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Togo : L’espoir renaît pour le coton

Il faudra attendre 5 ans avant d’apprécier les retombées des réformes du gouvernement dans la filière coton au Togo. Pour l’heure, les premières indications sur les emblavures laissent espérer un parfum de renouveau pour l’or blanc togolais. Cette culture stratégique de l’économie togolaise représente environ 4,3% du Produit Interieur Brut (PIB).

Deuxième produit d’exportation après le phosphate, le coton est le premier produit d’exportation agricole du Togo. Le secteur, qui fait vivre directement ou non près de 2,5 millions sur les 6 millions d’habitants que compte le pays, veut renaître de ses cendres après une descente aux enfers.

La campagne cotonnière 2014-2015 s’annonce comme une saison de relance, après plus de cinq années de fiasco. La première bonne nouvelle provient de la direction de la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) ,mise en place par les autorités togolaises en janvier 2009, pour relancer le secteur. « La campagne cotonnière 2014/2015 s’achève sur une production record de 113.000 tonnes contre 77.850 pour la période précédente. Une hausse spectaculaire de 45% », selon un communiqué de la société. Ces résultats sont dus à différentes réformes entreprises par les acteurs de la filière et les partenaires techniques et financiers sur la base des recommandations des audits et études menés dans la filière.

Une filière de 123.843 producteurs privés

En effet, les réformes entreprises par les décideurs et les acteurs de la filière ont vu la liquidation de la SOTOCO (Société d’Etat) et la création de la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT), une société d’économie mixte au capital social de 2 milliards de FCFA, détenu par l’Etat à 60% et la Fédération Nationale des Groupements de Producteurs de Coton (FNGPC) à 40%. Cette nouvelle donne a engendré une croissance de la production cotonnière, passant de 46.800 tonnes, au cours de la campagne cotonnière 2010/2011 à 80.559 tonnes en 2012/2013 pour atteindre une production de 113.000 tonnes au titre de la campagne 2014/2015.

Aujourd’hui, la filière cotonnière togolaise ambitionne, dans sa vision stratégique de relance, de produire 200.000 tonnes de coton-graine à l’horizon 2022. « Il y a 6 ans, très peu de gens auraient fait un pari sur la filière cotonnière togolaise. En 2015, au regard des résultats obtenus d’année en année, nous pouvons affirmer que l’analyse du gouvernement a été bien vue, et les leçons tirées de ce bilan, nous permettrons de projeter la campagne 2015/2016, afin d’atteindre une production de 200.000 tonnes par an à l’horizon 2022 », confie, Kokou Djagni, directeur général de la NSCT.

Au Togo, la filière cotonnière comprend 123.843 producteurs privés, souvent fédérés en groupements, sur des exploitations de taille modeste (un hectare en moyenne), même si certaines atteignent 40 hectares. Ces producteurs font toujours face à des problèmes de subventions de l’engrais et des intrants agricoles : « Nous avons besoin de la subvention des engrais et autres intrants pour alléger le poids de ses coûts sur le revenu du producteur togolais et sur le fonctionnement des groupements », a recommandé Hodabalo Yosso, le président du conseil d’administration de la Fédération Nationale des Groupements de Producteurs de Coton (FNGPC) au cours d’une enclave, le 28 mai dernier à Kara, une localité située à environ 400 km de Lomé.

Selon l’économiste Kodjo Serge, la hausse de la production du coton-graine est évidemment une bonne nouvelle pour l’économie togolaise, mais la prudence reste de mise en raison d’un certain nombre d’incertitudes: « Il y a d’abord les cours du coton qui sont orientés à la baisse, il y a ensuite le fait que la production mondiale ne cesse de croître depuis 4 ans, dépassant la consommation planétaire. La Chine, 1er consommateur mondial, a constitué des stocks stratégiques pouvant couvrir 3 années de production. Elle n’achète que la quantité minimale que lui impose l’OMC. Enfin, l’Inde qui était, il y a peu, un pays importateur de fibre, a vu sa production exploser au point de devenir 1er producteur mondial devant la Chine. Elle n’importe presque plus », a-t-il fait remarquer.

Pour la campagne 2014/2015, le prix d’achat du coton graine était de 230 FCFA/kilogramme. Le coton est la première culture de rente des exploitations agricoles et la première culture industrielle du Togo.


 

Par Emmanuel Atcha