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Sénégal Les procès, l’emploi, l’émergence… Les enjeux d’une élection

Ne retenant que cinq candidats à la présidentielle, le Conseil constitutionnel a définitivement rejeté les candidatures de Karim Wade et de Khalifa Sall. Deux affaires judiciaires qui empoisonnent la vie politique sénégalaise et inquiètent les investisseurs…

 

Par Assanatou Baldé

Leurs candidatures étant définitivement écartés par le Conseil constitutionnel qui a rendu sa décision dimanche soir, Karim Wade et Khalifa Sall ne participeront pas à la présidentielle du 24 février. Seuls cinq candidats ont été retenus : Macky Sall, Idrissa Seck, Ousmane Sonko, Madické Niang et El Hadji Sall.

Après que Karim Wade ait décidé de saisir en novembre la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), pour faire reconnaître la validité de son inscription sur les listes électorales, c’est désormais au tour de Khalifa Sall, ex-maire de Dakar de tenter d’obtenir gain de cause auprès de l’institution. Incarcéré depuis mars 2017, il espère toujours pouvoir se présenter malgré sa condamnation en appel à cinq ans de prison. Ses avocats avaient déjà déposé contre l’Etat du Sénégal plusieurs requêtes devant la Cour de justice de la CEDEAO. Mais il faut dire qu’il est peu probable que ces requêtes aboutissent bien que les décisions de la Cour de la justice de la CEDEAO sont censées s’imposer aux Etats membres, Dakar a jusqu’ici toujours invoqué la souveraineté de ses institutions judiciaires, notamment dans les affaires Karim Wade et Khalifa Sall.

Deux affaires qui empoisonnent la vie politique sénégalaise depuis qu’elles ont éclaté. Accusé d’enrichissement illicite, Karim Wade a été le premier à être condamné en mars 2015 à une peine de six ans de prison ferme. Après 38 mois de détention, il bénéficie d’une grâce présidentielle puis s’exile au Qatar avec toutefois l’obligation de s’acquitter d’une amende de 138 milliards de FCFA (plus de 200 millions d’euros). De son côté Khalifa Sall, figure emblématique du Parti socialiste, qui fait parti de la coalition qui forme la majorité au pouvoir, a été condamné en première instance le 30 mars dernier à cinq ans de prison ferme pour pour « escroquerie aux deniers publics », « faux et usage de faux dans des documents administratifs » et « complicité en faux en écriture de commerce ». Une peine confirmée en appel le 30 août suivant.

Dans les deux camps on accuse le pouvoir de vouloir écarter deux rivaux de taille en vue de la présidentielle de février 2019, qui permettra au président Sall d’avoir un boulevard pour être aisément réélu. Des accusations rejetées par Dakar.

La course pour séduire les investisseurs

En attendant, le pays continue sa course pour séduire les investisseurs, en vue notamment du plan Sénégal Emergent (PSE), l’un des grands chantiers du président Macky Sall, qui vise à transformer radicalement le pays d’ici 2030 et à améliorer les conditions de vie des populations. Pour cela Dakar multiplie les initiatives en rénovant notamment ses infrastructures, comme le montre l’inauguration le 14 janvier du Train Express Régional (TER), allant de Dakar à Diamnadio. Il reliera en 45mn Dakar à Diamniado. Mais l’opposition pointe du doigt son coût exorbitant : 1 milliards d’euros ! Alors que la majorité de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, poussant de nombreux jeunes sur les chemins de l’exil.

Bien que ces trois dernières années la croissance sénégalaise ait dépassé chaque année les 6%, il lui faudrait atteindre les 7 à 8% pour créer des emplois nécessaires. Un défi de taille d’autant que 45% de sa population a moins de 14 ans. Même si le Sénégal est la quatrième économie de l’Afrique de l’ouest, il a encore du chemin à faire pour avoir une économie compétitive. Dans un rapport du Fonds monétaire international intitulé « La course à la nouvelle frontière des revenus », datant de septembre 2018, l’institution publique estime que la croissance du Sénégal dépend encore trop des investissements étrangers et de l’argent injecté par les émigrés pour lui permettre de diversifier son économie. Le rapport pointe aussi du doigt le fait que le pays n’ait pas de politique industrielle qui permettrait de valoriser sa production agricole et de se positionner dans le secteur des télécoms, soulignant aussi que si le Sénégal continue d’emprunter à ce rythme son taux d’endettement qui atteint 59,3% de son produit intérieur brut dépassera les 107% en 2020.

Des chiffres qui pourraient bien inquiéter les investisseurs. Sans compter que ces derniers ont le regard rivé sur la politique du pays à l’approche de la présidentielle, où là aussi tout est incertain…