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Akinwumi Adesina
Akinwumi Adesina
L'editorial

Tribune Dr Akinwumi A Adesina « Soyons intelligents et sages : les femmes sont les meilleurs investissements que peut réaliser une société »

Je souhaite la bienvenue à tous les participants, ministres et dirigeants du monde entier à cet événement organisé par la Banque africaine de développement en collaboration avec toutes les banques multilatérales de développement sœurs, que le gouvernement du Rwanda a bien voulu accueillir. C’est la première fois que le Sommet mondial sur le genre se tient en Afrique.

Je tiens à vous remercier, Excellence Monsieur Paul Kagame, Président de la République du Rwanda, d’être notre hôte pour cet événement. Nous sommes reconnaissants envers le gouvernement et le peuple rwandais pour leur chaleureuse hospitalité bien connue. J’aimerais tout particulièrement remercier votre chère épouse, Son Excellence Madame Janet Kagame, pour son action remarquable et ses efforts en faveur de l’autonomisation des femmes. Vous avez en elle une partenaire géniale ! Et je crois que c’est la raison pour laquelle tout vous réussit !

J’aimerais souhaiter la bienvenue à la Présidente Sahle-Work Zewde d’Éthiopie, ma chère sœur – la seule femme présidente d’Afrique – pour sa présence parmi nous. Je me réjouis également de la présence parmi nous de Son Excellence Joyce Banda, ancienne présidente du Malawi. Vous êtes toutes les deux d’excellents exemples et des modèles pour toutes les femmes d’Afrique. L’Afrique a besoin de plus de femmes présidentes !

J’aimerais également souhaiter la bienvenue à la Première dame du Kenya, Son Excellence Madame Margaret Kenyatta. Merci pour tout ce que vous faites pour promouvoir l’autonomisation des femmes !

« La grande ironie est donc que les mêmes femmes en qui on a confiance pour donner la vie ne sont pas dignes de confiance pour gérer l’environnement dans lequel nous grandissons. »

Je sais que nous sommes rassemblés ici pour le Sommet mondial sur le genre. Mais je crois que les questions dont nous allons discuter concernent les femmes. Je comprends les questions liées au genre. Je connais les chiffres sur les disparités homme-femme. Les défis ne se limitent pas à la question du genre. Les défis portent sur la sous-représentation et le manque d’autonomisation des femmes. Alors, concentrons-nous sur les femmes. Concentrons-nous sur les solutions aux disparités de genre que nous constatons et qui touchent les femmes.

Je suis très fier d’affirmer que j’ai toujours été un ardent défenseur des femmes et des problématiques féminines !

Les femmes donnent la vie. Chaque personne dans le monde est née d’une femme. Portée dans le ventre d’une femme pendant neuf mois. Nourrie au sein par une femme. Portée au dos par une femme, lorsqu’elle était enfant pour un sommeil confortable. Habillée par une femme. Nourrie par une femme.

En effet, on ne pourrait rien faire sans sa mère – de qui on a reçu la vie. La grande ironie est donc que les mêmes femmes en qui on a confiance pour donner la vie ne sont pas dignes de confiance pour gérer l’environnement dans lequel nous grandissons. C’est un paradoxe incompréhensible que celles qui portent la vie se voient maintenant refuser l’essentiel de la vie. On leur refuse l’accès à la terre. Elles ne peuvent pas hériter des biens dans de nombreuses communautés. Elles n’ont pas un accès égal à l’éducation ou aux services financiers.

Priver les femmes des possibilités d’exceller, c’est manquer de bon sens. La chose élémentaire de base que l’on enseigne à un enfant est que 1 + 1 = 2. De toute évidence, les additions donnent des valeurs plus élevées. Et la soustraction diminue la valeur, ainsi 2 – 1 = 1. On pourrait donc supposer que le monde serait assez intelligent pour comprendre que les choses iront mieux avec l’addition, et non avec la soustraction.

Pendant trop longtemps, les femmes ont souffert dans les rangs des victimes de la soustraction. Elles ont été soustraites de l’éducation, soustraites de l’accès aux droits légaux à la terre et à la propriété, soustraites de l’accès au financement, soustraites des postes de direction dans les conseils d’administration, soustraites des processus politiques. Aussi, n’est-il pas étonnant que le monde ait perdu au change. Pour changer le monde, il suffit de revenir à l’essentiel : à l’arithmétique de l’école primaire et d’ajouter un à un pour en faire deux.

Les femmes ne font pas la guerre. Les egos des hommes mènent à la guerre. Mais ce sont les femmes et leurs enfants qui sont les plus durement touchés par les guerres et les conflits. Un monde dirigé par des femmes ne connaîtra pas de guerres. Celles qui portent la vie ont tendance à ne pas devenir celles qui ôtent la vie.

« Aujourd’hui, au Rwanda, 50 % des postes ministériels sont occupés par des femmes, tout comme en Éthiopie. 61 % des députés sont des femmes, soit le pourcentage le plus élevé au monde »

Les femmes rwandaises en offrent un excellent exemple. Une petite nation décimée par la guerre et le génocide qui ont laissé à sa population près de 80 % de femmes. Pour reconstruire, le Rwanda a dû compter sur les femmes. Et les femmes du Rwanda sont remarquables. Elles ont aidé à reconstruire ce pays à partir des cendres douloureuses du génocide et de la guerre. Les femmes rwandaises sont fortes, entreprenantes et déterminées.

