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Togo Santé publique: l’appel au privé

Au Togo, les difficultés liées au secteur de la santé publique ne sont pas financières, mais structurelles, a affirmé en juin 2016 le ministre de la Santé, Professeur Moustapha Mujiyawa lors de la présentation du nouveau projet dénommé «Approche Contractante» qui vise une gestion privée des centres sanitaires publics du pays.  Les autorités togolaises ont opté pour une gestion efficiente des établissements hospitaliers à travers un partenariat public-privé qui sera scellé début 2017. Un cadre juridique sera bientôt disponible et les sociétés contractantes ont été déjà contactées.

Désormais, il s’agira de confier le management à des structures privées afin d’améliorer les prestations dans les différents centres sanitaires publics du Togo. Grâce à cette approche, les patients seront mieux accueillis et mieux soignés. «Le problème des hôpitaux c’est leur mauvaise gestion. L’Etat ne démissionne et ne désengage pas. Il garde ses prérogatives régaliennes et les assumera. Notre seul but, c’est d’améliorer les choses», a confié le ministre. Il a par ailleurs rappelé qu’il ne s’agit pas d’une privatisation du secteur de la santé, mais plutôt une délégation de service public pour une meilleure gestion des hôpitaux. Les autorités togolaises ambitionnent de lancer une phase pilote de cet ambitieux projet à travers une expérimentation au Centre Hospitalier Universitaire Sylvanus Olympio de Lomé, la plus grande structure hospitalière du pays à partir de l’année prochaine, selon une source proche du ministère de la santé.

Un diagnostic pour révéler les insuffisances du secteur de la santé

 

Avec un taux d’accroissement annuel de la population de près de 3%, le Togo doit faire face à une série de défis majeurs pour développer et entretenir un système de santé équitable et performant répondant aux besoins de la population. Un récent diagnostic de la situation des formations sanitaires publiques du pays révèle une insatisfaction de la population due à la baisse des prestations sanitaires malgré d’importants investissements réalisés par le gouvernement togolais dans le secteur depuis 2010. Ce diagnostic montre un hiatus entre la taille du personnel et les prestations et à cela s’ajoute des pratiques peu orthodoxes. Fort de ce constat, il s’avère nécessaire d’imaginer et de mettre en œuvre des stratégies innovantes pour combler toutes les attentes des populations. Les partenaires techniques et financiers du Togo envisagent d’apporter leur appui multiforme à cet ambitieux projet. Car ils pensent que cette approche pourra changer la donne dans ce le secteur. «Cette approche est un vrai changement de paradigme, une solution à des problèmes qui existaient depuis des années», a souligné Dr Mamadou Dravé, conseiller à la représentation togolaise de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

 

Description de l’approche contractuelle tant attendue

 

L’approche contractuelle repose sur un partenariat formel et durable entre tous les acteurs du secteur de la santé. Elle consiste, par le biais d’un contrat, à céder la gestion d’une structure de soins à une entité non étatique  spécialisée dans la gestion hospitalière. Cette approche vise à améliorer  l’accessibilité de toutes les couches sociales aux services de santé de qualité à travers une utilisation optimale des ressources disponibles. Elle est basée sur la complémentarité des efforts entre le secteur public et le secteur privé afin d’améliorer les services dans les centres de santés publics du Togo. «Le principe est le suivant: l’Etat va, après élaboration du cadre juridique opérationnel, lancer un appel d’offres pour recruter des sociétés spécialisées dans la gestion hospitalière. Il s’agira des sociétés ayant fait leurs preuves en la matière, avec qui l’Etat signera un contrat. Ainsi, l’Etat cédera la gestion fonctionnelle à la société contractante. Bien évidemment, tout ceci sera élaboré en harmonie avec les règles de la fonction publique, puisque ce sont des services publics», a expliqué le ministre de la Santé, Professeur Moustapha Mujiyawa. Du coté des populations, on espère que ce projet va permettre de renforcer les services de base dans les formations sanitaires au Togo. «Le secteur privé peut apporter sa touche pour renforcer les services de base dans nos hôpitaux publics. Car les attentes sont grandes avec le boom démographique. Dès fois, les appareils sont en panne et les techniciens tardent à les réparer. Désormais, les sociétés contractantes pourront gérer la maintenance beaucoup plus rapidement», espère Hounkpati Léo, un patient rencontré au centre de santé social de Nyekonakpoé. Le projet suscite aussi beaucoup d’engouement chez les praticiens togolais. Ils pensent que cette approche contractante va permettre de sauver beaucoup de vies humaines avec l’amélioration de leurs prestations. «Nos prestations sont comme un travail à la chaine dans une usine. Il suffit que l’un des maillons soit défaillant pour mettre à mal tout le travail. Avec l’arrivée du secteur privé, il aura un mécanisme de suivi-évaluation efficient dans tous les départements. Donc, nous accueillons cette décision avec joie car cela va mettre fin à certains dysfonctionnements», reconnait Lawson Jean, infirmier au Centre Hospitalier Universitaire de Lomé. Le Togo compte 3 centres hospitaliers universitaires, 6 centres hospitaliers, 40 hôpitaux de districts et 600 dispensaires. Ce projet viendra renforcer les résultats obtenus par le pays à travers son Plan national de développement sanitaire (PNDS) exécuté sur la période 2012-2015 qui a permis d’élargir l’accès aux soins préventifs et curatifs essentiels à 90% de la population, de réduire la mortalité néonatale et maternelle et de renforcer le système de santé.


 

 

Blamé Ekoue