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Tribune Algérie : Une révolution pacifique, en mode 2.0

Historique, c’est le mot qui revient dans les bouches de tous. En effet, l’Algérie vit actuellement des moments qui seront gravés à jamais dans son existence. L’expression d’une liberté jamais connu jusque-là, excepté pour ces rares personnes qui ont vécu un certain 5 juillet 1962, dans leurs témoignages, ils comparent ces manifestations du vendredi et particulièrement celle du 8 mars 2019 au jour de l’indépendance.

Par Leïla Akli*

Le peuple algérien a prouvé au monde entier, et s’est prouvé à lui-même, qu’il était digne de ses glorieux héritiers. En effet, au-delà de l’immense mobilisation, ces expressions populaires sont clairement caractérisées par une maturité des plus aiguë. Ce peuple qu’on disait mort politiquement et à l’écart de toute activité partisane, à cause notamment des séquelles de la décennie noire, s’est réveillé dans un fantastique élan qui a cristallisé toutes les franges de la société algérienne, rassemblant ainsi des populations intergénérationnelles, interculturelles, interrégionales. Tous sont mobilisés pour une cause unique, leur refus à une 5e candidature de Abdelaziz BOUTEFLIKA et le changement du système de gouvernance.

Tous œuvrent à ce que cette révolution soit des plus pacifiques, ils le montrent à chacune de leurs sorties. Bien qu’elle draine des foules immenses, par millions sur l’ensemble du territoire, ce mouvement de protestation a démontré par son comportement un civisme des plus développé. Aucune violence, ni dans le comportement, ni dans les slogans. Bien au contraire, les manifestants ont fait montre de beaucoup de responsabilités, d’abord pour assurer le coté pacifique de la contestation avec des slogans emplis de valeurs de paix à l’instar de « Silmia Silmia », « Pacifique, pacifique » ou alors « Echaab wa el Djich Khawa khawa » « le peuple et les forces de l’ordre sont des frères ». Les manifestants encadrent également les événement avant, pendant et après chaque sortie, durant chaque marche, ils s’attellent au bon déroulement des événements en distribuant de l’eau, portent assistance aux manifestants dans le besoin et scène rares, s’engagent à nettoyer les lieux après chaque démonstration populaire. C’est vrai qu’il est difficile d’imaginer une telle réaction d’un peuple qu’on croyait absent de toute implication politique.

Cet élan solidaire et fédérateur est le fruit d’une mobilisation hors du commun, porté par des jeunes, ces derniers ont réussi grâce à des outils digitaux, en utilisant les réseaux sociaux tout en faisant l’impasse sur les médias classiques. En effet, la puissance de viralisation de l’information est le premier facteur de la réussite du mouvement. Dans un pays ou plus de 20 millions de personnes sont connectés à internet, soit plus de 50% de la population et autant d’utilisateurs des réseaux sociaux. C’est ces mêmes adeptes des réseaux sociaux qui se sont emparés de leur cause, confisqué jusqu’à lors par une classe politique qu’ils jugent indigne de leurs responsabilités envers le pays et ont fait sortir des algériens par millions dans les rues.

Mais la rue algérienne n’est pas dupe, et elle sait que ces manifestations sont qu’une première étape que d’aucuns appellent la nouvelle république ou la 2e république. Beaucoup s’inquiètent sur les conséquences de l’après Bouteflika et certains d’entre eux commencent à se concerter et ouvrir le débat sur les phases d’après.

Tous ces jeunes, et moins jeunes d’ailleurs veulent être maitre de leur destin et acteur de leur avenir. Ils se structurent avec leurs propres moyens. Ne faisant pas confiance aux politiques et aux autres associations acquises au pouvoir en place.

Des idées, des manifestes et des propositions c’est pas ce qui manque, les algériens mures et matures sont très impliqués dans le devenir de leur pays et s’engagent à l’édification d’une nouvelle ère pour le pays.

Pour canaliser toutes ces propositions, ils utilisent encore une fois les outils digitaux. Au-delà des réseaux sociaux, il se mobilisent pour créer une plateforme en ligne pour pouvoir concentrer les propositions et les aspirations de la population. Cette plateforme, ouverte à tous permettra à un échange interactif, la possibilité d’effectuer des sondages pour évaluer la popularité des propositions et consulter l’ensemble des propositions. Le peuple algérien prouve encore une fois au reste du monde son engagement pour son pays, son pacifisme, son intelligence et sa créativité et tout cela avec le sourire.

*Leïla Akli est fondatrice de la première agence algérienne spécialisée en relations publiques digitales, Pi-Relations.