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Tech Africaine Quelle place sur la scène mondiale ?

Startup. C’est désormais le terme en vogue sur le continent, affiché comme la clé du développement de l’Afrique. Mais que pèsent réellement les start-up africaines sur la scène internationale ? ANA a saisi l’occasion de l’organisation de Viva Tech, ce qui est devenue la vitrine de la French Tech, pour mener l’enquête.

Par Dounia Ben Mohamed, à Paris

Des robots qui parlent, enseignent ou soignent ; des drones intelligents qui offrent des solutions aux caprices de Dame Nature ; un grand nombre d’applications qui apportent des solutions aux défis de ce monde, mieux, du futur. Autant des innovations fièrement affichées du 16 au 18 mai, Porte de Versailles à Paris, à l’occasion de la 4ème édition de Viva Tech. Cette année encore, ce qui est devenu le RDV mondial de l’innovation et accessoirement la vitrine de la French Tech avec Emmanuel Macron himself pour VRP, a rempli toutes ses promesses. Avec plus de 124 000 visiteurs selon les organisateurs, les leaders mondiaux du secteur_ Huawei, Google, Facebook, Alibaba, etc., et les start-up les plus en vogue. Parmi lesquelles, une cinquantaine de start-up made in Africa.

“L’absorption positive de notre produit à l’étranger est la preuve que la technologie africaine est de classe mondiale “

Cette année, l’Afrique, qui s’affiche de plus en plus comme le continent de l’innovation a été mise à l’honneur. Lors de la deuxième fois de la section consacrée à Afric @ Tech, qui présentait 50 startups africaines de quatre secteurs clés, dont les dix startups composant la délégation d’AfricArena. Laquelle se veut être la plate-forme de négociation idéale pour les entreprises, les investisseurs providentiels, les sociétés de capital-risque et les CVC, les incubateurs / accélérateurs et les entrepreneurs qui unissent leurs forces pour le bien de l’innovation et de la croissance de l’écosystème technologique africain. Des start-up africaines dont la journée du 17 mai était dédiée. Après une bataille de pitch, c’est la sud-africaine Aerobotics qui s’est vue attribuée le Macron African Tech Award. Une start-up agritech d’intelligence artificielle spécialisée dans les processus de surveillance des parasites et des maladies des cultures arboricoles utilisant des données aériennes et un logiciel d’IA. Basé à Cape Town, elle opère dans plus de 18 pays et a récemment élargi son cycle de financement en série de 2 millions à 4 millions de dollars. “Le voyage de VivaTech 2019 a été une aventure incroyable, a déclaré Tim Willis, COO d’Aerobotics lors de la remise de son prix. Notre vision commune d’adapter la technologie africaine aux marchés mondiaux s’aligne fortement sur nos plans d’expansion. L’absorption positive de notre produit à l’étranger est la preuve que la technologie africaine est de classe mondiale. » Mais s’il est attesté que l’Afrique est une pépinière de start-up, combien d’entre elles arrivent à braver les freins du marché mondial et à se hisser parmi les géants In Tech ?

“Cette révolution numérique est encore plus visible avec le foisonnement des startups qui proposent des solutions toutes plus innovantes les unes que les autres et qui facilitent la vie des populations africaines. “

« 50% de la population Africaine a moins de 25 ans et la jeunesse rime avec innovation, rappelle Édith Brou, célèbre geekeuse d’Abidjan. Depuis plus d’une dizaine d’années, une énergie motrice et passionnelle, telle un rouleau compresseur, conduit la révolution numérique dans tous les secteurs d’activité sur le continent. (…) Cette révolution numérique est encore plus visible avec le foisonnement des startups qui proposent des solutions toutes plus innovantes les unes que les autres et qui facilitent la vie des populations africaines. » Mais parmi elles combien atteignent le statut de « Licorne » ? Autrement dit, une start-up cotée à plus d’un milliard de dollars. En dehors de Jumia, récemment introduite à la Bourse de New York, elles sont peu. Faute de moyens. Car si l’innovation est au RDV, les investissements, eux, sont à la traîne quand il s’agit de l’Africa Tech. Selon un rapport publié par le fonds de capital-risque Partech Africa, les start-up africaines n’ont mobilisé que 54 millions de dollars en 2018. Face aux milliards investis dans le secteur à l’échelle mondial, c’est peu.

“L’investissement reste la principale problématique des Tech leaders”

« L’investissement reste la principale problématique des Tech leaders, observe Haweya Mohamed, co-fondatrice d’Afrobytes. Les Business Angels sont très peu nombreux sur le continent alors qu’ils interviennent à l’étape la plus difficile. Les tech leaders sont obligés de trouver des alternatives ». Ce qui est précisément l’objectif d’Afrobytes, dont la 4ème édition se tenait le 15 mai Station F, à Paris. Si la Tech Africaine a le vent en poupe, elle reste isolée faute de connections avec les autres écosystèmes à l’échelle mondiale. C’est le défi dans lequel s’est lancée Haweya Mohamed et son acolyte Ammin Youssouf. « Afrobytes une place de marché qui rassemble les meilleurs profils de la tech du continent que l’on connecte avec les écosystèmes business et tech occidentaux. L’objectif étant de montrer que les écosystèmes tech du continent sont variés et qu’il y a en fait un vrai vivier » détaille Haweya Mohamed. Et de prévenir : « Le continent africain est la dernière frontière du business. Les startups qui veulent changer le monde vont devoir s’y intéresser si elles veulent rester dans la compétition ». Afrobytes tente de palier à deux blocages qui perdurent du côté des investisseurs. « L’un d’eux reste encore l’image du continent » déplore la co-fondatrice. Mais surtout, le manque de cadre pour créer la collaboration. « Nous tentons de lever ces barrières, de se positionner comme une sorte d’Ambassade des tech hubs africains ».

Kigali Innovation City ; Konza Technology City, ou “Silicon Savannah” au Kenya ; Vitib en Côte d’Ivoire ; Smart Tunisia…

En attendant, conscients du potentiel de ces start-up, plusieurs pays Kigali Innovation City ; Konza Technology City, ou “Silicon Savannah” au Kenya ; Vitib en Côte d’Ivoire ; Smart Tunisia ; etc._ ont mis en place des projets plus ou moins ambitieux pour accompagner leur décollage, et avec elles, l’économie de tout un continent. Assurément, le terrain de prédilection de la Tech du future.