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Sport et business : l’exemple rwandais

Plébiscité du plus grand nombre, le sport est également un levier de croissance comme le montre le pari du Rwanda en la matière. Une approche qui commence à faire des émules, ailleurs sur le continent. 

Par Dounia Ben Mohamed, à Kigali 

Lentement mais sûrement, le Rwanda tisse sa toile dans l’arène des pays africains hôtes de grandes manifestations sportives.  Après avoir abrité en mai dernier la Basket-ball African League (BAL)- une compétition regroupant des équipes de douze pays (Sénégal, Mali, Algérie, Egypte, Maroc, Cameroun, Mozambique, Rwanda, Tunisie, Madagascar, Angola et Nigeria) et organisée sous l’égide de la Fédération internationale de basket-ball (FIBA) et de la NBA, Kigali accueillait du 24 août au 5 septembre la 30e édition du championnat d’Afrique de basket-ball, Afrobasket 2021. Une nouvelle opportunité de « faire grandir le sport et le business » selon la formule d’Amadou Gallo Fall, le président de la BAL, et que le pays des Mille Collines compte bien saisir.  

AfroBasket 2021 : le Rwanda dans l’arène des pays hôtes de manifestations sportives

De fait, en ces temps de pandémie et d’activité économique atone, le Rwanda  mise plus que jamais sur le sport pour trouver de nouveaux gisements de croissance, et ce en attirant notamment des manifestations sportives à dimension panafricaine et internationale. Un pari déjà partiellement réussi : si le pays n’a pas remporté la compétition AfroBasket- l’équipe de Tunisie a conservé son titre de championne d’Afrique- il est en revanche parvenu à remplir les hôtels de sa capitale pendant plusieurs jours tout autant que son nouveau complexe sportif du Kigali Arena. 

Des résultats encourageants qui sont d’abord le fruit d’une stratégie- chère au président Paul Kagamé- qui vise à « nourrir et promouvoir le développement du sport en vue d’intégrer ce secteur dans le plan plus large du développement national », explique Clare Akamanzi, la directrice du Rwanda Development Board (RDB), l’agence nationale de promotion des investissements. « Le secteur du sport, qui représente plusieurs milliards d’euros à l’échelle mondiale, offre un énorme potentiel économique aux investisseurs et à notre population qui en bénéficiera directement ou indirectement », rappelle la dirigeante du RDB qui justifie ainsi « la décision stratégique » du gouvernement rwandais « [d’investir] dans les infrastructures sportives afin de renforcer son ambition de devenir une destination pour les événements sportifs sur le continent ». 

Le Rwanda devrait continuer à utiliser le sport pour promouvoir ses priorités nationales, telles que la campagne Visit Rwanda avec le PSG et Arsenal

Clare Akamanzi-RDB

Des investissements qui, outre le complexe Kigali Arena, incluent « le club de golf de Kigali […] mais aussi le stade de cricket et la modernisation imminente des stades existants », précise Clare Akamanzi, qui invite du reste « le secteur privé (local) à saisir cette opportunité et à investir dans ce secteur au fort potentiel économique, et à fort impact dans tous les secteurs (hébergement, accueil, transport, logistique) ». Dans ces conditions, le Rwanda devrait continuer à utiliser le sport pour promouvoir ses priorités nationales, telles que la campagne Visit Rwanda avec le PSG et Arsenal, un partenariat de sponsoring initié en 2018 pour plus de 42 millions de dollars, et qui a été récemment renouvelé pour trois ans. Signe de la rentabilité de l’investissement. 

Arsenal-Visit Rwanda

La Côte d’Ivoire et le Sénégal font également du sport un axe de développement majeur

Football, basket mais aussi cyclisme (le Rwanda est en lice pour accueillir les championnats du monde de cyclisme sur route en 2025)…. On l’aura compris, le pays des Mille Collines mise sur tous les tableaux pour gagner son pari du sport-business. Du reste, cette politique assumée consistant à maximiser les retombées économiques liées au sport, va bien au-delà de l’exemple rwandais, comme le montrent les cas de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Ces deux pays, qui accueilleront respectivement la Coupe d’Afrique des Nations en 2023 et les Jeux Olympique de la Jeunesse en 2026, font également du sport un axe de développement majeur. Le potentiel de croissance est, il est vrai, énorme puisque Amadou Gallo Fall rappelle qu’en Afrique, la part de l’industrie du sport ne serait que « d’à peine 0,5 % du PIB, […] et ce malgré la grande popularité de disciplines qui ne cessent de se diversifier ». 

Les bailleurs de fonds investissent aussi la filière sport pour accompagner l’émergence du continent 

AFD

Pas étonnant dès lors que les bailleurs de fonds investissent aussi la filière sport pour accompagner l’émergence du continent. L’Agence française de développement (AFD) a ainsi placé le sport au cœur de ses priorités et s’est, à ce titre, engagée aux côtés de la Fédération internationale de football (FIFA) et de la NBA pour faire du football et du basket des vecteurs de développement et de changement social en Afrique. De ce point de vue, la création d’une NBA Academy Africa et le lancement de la Basketball Africa League- dont l’AFD est partenaire- sont de bonnes illustrations de cette volonté d’allier « l’expertise de la NBA sur la pratique sportive à celle de l’AFD sur le développement durable », se félicite l’agence de coopération française. Au total, ce partenariat avec la ligue de basket-ball américaine ambitionne de lancer des programmes dans cinq pays africains (Maroc, Nigéria, Sénégal, Kenya et Afrique du Sud) dont l’un des volets, l’initiative « Basketball Experience », est déjà en place au Maroc avec la construction d’un terrain « AFDxNBA » à Zenata, en banlieue de Casablanca. Quant aux montants engagés, c’est 75 millions d’euros qui ont été débloqués par l’AFD dans le sport depuis 2018, répartis sur 70 projets financés. 

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