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Tourisme : C’est la reprise !

Après 2020, année blanche, l’heure est à la reprise de l’activité touristique sur le continent. Tourisme « safe », écolo ou local… À chacun son approche pour positionner sa destination parmi les plus attractives cet été. 

Par Dounia Ben Mohamed 

Si 2020 a été synonyme de confinement et de fermeture des frontières pour cause de pandémie de Covid 19, la saison estivale 2021 s’annonce comme celle de la reprise du tourisme. Accélération des campagnes de vaccination, allègement des restrictions sanitaires, campagnes de communication à tout va… Au cours des derniers mois, États et acteurs africains du secteur n’ont eu de cesse de s’activer pour relancer l’activité. 

« Promouvoir le continent grâce à une narration positive »

Réunis le 17 juin à Windhoek (Namibie), à l’occasion du sommet de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) consacré à l’Afrique, les ministres africains du tourisme ont ainsi acté la nécessité de revitaliser au plus vite l’industrie touristique continentale, cette reprise passant notamment par la construction d’une « narration positive et centrée sur les gens », ainsi que sur « une image de marque efficace », selon les termes employés par l’institution onusienne. Sur ce dernier point en particulier, les États africains membres de l’OMT ont approuvé à l’unanimité l’Engagement de Windhoek, une convention dont l’ambition est de promouvoir l’image de marque du continent. 

L’enjeu est, il est vrai, de taille. Avec plus de 24 millions d’actifs et 169 milliards de dollars de revenus annuels, l’industrie du tourisme africaine représente 7,1% du PIB continental. Un secteur d’activité qui, à l’image des autres segments économiques, a été touché de plein fouet par la crise du coronavirus : selon les estimations de l’OMT, l’Afrique a enregistré une baisse de 75 % du nombre de touristes internationaux en 2020 (lire Covid : impact économique sur la destination Afrique). Une hécatombe historique. L’objectif des acteurs de la filière est donc simple : retrouver le pus vite possible les chiffres de fréquentation d’avant la pandémie, soit près de 70 millions de visiteurs par an. 

Test PCR à l’embarquement et à l’arrivée, vaccination et confinement exigés…La prudence reste de mise

La prudence sanitaire reste néanmoins de mise : test PCR à l’embarquement et à l’arrivée, vaccination et confinement exigés… Autant de mesures rigoureuses qui n’ont pourtant pas remis en cause le retour tant attendu des touristes. Fin juin, le ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, Khaled el-Anani a confirmé la forte progression depuis le début de l’année des arrivées de voyageurs internationaux, le pays accueillant plus de 500 000 touristes rien qu’en avril, plus du double du niveau constaté en janvier. L’Egypte a de fait ouvert ses frontières très tôt et misé opportunément sur le caractère rassurant du tourisme « safe », le gouvernement communiquant par exemple avec succès sur la vaccination généralisée des employés du secteur du tourisme. Résultat, l’Égypte ne devrait avoir aucun mal à se positionner comme l’une des destinations méditerranéennes phares de ce premier été post-Covid. À l’inverse, la Tunisie tente péniblement de sauver ce qui peut l’être d’une saison touristique plombée par la mauvaise situation sanitaire (plus 15 000 morts). 

C’est cette menace sanitaire permanente qui explique sans doute que les autorités rwandaises aient, elles aussi, voulu jouer la carte de la rigueur anti-Covid (test PCR 72H avant le départ, nouveau test à l’arrivée, à l’aéroport, isolement de 24h…). Au prix cependant d’un réel surcoût pour les arrivants : l’isolement, imposé à l’arrivée, ne peut se faire que dans un hôtel « agréé », aux frais des voyageurs, tandis qu’un test PCR- obligatoire pour visiter les parcs nationaux- est facturé 50$… 

Au Maroc, seconde destination touristique du continent derrière l’Afrique du Sud, les acteurs du secteur ont quant à eux fait le pari de tout miser sur la communication. L’Office national marocain du tourisme (ONMT) a ainsi lancé le 15 juin, la campagne « Welcome Back », une opération de charme millimétrée (tapis rouge, stars internationales, promotion de la culture et de l’artisanat locales…) destinée à marquer la reprise effective de l’activité touristique internationale. Une manière comme une autre aussi de montrer que « l’ensemble du secteur est mobilisé », comme l’a rappelé le directeur de l’ONMT, Adel El Faki.  

