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Actualité

Ticad 7, Sommet Russie-Afrique, Rencontres Africa… Qui sera le « best partner » de l’Afrique ?

Alors que la septième édition du Ticad, le RDV traditionnel du partenariat Japon-Afrique, s’est terminé sur de nouvelles ambitions et promesses, sont attendus le Sommet Russie-Afrique, les Rencontres Africa et Ambitions Africa en octobre. Quels sont les enjeux de ces grands fora entre l’Afrique et ses partenaires ? 

Par Dounia Ben Mohamed 

La septième édition du TICAD (Tokyo International Conference on African Development), qui se tenait du 28 au 30 août 2019, organisée sous la houlette du Japon et des Nations Unies, du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), de la Banque mondiale et de l’Union africaine sur le thème « Faire progresser le développement de l’Afrique à travers les hommes, la technologie et l’innovation », s’est achevée sur de nouvelles ambitions et promesses. 

47 milliards de dollars déboursés par Tokyo au titre de l’aide publique au développement

Les responsables africains, très présents_ parmi lesquels une dizaine de dirigeants_, avaient dès l’ouverture, exprimés leur intention de faire « du business » avec leurs homologues japonais, et ne pas attendre « d’aide au développement ». Les Japonais, de leur côté, qui ont été pionniers dans l’organisations de ces rdv avec l’Afrique, dès 1993 avec le TICAD, depuis distancé par la Chine notamment, mais également les Américains, Européens et Turcs, et même les Marocains, misaient gros. La troisième économie mondiale, en quête de relais de croissance sur le continent, devait reprendre son positionnement de partenaire de « qualité » sur le continent. De fait, après avoir déboursé, au titre de l’aide publique au développement (APD), 47 milliards de dollars depuis 1993 et le premier Ticad, soit un montant supérieur au chiffre promis lors du Ticad 6, à savoir 30 milliards, mais encore loin des 60 milliards de dollars promis par Pékin lors du dernier sommet Chine-Afrique, Tokyo a sorti l’artillerie lourde au cours de cette édition. Le fleuron du made in Japon, Toyota, a annoncé la construction d’une usine à Abidjan ; Mizuho Bank, leader du secteur bancaire japonais, a signé un MoU avec le groupe bancaire marocain Attijariwafa Bank qui prévoit le partage de bonnes pratiques dans les domaines bancaire, financier et des affaires ; Tokyo s’est également engagé à former, au cours des trois années à venir, d’experts à la gestion des risques financiers et de la dette publique dans 30 pays du continent ; etc. Plus largement, le gouvernement s’est engagé à investir 50 milliards de dollars en Afrique. Avec une priorité donnée aux infrastructures « de qualité ». 

Déjà, Tokyo a mis en place une série d’outils et d’institutions destinés à conquérir le marché continental. A commencer par Jetro, l’Organisation japonaise du commerce extérieur, aujourd’hui présente dans une vingtaine de pays du continent. Ainsi que la Jica, l’Agence japonaise de coopération internationale. Reste que le Japon est loin d’être le seul à concourir pour la place de « best partner » de l’Afrique. Très attendu, le Sommet Russie-Afrique de Sotchi, prévu en octobre prochain, a vocation à renforcer, ou plutôt réorienter, la présence russe sur le continent. Partenaire « historique » du continent, depuis la Guerre froide notamment, le Kremlin, entend désormais diversifier ses relations avec le continent et ne plus se limiter au rôle de « marchand d’armes ». Un virement de cap marqué par des mesures plus que symboliques. A commencer par l’annulation de dettes contractées auprès de Moscou par un certain nombre de pays du continent à hauteur de 20 milliards de dollars, la signature d’accords de coopération militaire et industrielle, et la multiplication des visites officielles de délégations russes en Afrique. « La Russie veut non seulement rétablir la situation qu’elle avait mais aussi accroître ses relations avec l’Afrique, dans un respect mutuel », indiquait lors d’un déplacement sur le continent le représentant spécial du président Poutine pour le Moyen Orient et l’Afrique,  le vice-ministre Mikhail Bogdanov, avant d’admettre que son pays est « en retard et arrive après les Européens, les Américains et les Asiatiques ».

De son côté Paris veut aussi reprendre sa place dans ce qui était « son pré-carré » africain tout en élargissant son champs d’action sur la scène continentale. En misant notamment sur la French Tech et des instruments comme Choose Africa ou digital Africa. Reste que la stratégie africaine française, qui varie aux grès des chefs d’État au commande, difficile à définir, patine. Pour preuve, comme l’année dernière, deux RDV France-Afrique sont au programme, et tous deux en octobre prochain, Rencontres Africa et Ambition Africa. En somme le secteur privé français et le Quai d’Orsay ne jouent pas dans la même catégorie et avancent leurs pions chacun de leur côté. Et dans ce jeu entre puissance, la France, avec les 5 milliards d’euros d’engagements de l’AFD, joue petit.