Le Président Kagame, mon cher ami, reconnaît le pouvoir qu’ont les femmes de construire et de donner la vie. Aujourd’hui, au Rwanda, 50 % des postes ministériels sont occupés par des femmes, tout comme en Éthiopie. 61 % des députés sont des femmes, soit le pourcentage le plus élevé au monde. Quatre des sept juges de la Cour suprême sont des femmes. Et aujourd’hui, nous avons parmi nous la présidente de l’Éthiopie, la première dans l’histoire du pays et la seule femme présidente sur le continent. Quelle incroyable réussite !

Alors que nous sommes réunis ce jour à l’occasion du Sommet mondial sur le genre, nous devons réfléchir sur la manière d’accroître les possibilités économiques, sociales et politiques pour les femmes et les filles. Un monde plus intelligent doit investir dans les femmes et les filles. Soyons intelligents et sages : les femmes sont les meilleurs investissements que peut réaliser une société. Lorsque les femmes gagnent leur vie, elles consacrent 90 % de leur revenu à leur ménage, y compris à leur mari.

Les femmes remboursent leurs prêts – une proportion écrasante de 90 % d’entre elles le font. Les banques intelligentes sont celles qui prêtent aux femmes.

« En Afrique, 70 % des femmes sont victimes d’exclusion financière »

Et pourtant, à l’échelle mondiale, il existe un déficit de financement de près de 1 500 milliards de dollars dont souffrent les petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes. En Afrique, 70 % des femmes sont victimes d’exclusion financière. Il existe un déficit de financement de 42 milliards de dollars entre les hommes et les femmes sur le continent. Et les femmes, qui représentent la majorité des exploitants agricoles en Afrique, font face à un déficit de financement de près de 16 milliards de dollars.

C’est la raison pour laquelle la Banque africaine de développement a lancé l’Action positive pour le financement en faveur des femmes en Afrique (AFAWA), pour mobiliser 3 milliards de dollars de nouveaux prêts par les banques et les institutions financières en faveur des femmes en Afrique – l’effort le plus important de l’histoire. Je remercie le Président Macron pour avoir apporté son soutien extraordinaire à l’AFAWA pendant le sommet du G7 et pour avoir aidé à mobiliser plus de 251 millions de dollars au profit de cette initiative.

La Banque africaine de développement croit aux femmes. Les femmes sont bancables, dignes d’être financées !

Les nations intelligentes investiront dans les femmes. Une étude du cabinet Mckinsey montre qu’une participation égale et pleine des femmes peut ajouter 28 billions de dollars à la richesse mondiale d’ici à 2025, soit une augmentation de 26 % du PIB mondial annuel.

Bref, le monde est plus pauvre parce que nous excluons les femmes ou les traitons injustement, qu’il s’agisse de la participation au marché du travail et d’égalité de salaires, de l’accès inégal ou d’exclusion des marchés ou des ressources financières.

En tant que banques multilatérales de développement, nous devons au monde de mettre en évidence les défis auxquels les femmes sont confrontées ; nous devons élaborer et lancer des programmes porteurs de transformation pour relever les femmes de manière décisive.

Nous devons encourager les réformes pour nous attaquer aux environnements juridiques, réglementaires et institutionnels qui limitent les opportunités pour les femmes.

Nous devons garantir la parité homme-femme dans nos projets. Nous devons lutter contre les violences faites aux femmes.

Et nous devons faire entendre davantage et plus haut et fort la voix des femmes pour qu’elles participent plus activement à la conception, à la mise en œuvre et au suivi des projets au sein des communautés, en tant que dirigeantes.

Nous devons modifier nos processus de passation de marchés afin d’y instaurer une discrimination positive en faveur des femmes et des jeunes.

« Aux hommes, écoutez-moi bien : laissez nos filles tranquilles ! »

Et nous devons mettre fin à toutes les formes de mariage d’enfants. Aux hommes, écoutez-moi bien : laissez nos filles tranquilles ! Épousez les femmes de votre classe d’âge ! Nous ne pouvons pas sacrifier l’avenir de nos filles. Laissez nos filles faire des études ! Laissez nos filles s’épanouir ! Laissez nos filles exceller ! Ce sont nos meilleurs atouts !

Faisons en sorte de passer d’une mentalité axée sur la soustraction à une mentalité axée sur l’addition. Deux ailes sur un avion permettent de décoller. Une seule aile sur un avion est une catastrophe.

Par conséquent, au cours de nos délibérations des deux prochains jours, ne l’oublions pas : 1 + 1 = 2. Tâchons de mettre fin aux disparités et aux inégalités sexistes.

Aucun oiseau ne vole avec une seule aile. Lorsque nous aurons assuré une autonomisation intégrale des femmes, nos économies auront deux ailes pour voler. Nos écoles voleront avec deux ailes. Nos entreprises voleront avec deux ailes. Nos communautés voleront avec deux ailes.

Et alors, les femmes – les porteuses de vie – auront elles-mêmes à leur tour une vie bien meilleure. Et lorsqu’elles l’auront, le monde entier sera de ce fait mieux loti.

Notre monde volera enfin avec deux ailes – s’élevant aux niveaux de développement et de richesse les plus hauts que nous puissions atteindre à l’échelle mondiale.

Il va sans dire que notre monde sera un monde très nettement meilleur !

Accompagnons les femmes dans leur épanouissement. Faisons de notre monde un endroit meilleur pour tous.

Je vous remercie infiniment et que Dieu vous bénisse !

*Dr Akinwumi A Adesina, président de la Banque Africaine de Développement- Discours d’ouverture du Sommet mondiale sur le genre- Kigali, 25 November 2019