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Togo : Etoh Kossi réinvente l’automobile grâce au solaire

Inventeur et entrepreneur, Etoh Kossi fabrique les tout premiers véhicules solaires Made-in-Togo.  Distribuée sous la marque KING-S, via sa société Le Monde de l’Energie,  son invention ambitionne de conquérir le marché continental. Etoh Kossi nous dévoile sa stratégie d’implantation dans le secteur fort concurrentiel de l’automobile à l’heure de la révolution verte. Interview.

Votre société Le Monde de l’Energie est un nouvel acteur de l’économie verte. D’où vous est venue cette envie pour ce secteur ?
L’idée de créer cette société nous est venue comme une réponse à l’appel des autorités togolaises – qui veulent promouvoir l’industrialisation, tout en créant de l’emploi, et tout en protégeant l’environnement. Nous l’appelons « le monde de l’énergie » car notre vision, c’est de stimuler l’innovation technologique et l’entreprenariat jeune dans le domaine des énergies renouvelables. Nous en faisons un constat clair : l’énergie est à la base du développement. Et la première forme d’énergie que nous avons en Afrique, c’est le solaire.
Comment fonctionnent vos voitures ?

 

Nos voitures sont hybrides : électriques et solaires. Tout comme les voitures qui fonctionnent uniquement avec le carburant, les nôtres ont pour énergie le courant électrique produit soit par les batteries soit par le soleil. Ceci permet à l’utilisateur de faire son choix. Il suffit de charger votre voiture pendant cinq heures et vous pouvez rouler jusqu’à 150 kilomètres. Toutefois, le système solaire installé sur le toit de la voiture vous donne une autonomie supplémentaire de 40 à 50 kilomètres. Donc aussitôt que vous avez épuisé votre batterie, le système solaire s’enclenche.
Quelles différences cela fait-il pour l’utilisateur – d’un point de vue économique et environnemental ?
Nos voitures vont apporter des changements notables pour leurs utilisateurs, car ils n’auront plus à se plaindre d’une panne sèche. Il n’est pas rare en Afrique, de voir des gens qui poussent leurs véhicules sur plusieurs centaines de mètres, avant de trouver une station d’essence. Nos voitures mettent donc à l’abri de ce genre d’imprévus, mais surtout elles ne sont pas à la merci des variations du prix de l’essence. Une autre qualité de nos voitures, c’est qu’elles ne polluent pas l’environnement, et n’émettent aucun bruit comparées à celles fonctionnant avec le carburant… De vraies voitures écolos « made-in-Togo » qui prouvent que les africains peuvent aussi innover dans ce domaine.

 

Comment cette volonté d’innovation se traduit-elle dans votre gamme ?
Nous produisons plusieurs gammes de voitures : les tricycles, les petites voitures de luxe et les grandes voitures. Nous envisageons aussi de produire dans quelques mois des véhicules 4×4 qui auront une autonomie de 300 kilomètres après charge, ce qui sera encore un nouveau défi technique. Mais pour réussir dans le monde de l’automobile, il faut sans cesse innover et chercher à concurrencer les autres marques.
Votre production et 100% nationale, mais est-ce-que les togolais achètent vos voitures ?
Oui ! Nos voitures sont déjà utilisées dans le transport public au Togo, pour qui nous avons produits en 6 mois une centaine de véhicules. Ce qui est un bon début, vu que notre commercialisation n’a commencé qu’en septembre de cette année. Aussi, nous travaillons pour l’exportation : avec une centaine de commandes en provenance du Niger, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire. Avec un prix moyen de 2 à 4 millions pour les voitures routières, et autour de 20 millions pour les 4*4, nous espérons concurrencer les grandes marques occidentales très bientôt. Et puis, comme c’est une marque africaine produite par et pour des africains, cela constitue aussi une réelle fierté ici pour tous ceux qui pensent, comme moi, que l’Afrique a le capital humain nécessaire pour amorcer son industrialisation.
Justement, quelles sont les perspectives d’avenir pour le secteur de l’automobile – au Togo comme en Afrique ?
J’envisage l’avenir avec beaucoup d’optimisme. Aujourd’hui, tout le monde veut investir en Afrique et le secteur de l’automobile va bénéficier de la croissance enregistrée. C’est pourquoi je reste persuadé qu’il y aura un boom dans les ventes. De plus, avec les mesures prises visant à limiter l’entrée dans nos pays de vieilles « guimbardes », les parcs automobiles seront refaits à neuf. C’est pourquoi je ferai tout pour faire du Togo un hub dans le domaine de la fabrication automobile. Mon rêve, c’est de conquérir le marché continental et de ne pas laisser les grandes multinationales occidentales dominer toute l’économie. Par exemple, j’ai déjà des gens intéressés par nos véhicules au Kenya, et je compte donc inaugurer dans les mois à venir une autre usine beaucoup plus grande pour assurer une production à grande échelle.


 

Propos recueillis par BLAME EKOUE