« Si vous voulez de bons revenus, venez en Afrique. C’est un marché dans lequel les investissements portent sur des centaines de milliards de dollars. C’est le nouveau profil de l’Afrique actuellement présenté au monde. »

Discours de Tony Elumelu-Ticad 7

Or, pour le nouveau leadership à l’œuvre sur le continent, lequel s’oriente vers une approche plus pragmatique qu’idéologique, le meilleur partenaire c’est celui qui apporte expertise, donc transfert de savoir-faire, et financement. Dans ce jeu, les champions ce sont les Chinois. Avec sa feuille de route, « La nouvelle route de la Soie »,  la Chine, déjà premier partenaire commercial du continent avec plus de 3 milliards de dollars d’échanges commerciaux, semble difficile à concurrencer.  « Nous sommes ouverts à tous les pays et nous croyons aux transferts de technologies », assurait pourtant, pendant le Ticad 7 Amadou Hott, ministre de l’Economie du Sénégal, devant un parterre d’investisseurs japonais. « L’Afrique est l’une des destinations mondiales prometteuses pour les investissements. Notre forte densité démographique – près de 1,3 milliards d’habitants – créé l’un des marchés les plus attractifs au monde. Tous les pays accordent beaucoup d’attention à l’Afrique, mais le Japon est-il au centre du débat ou est-il resté sur la touche?, a interpellé le célèbre homme d’affaires Tony Elumelu lors d’un vibrant discours exprimé pendant le Ticad. Si vous voulez de bons revenus, venez en Afrique. C’est un marché dans lequel les investissements portent sur des centaines de milliards de dollars. C’est le nouveau profil de l’Afrique actuellement présenté au monde. »

« Aller au-delà des discours : les Africains doivent pouvoir inscrire ces évènements dans leur agenda en fonction de leurs intérêts et préoccupations. »

Mais cette Afrique a-t-elle réellement les cartes en main dans ce jeu entre puissances ? Ce regain d’intérêt pour le continent, loin du tableau dressé lors de la conférence de Berlin de 1885 où les grandes puissances se sont partagées une Afrique « spectatrice » de son destin, marque -t-il un tournant au profit de l’Afrique ? Pas encore à en croire Cheikh Ibrahima Diong,  fondateur et PDG du cabinet panafricain basé à Dakar Africa Consulting and Trading (ACT). Pour preuve, ces grands foras continuent de se tenir hors des frontières continentales, et l’Afrique y participe, encore, en tant que « spectatrice ». « Que ce soit les Japonais, les Chinois, les Russes ou encore les Américains, chacun essaie de se positionner sur le continent, chacun pour des raisons différentes. L’avantage des Chinois c’est qu’ils n’ont pas de passé colonial avec l’Afrique et peuvent parler de relation équilibrée sans avoir cet héritage historique qui revienne dans la négociation. Il en va de même pour le Japon ou la Turquie. Pour ces pays, comme la Russie et les USA, il faut prendre également en compte l’aspect géopolitique et sécuritaire. Il est de l’intérêt de ces pays que l’Afrique soit stable, pour qu’ils puissent travailler avec les pays africains sur les plans économiques. Sans oublier la dimension internationale, avec le Conseil de sécurité où tout le monde veut avoir l’Afrique de son côté. On est donc face à des enjeux de positionnement géopolitique, et de plus en plus économique avec un continent, dont les ressources sont énormes, qui offrent des opportunités pour les secteurs privés de ces États. C’est la raison pour laquelle on voit que les chefs d’États occidentaux sont accompagnés des hommes d’affaires de leur pays quand ils se déplacent sur le continent dans la perspective de mieux les positionner. »

Une diplomatique économique que désormais tous jouent sans complexe. Mais quid de leurs « homologues» africains ? « Quand on les entend dire qu’ils ne veulent pas d’aide au développement mais du business, c’est un vieux discours, qui laisse entendre qu’on n’est plus dans une Afrique de la main tendue mais qu’ils aspirent à des relations d’égal à égal. Sauf qu’aujourd’hui, il faut aller au-delà des slogans et avoir une approche plus pragmatique. Premièrement, quand on dit Afrique, on a l’ impression que l’on parle d’un seul pays alors qu’il faut tenir compte des spécificités de chacun. Ensuite, pour un réel partenariat, les Africains doivent pouvoir inscrire ces évènements dans leur agenda en fonction de leurs intérêts et préoccupations. » Ceci dit, il nuance : « On remarque toutefois que ces derniers temps, la tendance est d’organiser des éditions africaines à ces grands RDV. Le Ticad 6 s’est ainsi tenu au Kenya. Le Sénégal doit accueillir en 2024 l’évènement… » 

Quoi qu’il en soit, qu’ils s’agissent d’investissements directs ou d’aide publique,  les montants sont nettement inférieurs aux transferts de fond de la diaspora vers le continent. N’est-elle pas là, la nouvelle donne ?