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Togo : les « voice-over » prennent le pas sur l’original

Les studios de réalisation de film au Togo, à défaut d’avoir les moyens pour tourner des films originaux, se livrent depuis quelques années déjà à la traduction en langues locales des productions « Ibo. » Ces dernières qui ont toujours intéressé le public togolais sont devenues encore plus populaires avec les « voice-over. » Mais si les traductions se vendent mieux, elles font tomber les originaux… Reportage !

 

A Lomé, tout le monde s’en accommode. Dans la plupart des studios de productions cinématographiques, ce qui se fait de mieux, ce ne sont pas les films, mais plutôt les traductions en langues locales avec une reproduction à la clé. Les films d’origine nigériane (parfois aussi ghanéenne), communément appelé « Ibo » du nom de l’ethnie nigériane la plus populaire au Togo, en sont l’objet et se vendent directement dans la rue.

 

Une décennie de voice-over

Comme l’explique Toussaint Kalepé, un promoteur audiovisuel au Togo, « ici, les vidéos sont vendues par les nigériens et les guinéens, la plupart se déplaçant de quartier en quartier pour les mettre à la disposition des amoureux de Nollywood, une industrie très appréciée du public. » Mais pour l’acteur togolais Komi Yovo, également producteur de contenus, le secteur a vraiment évolué depuis une dizaine d’années. « Il y a 10 ans, les Togolais ont commencé à préférer les films Ibo aux autres productions. Ça se vendait, les gens se les passaient, mais ils n’étaient que rarement traduits… Aujourd’hui nous ne faisons que des traductions. »

 

Le poids des langues locales

La Télévision Zion, détenue par Luc Russel Adjaho, passe ainsi 3 fois par jour des films Ibo qu’elle traduit en interne. Depuis, très peu de personnes s’intéressent encore aux originaux de ces films. « Vous voyez, ces films traduits bénéficient de deux ou trois avantages. Premièrement, ils décrivent des scènes de la vie, montrent la victoire du bien sur le mal, ou servent à conseiller les jeunes… Maintenant traduit dans une langue accessible à tout le monde, vous imaginez le succès ce que ça donne », explique Barnabé Séwadé, traducteur de films Ibo en Ewé, dialecte du sud-Togo.

 

Un marché de plusieurs millions

Selon un sondage de l’Ecole supérieure des affaires, 60% des familles togolaises ont au moins un DVD de film Ibo traduit, ce qui rapporte plusieurs millions aux acteurs du domaine. « Au niveau du ministère, nous cherchons les voies et moyens pour réorganiser le secteur et que cela profite à l’économie togolaise », confie Grégoire Awosso, chargé de la production cinématographique au Ministère des arts et la culture du Togo. Selon lui, les autorités réfléchissent à introduire le droit d’auteur, à percevoir des taxes et des impôts et à créer un outil statistique pour le secteur.

 

Les ventes de l’original chutent

Les DVD de films Ibo sont vendus entre 300 et 500 FCFA. Généralement commercialisés par des grossistes nigériens, au grand marché de Lomé, tels que Mohammed Inoussa pour qui la vente des films non traduits chute de jour en jour. « Avant, les détaillants venaient tous les jours s’arracher nos DVD, et je vendais jusqu’à 1000 DVD par jour. Mais aujourd’hui, on est tombé à 10.000 FCFA quotidiens, parfois beaucoup moins… » Il explique comment les studios s’accaparent la distribution : « ce sont eux-mêmes qui gèrent les ventes des traductions. Nous autres, sommes tenus à l’écart ».

 

Des perspectives de croissance

Pour l’acteur Komi Yovo, il existe des perspectives pour les grossistes nigériens, si «  ils s’adaptent à la montée des voice-over. » Car selon lui, ces derniers sont les premiers en tête de ce nouveau marché, fournissant les films aux studios, qui ensuite les traduisent, et les livrant aux détaillants pour que cela arrive aux consommateurs. Ce que confirme Barnabé Séwadé « sur 300 DVD achetés par mois auprès des Nigérians, à ce jour, seuls 110 sont traduits et reproduits. »


Auteur : Emmanuel Atcha // Photo : Un étalage de DVD traduits en Éwé, une langue du sud Togo – © Emmanuel Atcha

 

 

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