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Tribune Chine : chimérique hégémonie en Afrique

Un proverbe africain dit : «Celui qui te prête des yeux t’oblige à regarder où il veut !». Néanmoins, l’avènement de la crise sanitaire due au Covid-19 et ses effets induits va très certainement créer un réveil africain vis-à-vis de la Chine. Outre d’innombrables promesses non tenues dans le développement des infrastructures sur un continent jusqu’à présent très peu doté, les récents témoignages de brimades et d’humiliations fréquentes de noirs africains sur le sol chinois, au lendemain de l’épidémie du corona virus, vont ouvrir les yeux à plus d’un.

Par Daouda Mbaye *

 

Daouda MBaye-DR

 

Présente en Afrique, timidement pendant les luttes de libérations, ensuite dès le lendemain des indépendances, notamment dans le soutien de structures médicales, la Chine a su tisser des relations avec les nations africaines. Le réel point de départ a été la Conférence des Non Alignés de Bandung en Indonésie en 1955. Ensuite, suivront plusieurs accords bilatéraux.

 

Ces dernières années, la Chine, qui figure parmi les plus dynamiques défenseurs de l’économie de marché,  est devenue le premier créancier de l’Afrique. Les 54 pays du continent, qu’elle considère comme un seul Etat, du reste, lui doivent 145 milliards de $, dont un peu moins de 6% est exigible à la fin de l’année. Très souvent l’Empire du Milieu investit les yeux bandés et sourd aux exigences des peuples destinataires. Pourtant, gare à vous si vous reconnaissez Taïwan ! Qu’est-ce à dire ?

 

Self-estime et leadership

 

Le Président Xi Jinping vient d’y effectuer une dernière tournée, louant des relations mutuellement bénéfiques. Mais personne n’est pas dupe ; les Etats n’ont que des intérêts et qu’aucun de ces investissements n’est gratuit. Nombre d’analystes africains ont tenté d’aviser les dirigeants africains sur l’appétit insatiable de l’ogre chinois pour les matières premières dont regorge le continent. Il est arrivé l’heure où les Africains doivent cultiver leur self-estime et surfer sur leur leadership. Cela fait près de 70 ans que la Chine collabore avec notre continent. Résultat des courses : le minimum d’utilités (électricité, eau, assainissement, connectique) n’est pas disponible dans nombre de capitales africaines. Qu’a fait la Chine pour soutenir un urbanisme moderne, des grandes villes assainies, un chemin de fer électrique, une formation professionnelle pointue, une ingénierie mécanique, aéronautique…, une industrie basée sur la supraconductivité ?  Presque rien ! Tout au plus, des stades ou quelque kilomètres de routes, construits à la va-vite et dont l’obsolescence est programmée.

 

N’est-ce pas le lieu de prouver à la Chine, qui fait attention à son leadership, à son peuple, à ses infrastructures souvent démesurées à l’image de son ambition, que nous Africains nous ne lui laisserons plus le soin de détruire nos forêts comme elle l’entend, de construire nos sièges d’organisation panafricaine, de s’implanter sur nos terres comme à la maison, d’extraire, sans compter, nos ressources naturelles ?  N’est-il pas grand temps d’adopter l’attitude des pays de l’Asean (Association des Etats de l’Asie du Sud-Est) ? Face à l’Initiative «La Ceinture et la Route», ils ont opposé le Plan Directeur sur la Connectivité, pour créer une coopération win-win grâce à l’utilisation des ressources locales. N’est-ce pas venu le moment pour les Africains de se respecter mutuellement, de commercer les uns les autres, de faire confiance en leur médecine, de puiser dans leur patrimoine socio-culturel, de développer leurs échanges universitaires, d’envoyer leurs enfants en Ethiopie, au Nigéria… étudier et écrire l’Amharique, le Yoruba, le Swahili…, de fonder un secteur privé local fort ?

L’évolution récente des technologies ne fait même pas une minute à l’échelle de l’histoire des Nations. Rien n’est perdu pour la Renaissance africaine. Si la Chine croit en son hégémonie sur le continent, alors elle nourrit une parfaite illusion.

 

*Daouda Mbaye, est journaliste.

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