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Burkina Faso : Docteur Michel Akotionga, le médecin qui répare les organes des femmes excisées

Au Burkina Faso, la pratique de l’excision a encore la peau dure. En effet le taux d’excision des femmes dont l’âge varie entre 15 et 49 ans est de 76% et 13% pour les filles entre 0 et 14 ans. Cette pratique n’est pas sans séquelles sur la majorité d’entre elles.  Face à cette situation, le docteur Michel Akotionga, s’est donné pour mission, la réparation des organes de ces femmes pour leur offrir le sourire.

Médecin généraliste formé à Dakar au Sénégal et à Lomé au Togo où il a obtenu son doctorat d’Etat, le Dr Michel Akotionga est rentré au Burkina Faso en 1978. Il a été successivement médecin chef adjoint à Pô (centre-sud), médecin à Yako (nord), puis directeur départemental de santé à Ouahigouya avant de répartir à Angers en France, puis à  Cotonou au Benin pour une spécialisation en   gynécologie et obstétrique. Revenu au pays en 1989, il a été affecté au centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU-YO, le plus grand centre de santé du Burkina Faso)  où il a exercé comme gynécologue jusqu’à sa retraite. Parallèlement, il exerçait à la clinique Suka avant de passer en  2002 le concours d’agrégation. A la retraite depuis 2011, le Dr Michel Akotionga n’a pour autant pas pris de repos. Il a ouvert une clinique en 2012, appelée Ateguina du nom de sa mère qui veut dire «Dieu est le vrai juge ». Les raisons de son investissement dans la réparation des femmes sont dues à un certain nombre de constat au retour de sa spécialisation. « J’ai constaté dans la pratique à l’hôpital Yalgado Ouédraogo que beaucoup de femmes excisées avaient des problèmes à l’accouchement et dans leur vie de femmes. Elles avaient beaucoup mal pendant les rapports sexuels », a-t-il déclaré lors d’un entretien exclusif à ANA.

Une technique chirurgicale plus légère et gratuite

 

D’autre part, le Dr Michel Akotionga a remarqué que parmi les nombreuses femmes qui venaient à l’hôpital avec les séquelles de l’excision, très peu étaient prises en charge parce que les frais de l’opération étaient assez élevés pour elles. La technique mise au point par l’urologue français Pierre Foldès pour la reconstitution clitoridienne était certes efficace mais hors de portée de la bourse de ces femmes, qui vivent dans un pays où près de la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour. « Je me suis dit qu’il fallait aider ses femmes et surtout à moindre coût », s’est-il alors engagé. Il sera aidé par le contexte de l’époque. En effet, en 1990, le gouvernement burkinabè a créé le comité national de lutte contre la pratique de l’excision. Le Dr Michel Akotionga a intégré ce comité en tant que représentant du ministère de la santé.

Il a alors mis au point une technique chirurgicale qui est plus légère et gratuite. Le premier essai a été concluant. La technique sera améliorée par la suite et aujourd’hui, elle est non seulement reconnue au Burkina Faso mais également partout en Afrique. Pour la populariser, le Dr  Michel Akotionga a formé au Burkina Faso, plus de 600 agents de santé ainsi que plusieurs autres médecins dans les 8 pays de l’union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) à la demande de l’Institution. La durée de la réparation, selon ses dires, varie selon le type de séquelles. « L’opération peut prendre entre 10 minutes et une demi-heure  voir plus selon le type de séquelles ». A cet effet, il a identifié trois types de séquelles de l’excision.

Dans le type un, le clitoris est totalement enlevé avec ou sans ses piliers ; dans le type deux,  le clitoris est enlevé avec les petites lèvres et dans le type trois,  le clitoris est enlevé avec les petites et les grandes lèvres. Les opérations du Dr Michel Akotionga se déroulent dans sa clinique située à la cité AN II, (centre-ville de Ouagadougou) à quelques kilomètres de l’aéroport. Une fois par semaine, précisément chaque mercredi, il répare entre deux et quatre femmes excisées. En dehors de ce jour, entre 20 et 40 femmes bénéficient de ses services, pendant les formations qu’ils organisent au profit des agents de santé sur sa technique.

Pour me remercier, certaines ont même donné mon prénom à leurs enfants

Comme soutien dans sa tâche, le Dr Michel Akotionga bénéficie de la part du conseil national de lutte contre l’excision, des consommables et de la somme de 7500 FCFA pour les différentes interventions. Il en est de même pour les autres centres de santé, où les femmes excisées sont opérées. Selon le Dr Michel Akotionga, la somme de 7500 FCFA sert à acheter de l’eau de javel pour laver les draps après l’opération. Et la femme opérée, repart chez elle avec les médicaments nécessaires pour la guérison de sa plaie. Ces médicaments sont fournis par des partenaires parmi lesquels l’UNICEF. Si de ses opérations, le Dr Michel Akotionga ne gagne financièrement rien,  il dit néanmoins en tirer un bonheur immense. La plupart des femmes qu’il a opérée, sont revenus le remercier et certaines ont même donné son prénom à leurs enfants.  « Quand elles ont une grossesse, elles sont surtout heureuses, beaucoup m’ont dit qu’elles ne peuvent pas oublier ce que j’ai fait. C’est cela mon plus grand salaire » affirme-t-il. Une autre raison guide ses actions. « Tout ce qui concerne le bien être de la femme,  c’est mon affaire parce que pour moi toute femme est à l’image de ma mère. Il n’y a pas de raison qu’on laisse souffrir une femme quand on peut la soulager » a-t-il fait savoir. Selon lui, chacun devrait se mobiliser pour protéger les femmes contre l’excision. Pour celles qui ont déjà été excisées et qui portent des séquelles, il préconise de leur montrer le chemin à suivre pour obtenir soulagement. «Nous sommes tous interpellés en tant que citoyen Burkinabè parce que ces femmes sont nos sœurs, nos filles et nos mères ». Depuis 1995, le Dr Michel Akotionga est un expert des mutilations génitales féminines au sein de l’organisation mondiale de la santé (OMS).  Il a été nommé à ce poste, suite à son exposé à Addis-Abeba en Ethiopie, en 1994, lors de la commémoration du 10 ème anniversaire du comité interafricaine de lutte contre les pratiques néfastes à la santé des femmes et des filles. Il prépare actuellement un voyage en France où il  a été invité par le collège national des généticiens obstétriques pour animer une conférence sur l’excision le 7 décembre prochain à Montpellier.


 

Par Dramane Traoré et Ibrahima Sanou

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