen-Orient et en Afrique à 377 millions de joueurs. C’est un premier potentiel évidemment essentiel au développement de l’écosystème. Deuxième indice de cette croissance, le nombre accru de compétitions nationales et panafricaines qui couvrent maintenant tout le continent : l’ESWC Africa au Maroc, FEJA en Côte d’Ivoire, rAge Expo en Afrique du Sud, Africa Esports Championship (AEC)- une ligue d’une vingtaine de pays- Afrika Esports Series (AES) regroupant 15 pays, Orange Esport Experience également avec une quinzaine de pays, sans oublier le sud africain Umzansi qui développe ses tentacules dans une demi-douzaine de pays d’Afrique. Aujourd’hui, l’Afrique compte donc son lot d’opérateurs capables d’accompagner le développement de cette pratique du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest du continent.

Autre paramètre important : l’équipement en terminaux de jeu. Même si l’accès à l’ordinateur reste encore un défi de taille pour une grande partie de la population, la pratique du jeu sur console s’est fortement développée ces dernières années, avec des communautés très présentes sur les jeux de sport (FIFA, PES, NBA2K, …) ou les jeux de combat (Street Fighter,Tekken). 

“Le développement du parc installé de téléphones mobiles a permis l’explosion de nouvelles communautés de gamers”

D’autre part,  le développement du parc installé de téléphones mobiles a permis l’explosion de nouvelles communautés de gamers, avec l’organisation de tournois sur des jeux comme Pubg Mobile, Call of Duty Mobile, ou encore Free Fire. Cette nouvelle donne permet ainsi de donner un nouvel élan à l’e-sport africain, et ce en offrant un terrain de jeu adapté au profil des consommateurs du continent, bien équipés en mobiles. Sur ce point, le développement des infrastructures de réseaux et de la 5G devrait permettre une accélération des opportunités d’organisation de compétitions sur le continent. Reste à trouver le modèle économique permettant au plus grand nombre d’accéder à ces nouvelles technologies.

En résumé, les principaux éléments d’un développement de l’écosystème e-sport africain sont réunis : des joueurs et des communautés actives, des organisateurs de tournois et d’événements partout sur le continent, des équipements de plus en plus abordables et accessibles aux populations de gamers.

Des freins importants toujours présents et “plombant” la possibilité d’une croissance plus soutenue

Deux freins importants restent néanmoins présents et “plombent” la possibilité d’une croissance plus soutenue :

  • l’absence de serveurs de jeux sur le continent prive les joueurs africains d’un confort de jeu suffisant pour procurer des conditions de compétition optimales. Or, celles-ci sont indispensables pour progresser et atteindre le plus haut niveau.
  • d’autre part, la frilosité des sponsors et financiers prive les organisateurs d’événements des moyens de proposer des tournois en nombre suffisant et suffisamment dotés pour permettre le développement d’une scène e-sport professionnelle et semi-professionnelle, gage d’un environnement financièrement stable pour les joueurs souhaitant s’engager dans une carrière au plus haut niveau.

Face à ces défis, gageons que seule une action commune et coordonnée de tous les acteurs de l’e-sport africain permettra de rendre visible l’énorme potentiel de ce continent aujourd’hui oublié des plus grands acteurs mondiaux de la filière. C’est tout le sens de la dynamique qui s’opère actuellement entre tous les acteurs concernés du continent ; mouvement auquel j’apporte tout mon soutien et mon investissement afin de faire émerger un écosystème à la hauteur des ambitions de toute une communauté. 2022 sera une année charnière pour l’éclosion d’un futur champion africain de l’e-sport mondial, et c’est tous ensemble que nous réussirons à transformer l’essai !

*Désiré Koussawo est consultant et Expert Esport EMEA

desire@dkconsultant.com

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