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Sénégal A l’école de l’emploi

Le tableau que présente le Sénégal n’est pas reluisant : un système éducatif en lambeau, plus de demandes que d’offre sur le marché de l’emploi, peu de solutions… Dans un tel décor, les étudiants sont hantés par la perspective de trouver un emploi après une formation académique. Quelles sont les écoles qui insèrent le plus d’étudiants dans le monde professionnel ? Quelles sont les clés de leurs succès ? Reportage.

Sacré-Cœur, paisible quartier de la capitale, doit cohabiter, avec le vacarme incessant causé par les étudiants issus de la dernière promotion d’un établissement privé de formation professionnelle de la place. En ce samedi du mois d’août, on célèbre l’excellence à travers une dizaine d’étudiant. Ces derniers vont recevoir leurs parchemins devant parents et amis. Les joies se lisent sur les visages mais rapidement le doute s’installe lorsqu’on évoque la question de l’avenir professionnel de ces étudiants. Confortablement installé dans une vaste pièce, juste derrière le jardin de l’établissement, le directeur des études de l’établissement,  costume sobre, admet: « on n’a pas la prétention de trouver un emploi à nos étudiants à la fin de la formation. Au mieux, nous les assistons dans leur recherche d’emploi ». Sans plus ni moins. Un aveu confirmé par Souleymane Bakary, un des étudiants issus de la promotion : « Nous avons été durant notre formation dans le monde virtuel. Ne se frottant pas ainsi aux réalités de l’entreprise et je pense que ça serait un pas important de franchi si on nous permettait au moins d’avoir un stage pour mieux nous préparer au marché de emploi ». Si ces dizaines d’étudiants sont promis à un avenir incertain, ce n’est pas le cas de leurs homologues d’Institut Supérieur de Management (ISM).

 

L’ISM, à la pointe de l’innovation

Depuis sa création en 1992 à maintenant, l’ISM s’est imposé comme tête de file dans l’enseignement supérieur privé au Sénégal. Au Point-E où se trouve le siège social, le groupe continue sa progression fulgurante à l’image de l’imposante bâtisse en orange de 5 niveaux qui lui sert de locaux. A l’ISM, l’accent est mis sur la création d’entreprises pilotes. Et Khadidiatou Diop en est l’illustration parfaite.  Du haut de 27 ans, la jeune fille a fait ses classes à l’ISM avant de lancer avec brio son affaire. Comme une chef d’entreprise aguerrie, elle détaille : «Fort du potentiel que regorge le monde rural, on a organisé les femmes en groupements d’intérêt économique. On les aide à faire de l’emballage, de l’étiquetage et de la transformation de fruits et légumes. Le plus utile dans cette affaire, c’est que notre site internet de e-commerce leur sert de réceptacle pour vendre les produits cultivés ». Un autre facteur dans la réussite de l’ISM, c’est la course effrénée vers l’innovation. D’ailleurs, ce leitmotiv a permis aux étudiants de développer une approche citoyenne qui a donné naissance à son tour au projet « Junior entreprise ». Amadou Diaw, le fondateur du groupe ISM, revient fièrement sur ce concept : « il s’agit d’un projet de transformation d’os de seiches et de coquilles d’huitres et le but visé est de donner aux étudiants les clés pour créer leur activité, mais aussi de revaloriser l’image du chef d’entreprise ». Des chefs d’entreprises, l’ISM en a assurément crée. Et ce ne seront pas les cadres formés à l’établissement qui nous démentiront : le directeur de l’Hôpital principal de Dakar, le directeur de la BGFI Côte d’Ivoire ou encore le spécialiste de l’Offshoring du premier centre de contact au Sénégal, PCCI…Si l’établissement a pu faire son trou au point de se hisser parmi les écoles de commerce les plus réputées sur le continent, il le doit en grande partie à un corps professoral qui en compte jusqu’à cinquante. Parmi les mieux formés du pays.

« L’Ecole des Ingénieurs » , former l’élite du pays

A des milliers de kilomètres, à Thiès, l’Ecole polytechnique de Thiès (EPT) fait figure de première parmi les écoles d’ingénieurs. Depuis plus de trois décennies, l’EPT a construit son succès sur deux leviers immuables: un régime d’internat et une spécialisation aux métiers dés la troisième année de formation. Cette politique a porté ses fruits. Dans le marché de l’emploi, « l’Ecole des Ingénieurs », comme on la surnomme, compte 60% de ses anciens élèves. Aujourd’hui, les grandes sociétés nationales comme privées n’hésitent pas à faire leurs emplettes au sein de cette école.  A titre illustratif, Aly Ngouille Ndiaye, le ministre de l’Industrie et des Mines, est issue de cette école. De même que l’actuel délégué général à la promotion des pôles urbains de Diamnadio, Seydou Sy Sall ou encore Bara Tall, patron de Jean Lefebvre, un des leaders africains dans le domaine du BTP. Dans le même ordre d’idées, l’Institut des Sciences de la Terre (IST), fait partie des références. De 1981 à nos jours, 300 ingénieurs sont sortis de ces rangs. Sa spécificité ? La formation durant cinq bonnes années d’ingénieurs aux métiers de prospection, d’exploitation minière, hydrogéologie et en géotechnique. En somme une formation étoffée aux métiers des géosciences. L’actuel président de la République, Macky Sall, est un produit de  cette école. Dans ces deux écoles d’ingénieurs, le crédo est de former « les étudiants du futur parce que disposant d’outils pour préparer l’étudiant à la culture entrepreneuriale ». Etudiant du futur, et si la clé de la réussite ne tenait finalement qu’à cela ?

Chaque année, prés de 100.000 jeunes se bousculent pour entrer dans le monde de l’emploi mais 5% (seulement) y parviennent. Dés lors, le chômage des diplômés reste un écueil. Face à l’impuissance des pouvoirs publics, la substitution de ces écoles de types nouveaux, tournés vers l’excellence et l’exploration de filières peu inexploitées (comme la science, la technologie) est une bouée de sauvetage pour des milliers de jeunes.


 

Mouhamed CAMARA