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Tribune COVID-19 Une crise mondiale, une communication locale ?

De Dakar à New York. Survolant Bamako, Libreville, Kampala, Kigali…le forcené invisible sème et parsème angoisse, incertitude et désolation. Un tsunami mondial inédit, soudain et brutal. Une charge virale asphyxiante. Des dirigeants sonnés, des médecins et chercheurs malmenés dépassés, face à des peuples ébahis. Des économies agonisantes au cœur d’une équation humaine à dimension métaphysique. Un virus. Le Covid-19. Mille et une questions. Mille et un tests. Des mesures et des esquisses de réponses sanitaires appuyées par différents schémas de communication. 

Par Seynabou DIA*

 

Entre la pertinence et l’urgence des mesures, l’Afrique opte pour la « realpolitik » et joue la carte de la résilience. Par-delà les normes internationales recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une question majeur s’impose. L’Afrique a-t-elle pu miser sur des stratégies de communication endogènes et efficaces?

 

Du sens des mesures

 

Chaque expérience est unique. Les principaux gestes barrières que sont le port du masque, l’application de la solution hydro-alcoolique ou encore le lavage régulier des mains au savon…présentent une toute autre résonance en Afrique.

 

A titre illustratif, 320 millions d’africains n’ont pas accès à l’eau potable (Sources ONU, Unicef, Forum économique mondial, Water.org). Idem pour le mode de vie communautaire et solidaire qui exclut tout principe de distanciation sociale. La taille moyenne des ménages ainsi que la relative promiscuité au sein des espaces de vie confortent la liste des limites.

Quid du confinement dans un continent où la contribution de l’économie informelle représente entre 25% et 65% du PIB pour la seule zone d’Afrique subsaharienne?

 

Au début de la crise, la plupart des États africains prennent la sérieuse option de fermeture ou limitation d’accès aux frontières aériennes, maritimes et terrestres.

 

Aujourd’hui, face à l’itinéraire funeste de la pandémie, l’Afrique résiste et déjoue tous les pronostics grâce, entre autres, à la vitalité de sa population majoritairement composée de jeunes. En même temps, il convient de souligner le travail d’éminents scientifiques et médecins africains malgré la faiblesse du plateau technique.

 

De la communication adaptée 

 

En temps de crise et d’incertitudes, la manipulation, la désinformation et les fameuses théories du complot prennent du galon. La peur et l’anxiété générées par les folles rumeurs autour de la fiabilité présumée de certains tests virologiques, voir l’existence même du Covid-19, démontrent à suffisance le vaste chantier de la communication sociale en Afrique. Un tel état de confusion impose la conception de stratégies de communication adaptées et adoptées par la diversité des publics cibles.

 

De la compréhension des réalités pour une meilleure appropriation des messages, en passant par la formulation des objectifs d’information, d’éducation et de communication, le choix des supports, formes et lieux de communication doit nécessairement intégrer des critères rigoureux de segmentation (niveau d’instruction, langue, âge, genre, habitudes et préférences communicationnelles, zone géographique, religion…)

La pertinence et l’efficacité de ce processus résident à la fois dans l’approche pédagogique et restrictive des déplacements non prioritaires et des rassemblements sociaux (baptêmes, mariages, funérailles…).

 

Une panoplie d’acteurs institutionnels, médico-scientifiques et d’influence jouent ainsi un rôle décisif dans l’appropriation des messages. Chaque message destiné à la communauté doit nécessairement susciter une prise de conscience individuelle et collective. Face à l’urgence imposée par la pandémie, il s’agit d’influencer et d’agir sur les comportements.

Prendre le temps d’identifier, de comprendre, d’analyser et de croiser les expériences de communication déclinées un peu partout en Afrique contribue à l’efficacité des actions menées.

A titre d’exemple, ledéfi en ligne #SafeHandsChallenge relayé par le Président rwandais Paul Kagamé, a déclenché un effet boule de neige chez ses homologues. Un geste rapidement suivi par des footballeurs et le citoyen lambda.

