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TOGO : Une relance économique durable ?

Ces cinq dernières années le Togo a surpris par ses nouvelles promesses économiques. Malgré un contexte socio-politique qui reste crispé, après des crises sociopolitiques à répétition des années 90 à 2010 ayant entrainé une suspension de l’aide de nombreux partenaires multilatéraux et bilatéraux, ce petit Etat de l’Afrique de l’ouest maintient la tête hors de l’eau grâce à des réformes stratégiques.

Fin 2010, le Togo respire : il a atteint le point d’achèvement de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE). Une étape décisive pour les finances nationales qui résulte d’une série de mesures qui se sont traduits par un allègement global de 1,8 milliards USD, soit 82 % de la dette extérieure en nominal. « Le Togo a engagé des réformes importantes, notamment, l’élaboration d’une feuille de route qui identifie les principales mesures à court terme permettant d’améliorer les performances du Togo, la révision et l’adoption d’un nouveau Code des investissements afin de se rapprocher des meilleures pratiques internationales  et l’adoption de la nouvelle loi sur les zones franches », explique Komi Kossigan, un économiste togolais. Toujours dans son processus de mise en place des réformes pour booster l’économie du pays, les autorités togolaises ont modernisé les régies financières de l’Etat en créant l’Office togolais des recettes (OTR).  Ce dernier a engagé une refonte et une modernisation de ses services avec : la déclaration du patrimoine de ses agents, la mise en place d’un numéro vert et d’un e-mail pour recueillir les plaintes des contribuables de même que le paiement des recettes fiscales par voie bancaire. De quoi jeter les bases d’une nouvelle économie, plus saine. « En 2006, un an après mon accession à la magistrature suprême, des réformes courageuses ont été mises en œuvre pour notamment assainir les finances publiques et le secteur financier, améliorer la gestion des entreprises publiques et engager surtout les réformes structurelles pour créer des conditions de relance de l’économie. Plusieurs effets s’en sont suivis, notamment l’amélioration du climat des affaires, à savoir les procédures de création d’entreprises, la facilitation du commerce, l’amélioration du système judiciaire dans l’exécution des contrats offrant une plus grande sécurité juridique des investissements, et le transfert de propriété », résumait Faure Gnassingbé, Président du Togo, en juin dernier au cours d’une visite en Allemagne.

 

3ème pays le plus performant de la zone UEMOA en 2015

 

Des efforts reconnus par la communauté internationale. Le Togo gagne ainsi 15 places dans le rapport Doing Business de 2015 et est proclamé comme l’une des 10 économies sur le plan mondial qui ont réalisé le plus de réformes au cours de cette même année. Simultanément il est classé 3ème réformateur mondial et 3ème pays le plus performant de la zone UEMOA. Sa position dans le classement Doing Business évolue alors : il passe de la 164ème place en 2014 à la 149ème, gagnant ainsi 15 rangs. Dans le détail, le Togo a gagné 45 places dans l’indicateur création d’entreprises, 14 places sur l’indicateur protection des investisseurs minoritaires, 3 places dans le domaine de l’octroi de permis de construire, 2 places dans le transfert de propriété et 2 rangs dans le raccordement à l’électricité. « En ce qui concerne le climat des affaires, le classement 2016 du rapport Doing Business fait état de progrès par rapport aux années précédentes, le Togo se situant au 150e rang. Les pouvoirs publics ont en particulier facilité le processus de création d’entreprise en autorisant la publication des avis de constitution via un guichet unique et en supprimant l’obtention obligatoire d’une certification d’opérateur économique», a précisé la ministre du commerce et d’industrie, Bernadette Léguézim Balouki.

 

« Le Togo a également marqué des points sur le plan
de la privatisation des activités de l’État. »

 

Loin des bourrasques politiques internes qui ont sapé des décennies d’efforts de gouvernance  économique qui valaient au Togo le surnom de «Suisse de l’Afrique», le Togo, lentement mais sûrement, continue de poser les bases de son émergence qu’il vise à l’horizon 2030. Même si cette  renaissance  économique  tarde  à  impacter le quotidien de toutes les couches de la population togolaise, elle est perceptible. Pour maintenir et consolider à tout prix le cap d’une croissance retrouvée, les autorités togolaise ont mise en place une feuille de route appelé : la SCAPE (Stratégie de croissance accélérée et de  promotion  de  l’emploi  s’étalant  sur  la  période 2013-2017). Avec ce dispositif, selon certains analystes,  le Togo est en train de mettre le pied sur l’accélérateur en matière de relance de son économie. « Le Togo a également marqué des points sur le plan de la privatisation des activités de l’État. On citera notamment la cession d’une compagnie d’assurance, de deux banques, des hôtels, des distributeurs d’énergie et la manutention de conteneurs », a précisé, Jules Baféna un consultant en Business togolais.

Cette santé appréciable retrouvée de l’économie togolaise, c’est aussi l’augmentation constante de l’aide publique au développement versée au Togo par ses différents partenaires. Entre 2006  et  2012, elle est passée de 95 millions à 435 millions de dollars US, selon les derniers chiffres rendus publics par le Système des Nations Unies au Togo.

 

Le secteur secondaire, principal moteur de la croissance

 

Apres ces réformes, les résultats ne se sont pas attendus. En effet, selon les données de la banque mondiale, la croissance de l’économie togolaise est ressortie à 5 % en moyenne au cours des cinq dernières années. Aujourd’hui, selon les autorités togolaises, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) du Togo est estimée à 5.7 % en 2015 et devrait atteindre 5.9 % d’ici la fin 2016 sous les effets combinés des investissements dans les infrastructures économiques et des réformes engagées dans la filière agricole. Une croissance déjà soutenue par le secteur secondaire, principal moteur de ce développement (à hauteur de 2 %), grâce aux bons résultats des industries extractives et manufacturières. « Le secteur secondaire est suivi par le secteur des services (2 %), qui a bénéficié de la hausse des échanges au port et à l’aéroport international de Lomé. L’agriculture a enregistré une croissance significative mais fluctuante avec des taux en glissement annuel variant de 0 % en 2013 à 14 % en 2014 et 2 % en 2015. Si le secteur du bâtiment et des travaux publics ne représente que 7 % du PIB, c’est celui qui a connu la plus forte croissance en 2015 (15,5 %) », a confié l’ex-ministre des finances, Adji Oteth Ayassor. Toujours selon le ministère des finances, au cours des trois prochaines années, la croissance du PIB devrait se poursuivre à un rythme modéré sous l’effet d’investissements publics réguliers dans l’infrastructure et rester au dessus de la barre des 5% au cours des deux prochaines années. Les projections tablent sur une inflation inférieure à 2 % sur la même période.

 

IDH : premier des pays de l’UEMOA


 

 

Des signes encourageants mais le Togo doit encore confirmer l’essai. Selon l’économiste togolais Nadim Kalife, le plus grand chantier du chef de l’Etat Faure Gnassingbé est de traduire cette nouvelle dynamique économique dans le niveau de vie des Togolais. Déjà, des progrès louables sont à noter : en tête des pays de l’UEMOA dans le classement 2015 du PNUD en matière de développement humain, le Togo est passé de 0, 459 en 2013 à 0, 473 en 2014 puis à 0,484 en 2015. Peut mieux faire estime la société civile alors que le salaire moyen tourne autour de 42 $ par mois. Déjà en grève début août, les employés de la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT) ont repris le mouvement le 24 août, réclamant notamment des augmentations de salaire.


 

Par Emmanuel ATCHA

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