« Pour rebondir, l’Afrique doit s’ouvrir à de nouveaux marchés encore trop peu exploités, comme la classe moyenne africaine, les diasporas ou, encore, les pays émergents comme l’Asie »

Mais si le royaume chérifien multiplie les initiatives à l’attention des internationaux, il vise également à séduire les locaux. À travers la campagne «Ntla9awfbladna», les opérateurs nationaux de la filière invitent notamment les Marocains à redécouvrir leur patrimoine culturel. De quoi booster un peu plus le tourisme domestique, un segment qui fournit  déjà « près d’un tiers des touristes », tout en ayant le potentiel d’être « porté à 1 touriste sur 2 », estime, optimiste, Adel El Faki. 

De fait, avec un tourisme intra-régional qui ne représente pour l’heure que 4 arrivées sur 10, contre 8 sur 10 dans le reste du monde selon la CNUCED, la marge de progression du continent est significative. Partageant le même constat, les équipes de l’OMT préconisent aussi de renforcer cet axe de développement. « Pour rebondir, l’Afrique doit s’ouvrir à de nouveaux marchés encore trop peu exploités, comme la classe moyenne africaine, les diasporas ou, encore, les pays émergents comme l’Asie », juge ainsi Elcia Grandcourt, la directrice du département Afrique de l’OMT, qui rappelle par ailleurs que « vu la tendance actuelle des voyageurs de se rapprocher de la nature, […] l’Afrique a une belle carte à jouer.» 

Reste désormais à capitaliser sur ces bonnes cartes, « le potentiel touristique de l’Afrique [n’étant] pas encore pleinement exploité », a regretté à Windhoek le secrétaire général de l’OMT, Zourab Pololikachvili. En cause notamment,  des investissements insuffisants dans quelques secteurs-clés (infrastructures hôtelières, transports, communications…), qui freinent la croissance. Commandée par le G20, une étude du Global Infrastructure Hub met ainsi en lumière le manque de capitaux dans les infrastructures africaines, l’organisation australienne estimant que, au rythme actuel, c’est 1700 milliards de dollars d’investissements cumulés qui manqueront à l’appel d’ici 2040 …  

Les perspectives en la matière sont pourtant loin d’être désespérantes comme en témoignent l’appétit retrouvé des investisseurs pour le tourisme africain. En Egypte, le sud-africain Vantage Capital- déjà présent dans les filières touristiques ougandaises et namibiennes- a accordé fin mai un financement mezzanine de 23 millions de dollars à PickAlbatros Hotels, le fonds d’investissement voyant dans le groupe hôtelier « un potentiel de croissance à long terme ».   

Peu auparavant, c’était le groupe français Accor- déjà présent dans 20 pays africains- qui était venu défier la sinistrose du Covid-19 en confirmant l’implantation de trois nouveaux établissements à Djibouti, à la suite d’un partenariat signé avec le conglomérat dubaïote Kamaj. En attendant l’arrivée annoncée des hôteliers Onomo, Best Western et Radisson Blu. Autant d’opérateurs économiques avertis qui ont compris que, au-delà des aléas conjoncturels et des chocs temporaires, le tourisme en Afrique a ses meilleurs jours devant lui : de 67 millions aujourd’hui, les arrivées annuelles de touristes en Afrique devraient atteindre 134 millions d’ici 2030, avec des dépenses de consommation en tourisme, hôtellerie et loisirs atteignant 262 milliards de dollars (contre 169 milliards en 2019), pronostique ainsi la Brookings Institution, un réputé think tank américain. 

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