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Sénégal: Un phénomène urbain

A partir de l’année 2000, le Sénégal voit émerger une certaine classes d’hommes et de femmes qui voient la vie en rose. Leur dénominateur commun : transformer la corniche de Dakar à leurs convenances avec toutes les commodités nécessaires. Une nouvelle vie dorée qui contraste fortement avec le calvaire des populations de la banlieue. Une disparité aux conséquences nombreuses sur l’économie nationale.

Ici, les nouvelles classes émergentes ne se comptent pas par milliers comme dans certains pays de l’Afrique de l’Ouest. Ici, ils sont peu nombreux et préfèrent vivre dans leur cocon. Loin des regards inquisiteurs. Sur la corniche Ouest de Dakar, dans le quartier de Fann s’est développé à une grande vitesse une nouvelle cité. Ici, tout est à portée de main pour les consommateurs de moyenne classe : des grandes enseignes de supermarchés où l’on retrouve tous les produits étrangers dans les rayons, en passant par des centres commerciaux avec une forte représentation des marques internationales (Hugo Boss, Guess, Armani, Adidas) qui ont pignon sur rue particulièrement au Sea Plaza. Gérant du « Gouraya », un supermarché en face de la mer, Alexandre Mbaye témoigne de ce phénonème. « Ce supermarché est plus bondé qu’il ne l’était, mais il s’agit plus du changement des habitudes des consommateurs. C’est un endroit central de la classe moyenne. A coté des fonctionnaires classiques, il y a de plus en plus d’hommes et de femmes d’affaires » indique t-il. Pour mieux compléter le profil actuel de la classe moyenne dakaroise, le consultant en économie d’Osiwa, Dr Ibrahima Aïdara ajoute : « on note de nouveaux profils constitués des marabouts, de grands couturiers, mais aussi et surtout de sportifs parmi lesquels les lutteurs ». En effet, les mutations économiques ont changé le profil classique que l’on retrouvait jadis dans le secteur de l’enseignement et de la recherche, dans les professions libérales, dans le secteur des ONG et de la consultance. La classe moyenne est plus diversifiée et hétéroclite. La raison ? « La privatisation des entreprises, l’auto-entreprenariat, le besoin d’une main d’œuvre qualifiée dans les domaines des technologies des NTIC et sur les nouveaux champs de pétrole ont contribué à élargir le cercle de la classe moyenne ».

« 80% des gens les plus pauvres se partagent 28% des revenus »

Avec des revenus évalués à 47%, la classe moyenne habitant principalement en milieu urbain se la coule douce. Tout le contraire des populations issues du milieu rural. Le Sénégal n’échappe pas à l’inégalité sociale très forte qui frappe plusieurs pays africains. Les chiffres fournis par Ansoumana Diaw de l’agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) sont évocateurs de l’ampleur de la disparité. Selon cet économiste, « 80% des gens les plus pauvres se partagent 28% des revenus ». Dans le domaine du logement, les populations issues du milieu rural consacrent entre 10% et 19% de leurs dépenses dans les charges locatives. Dans le domaine de l’enseignement, le tableau n’est guère reluisant. Pape Mouhamadou Diène, statisticien-démographe y va de son analyse : « 20,5% de la classe flottante ont reçu une éducation dite informelle notamment dans les écoles coraniques et 25% ont un niveau universitaire ». Résultat des courses, les enfants issus de cette classe font leurs cursus scolaire dans les écoles publiques contrairement à la classe moyenne qui envoie sa progéniture dans les meilleures écoles privées de la capitale. En somme, le statisticien-démographe constate « une répartition des revenus très instable ».

Les profondes mutations en cours devraient réduire progressivement la disparité entre les populations en milieu urbain et celles habitant en zone rural. Surtout en ce qui concerne le pouvoir d’achat. Mais dans le domaine de l’immobilier, cette réduction devrait tarder à s’opérer. En effet, la hausse du niveau de vie à Dakar crée un boom du secteur immobilier ou les classes intermédiaires avec pourtant un revenu de 300.000 FCFA, voit plus de 50% de ce salaire consommé par le loyer fixé à plus de 150.000 CFA dans plusieurs quartiers de la capitale sénégalaise.


 

Mouhamed CAMARA