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Tech La digitalisation du Maroc est en marche

Alors que l’administration a déjà plus qu’amorcé sa transition numérique, tous les pans de l’économie marocaine engagent aujourd’hui ce processus de digitalisation. Un écosystème favorable à l’émergence de start-up… et à l’économie du futur.

Reportage à Rabat, par Dounia Ben Mohamed

C’est désormais une certitude. L’Afrique est entrée dans l’ère du numérique. Des nouvelles technologies qui interviennent, de manière transversale, dans tous les secteurs, de l’administration à l’agro-industrie en passant par la santé, et révolutionnent le continent. Et les acteurs de cette révolution 2.0 se sont réunis à Rabat les 4 et 5 octobre 2018 pour la 3ème édition l’Africa IT Expo 2018 (AITEX). Une initiative de la Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (APEBI) qui a choisi cette année pour thème «Quel digital pour l’Afrique du futur ? ».

« Notre jeunesse n’attend pas notre feu vert, elle est déjà dans le futur »

L’occasion pour Moulay Hafid El Alamy, ministre marocain de l’industrie, d’ouvrir les festivités avec un programme des plus ambitieux, le plan Maroc Digital 2020 qui prévoit entre autre la digitalisation de l’administration, la connexion des PME, la création d’une agence dédiée, la généralisation du wifi outdoor… Une suite au plan Maroc Numeric 2013 qui a déjà porté ses fruits à en croire le ministre qui n’hésite pas à parler d’une « révolution marocaine ». Alors que les Marocains peuvent désormais s’acquitter de leur charge fiscale d’un simple clic, les délais de réponses et l’interdiction de demander un document d’une autre administration, ont radicalement changé les relations du citoyen avec les services administratifs. « Le citoyen a besoin aujourd’hui d’interagir avec son administration, exhorte le Ministre. Le citoyen a envie de rêver. A ce titre, il a des besoins immédiats. Il s’agit de réussir la transition de notre administration de l’ère du papier au numérique. » Un défi culturel en cours et qui est loin de se limiter à la sphère du public. « Comment créer des usines pour nos jeunes ?  C’est le défi de notre continent. Imaginez notre jeunesse formée à l’industrie 3.0 ! La force de l’Afrique se trouve dans sa jeunesse. Une jeunesse d’exception mais on doit aujourd’hui être en mesure de libérer cette jeunesse. Pour que ces jeunes soient demain des acteurs du futur et non de simples consommateurs. Notre jeunesse n’attend pas notre feu vert, elle est déjà dans le futur. »

« Le digital change le Maroc »

Certains de ces acteurs du futur participaient à la rencontre qui a réuni une centaine de start-up du continent. Parmi lesquels, Reda Bakertit, co-fondateur et CEO de Kourtim. « C’est une plateforme de planification et des gestions des flux du transport en tant réel destinée aux entreprises qui ont des contrats avec des transporteurs mais qui perdent beaucoup de temps et d’argent pour gérer leur livraison, les retards, faute d’information en temps réel. »  Cette solution web et mobile qui permet la mise en relation directe entre expéditeurs professionnel, transporteurs et destinataires, à peine lancée, en septembre, compte d’ors et déjà des clients de taille, dont l’opérateur français CMA-CGM. Prix Orange de l’entrepreneur social 2018, sa réussite serait loin d’être singulière. Le Maroc dispose aujourd’hui d’un écosystème favorable à l’éclosion de ces start-ups ainsi que le confirme Aalya Ghouli, Directrice marketing, innovation digital et stratégie chez BMCI,  filiale Marocaine du Groupe BNP Paribas. « Aujourd’hui, BMCI est une banque très investie dans le monde de l’innovation. On vient de réaliser un très bel hackathon où nous avons eu l’opportunité de réunir des salariés de la BMCI mais aussi l’écosystème composé d’étudiants et de startuppeurs. Près de 500 participants. Nous avons retenus trois projets que nous sommes aujourd’hui en train d’incuber et d’accompagner jusqu’au bout. » Alors que la Banque s’est engagée dans le « 100% digital » et se veut un acteur de référence dans le domaine, Aalya confirme : « le digital change le Maroc. Le paiement des impôts, des vignettes, des frais de douanes, … Des exemples hautement symboliques qui participent à la fluidité des processus administratifs. Ce dont nous avons besoins, nous, en tant qu’opérateur économique, au même titre que nos clients. C’est un gain énorme en temps mais surtout une sécurisation de nos process. Nous y croyons très fortement. Pour cela il faut oser, penser différemment et sortir des sentiers battus. » 

Des innovations made in Africa exposées

Patrick M’bengue également y croit fortement. A la tête d’une délégation de start-up ivoirienne, PDG Inova, Président du Gotic et administrateur de la CGECI, patronat ivoirien, il participait à la rencontre pour promouvoir le made in Côte d’Ivoire. « Notre pays est en train d’engager une stratégie de transformation structurelle de son économie à l’aide du digital. Toutes les filières d’activité, de l’industrie aux services, sont impactés par le digital. Et la jeunesse ivoirienne s’est engagée dans cette stratégie à travers des start up innovantes, dans le domaine de l’agriculture, du tourisme, de l’éducation, de la santé, autour de solutions locales.  En Côte d’Ivoire, le digital ce n’est pas que  de la théorie, c’est du concret ! »

Avec ses homologues béninois, camerounais et autres délégations africaines présentes, Patrick M’bengue échangera pendant ses deux jours de salon où des innovations made in Africa ont été exposées. Preuve s’il fallait le démontrer que l’Afrique est plus que jamais une terre d’innovation.


 

Reportage à Rabat, par Dounia Ben Mohamed