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Sénégal : Les chaînes de télé passent au numérique à marche forcée

Les médias télévisuels sénégalais doivent se conformer aux exigences du numérique d’ici au 17 juin. Une révolution qui les engage à modifier en profondeur leurs programmes quotidiens, non sans quelques difficultés…

Le paysage audiovisuel sénégalais est en boom croissant. Les chaînes de télévision pullulent comme des champignons. Depuis la seconde alternance, en 2000, à aujourd’hui, sept chaînes (2stv, Walf Tv, RDV, TFM, LCS, Africa 7, Sen Tv, ndlr) sont venues marcher sur les plates-bandes de la RTS, la première chaîne du pays. D’ici à la date du 17 juin, ces sept chaines de télévision devront mettre au placard l’analogique au profit du numérique. Toutefois, une période transitoire de cinq ans sera accordée aux retardataires. De la sorte, les deux systèmes chemineront ensemble au plus tard jusqu’en 2020, délai de rigueur pour se conformer au numérique. Mais où en sont nos chaînes de télévision par rapport à cette recommandation ? Des pas ont été accomplis mais reste encore un boulevard. En effet, du côté de certaines chaînes de télévision, on est dubitatif par rapport au respect de cette mesure. A la TFM, une des chaînes les plus suivies actuellement, Adama Sow, le directeur des médias, n’y va pas par quatre chemins. Selon lui, techniquement, le Sénégal n’est pas encore prêt : « C’est l’opérateur Excaf qui doit piloter le signal de la TFM et des autres chaînes de télé partout au Sénégal, mais à ce jour rien n’a été fait. Je ne parle même pas de la distribution des 850 000 à un million de décodeurs à toutes les familles sénégalaises qui devait se faire et qui n’est toujours pas effective alors que le délai pour entrer dans le numérique est ce mois de juin« , se désole t-il.

Autre lieu, même discours. Chez Sen Tv, un chef de régie (qui a préféré garder l’anonymat) dit que l’on pédale dans le gombo avec « ce numérique car aujourd’hui la puissance des émetteurs de l’opérateur me laisse sceptique. C’est bientôt la saison des pluies et avec les intempéries, le signal faiblit à mesure que vous vous éloignez de l’émetteur. En zone urbaine, il ne devrait pas y avoir de problème mais au delà de 100 km, on ne recevra plus de signal de la chaîne ». Au niveau d’Excaf, l’opérateur désigné pour assurer la transition numérique, on se dédouane et on dédramatise la situation. Maxime Diagne, chargé du développement technique, laisse entendre que tout roule comme sur des roulettes : « Le numérique est en bonne voie, d’ailleurs, à Dakar et à Thiès, le numérique commence à fonctionner depuis maintenant un mois ». Soit, mais le numérique constitue pour l’heure un casse-tête qui n’est pas prêt de s’estomper malgré la résolution des écueils techniques soulignés. Certes, le numérique offrira une meilleure qualité d’image et un meilleur son, mais l’atout majeur c’est qu’il offrira une flopée de chaînes de télévision tout en utilisant un moins grand nombre de fréquences.

Offre de contenu faible voire inexistante

Le numérique devrait accroître le nombre de chaînes disponibles au Sénégal, de façon considérable. Mais, là où le bât blesse, c’est que l’offre en termes de contenu risque d’être faible. Or la survie de plusieurs canaux de diffusions est assujettie à une offre d’émissions ou un système d’archivage conséquent. Les chaînes de télé de la place commencent déjà à étoffer leur offre. C’est le cas d’Africa7 qui a arrêté actuellement ses programmes pour mieux préparer l’avènement du numérique. La chaîne panafricaine ne compte pas refourguer à ses téléspectateurs un contenu programmatique calqué sur des chaînes étrangères. « Nous avons observé un break pour densifier nos programmes. Nous allons sauter sur l’opportunité du numérique pour proposer de nouvelles grilles de programmes qui permettront de satisfaire chaque Sénégalais« , annonce Mamadou Sow, chargé médias à Africa7. Au groupe Futurs Médias, on projette de lancer des chaînes thématiques dans le domaine du sport et de la culture notamment.

Face au respect de la recommandation de l’Union internationale des Télécommunications (UIT), chaque pays africain y va à son rythme et en fonction de ses moyens financiers. Au Sénégal, la transition vers le numérique va coûter près de 58 milliards dans l’immédiat, et 34 milliards de FCFA supplémentaires à long terme, c’est-à-dire du mode actuel jusqu’à un remplacement progressif du dispositif existant. Une dépense supplémentaire pour un gouvernement qui doit rationnaliser ses maigres ressources.


Par Mouhamed Camara

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