Cette communication par l’exemple résonne comme une invitation à la diaspora dont l’expérience et l’approche multiculturelle restent des atouts de taille pour gagner la nécessaire bataille de « l’infosensibilisation » dans cette guerre virale.

 

Informer-Éduquer-Communiquer (IEC) pour rompre la chaîne de transmission du virus au même titre que la stigmatisation des personnes affectées. En Afrique, la stigmatisation des malades et de leur entourage produit assez souvent un phénomène de résistance et de rejet. Une attitude d’exclusion qui explique en partie pourquoi certains redoutent l’idée d’un simple diagnostic. Cette maladie qui suscite la “honte” et la peur pousse certains à s’exposer et exposer de façon inconsidérée toute une communauté.

 

Dans cette perspective, il serait opportun d’impliquer et de mobiliser les leaders et relais d’opinion à l’image des acteurs religieux. Au préalable, leur prise de parole organisée peut constituer un formidable instrument de sensibilisation des populations.

 

Au Sénégal, RBS Crew, un collectif d’artistes graffeurs inspirés a investi l’espace urbain pour sensibiliser le public sur les comportements positifs à adopter.En Afrique, la force de l’image, du son et des couleurs impacte pour “infosensibiliser” de manière inclusive. Mr.Coronaau Burkina Faso, signé par le rappeur Smarty, mobilisation de 700 jeunes bénévoles ivoiriens pour contrer les fake news, hymne “Daan Corona” (terrasser le Corona) chanté par un collectif d’artistes sénégalais…sont autant d’illustrations de la chaîne de solidarité spontanée des acteurs engagés de la société civile.

 

Communiquer pour réduire les différences de perception. Communiquer pour rassurer et susciter la nécessaire prise de conscience et l’adoption de nouveaux comportements…bien au-delà de la crise. Voilà tout le sens qu’il faut donner aux expériences de communication croisées et adaptées.

 

L’un dans l’autre, réussir la communication suppose l’utilisation des médias et réseaux sociaux.

En Afrique du Sud, dans un contexte excluant toute forme de rassemblement, des messages préventifs ont été largement diffusés via l’application WhatsApp. Des messages audio et vidéo en langues nationales et locales, au bénéfice du plus grand nombre.

 

 

Et demain… ?

 

Inventer ou réinventer un futur meilleur et différent. C’est selon !

D’ores et déjà, les leaders du continent doivent s’interroger sur les réponses appropriées à cette crise sanitaire sans précédent. Une question majeure s’impose, comment limiter les conséquences politiques, sociales et économiques ?

 

Certes, l’Afrique se distingue par sa résilience, eu égard au catastrophisme annoncé, mais la crise du Covid-19, apparaît également comme une opportunité à saisir. L’explosion des énergies sur fond de créativité, le talent incontestable des auto-entrepreneurs, l’engagement multidimensionnel des acteurs du continent et de sa diaspora sont autant de « moteurs » qui doivent inspirer et susciter un nouvel élan.

 

Le Chacun pour soi, Dieu pour tousrisque d’être la maxime imposée aux grands leaders du monde occidental, acculés par leurs opinions publiques. La dictature des urgences risque d’amplifier les replis identitaires et générer des turbulences bien plus sévères que le coronavirus.

 

 

Dans un contexte d’hyper médiatisation anxiogène, l’Afrique doit être à la hauteur pour relever l’énorme défi de la communication en misant sur la cohérence de messages simples, clairs, univoques et multiformes. Un véritable défi certes, mais aussi une opportunité unique de réinventer cette communication qui éveille la conscience citoyenne. Il faut agir vite et partout pour impacter largement. L’Afrique doit se préparer car d’autres crises peuvent toujours survenir. Elle en a vu d’autres et a déjà fait preuve d’une capacité de résilience hors pair.

 

*Seynabou Dia, Franco-Sénégalaise, est CEO de Global Mind Consulting, un cabinet de conseil dédié à la gestion des relations publiques des acteurs économiques et politiques en Afrique.

Ce message est également disponible en : Anglais