Sansy Keba Diakité
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Sansy Keba : « On a pour objectif de faire de Conakry la capitale mondiale du livre »

Après avoir effectué ses études en France, Sansy Keba Diakité est rentré en Guinée pour créer sa propre maison d’édition l’Harmattan Guinée. Mais le jeune homme a été plus loin pour faire la promotion du livre dans son pays, et a créé les 72 du livre. Un salon qui a lieu tous les ans à Conakry le 23, 24 et 25 avril. Il revient sur ce concept pour Africa News Agency.

A Conakry,

La première chose qu’on remarque chez lui, c’est son sourire facile, révélant ses dents du bonheur. Taquin, joueur, Sansy Keba Diakité sait mettre à l’aise ses hôtes, avec un fin humour guinéen. Mais derrière l’homme taquin et rieur, se cache un grand communiquant qui sait comment promouvoir et développer ses projets auprès du plus grand nombre. Il faut aussi dire que le fondateur du Salon du livre a fait un parcours sans faute. Il a effectué ses études primaires à Cancan, à 700 kilomètres de Conakry, ville située en Haute Guinée. Une fois son bac scientifique en poche, il intègre l’école polytechnique de Conakry. Il se lance ensuite dans des études en économie et décroche une maîtrise. Puis le jeune homme décide de s’envoler à Paris où il effectue une maîtrise en gestion et management avant de rentrer, en 2006, en Guinée.

Qu’est-ce qui vous a poussé à rentrer en Guinée après avoir effectué vos études ? 

Sansy Keba : Je me suis demandé d’abord qu’est-ce que je pouvais apporter à la Guinée. J’ai compris qu’il y avait pas mal de problèmes dans l’édition en Guinée. Il n’y avait pas de réelle maison d’édition. Pour moi, en tant que gestionnaire, c’était une opportunité de créer une maison d’édition en Guinée. J’ai créé mon entreprise avec 1000 euros, en 2006, quand j’ai décidé de rentrer. Beaucoup m’ont dit que ça ne marchera pas car les Africains n’aiment pas lire. Le terrain était désert, je me suis donc dit que je pouvais apporter quelque chose de nouveau. Je me suis dont fixé comme objectif de faire de l’édition autrement. Les gens ici faisaient du copié-collé, imprimaient le livre, moi je savais que je ne pouvais pas faire faire ça car je n’avais pas d’argent. Je tirais 100 livres d’abord et en fonction de la demande j’augmentais le tirage.

Pourquoi par la suite avez-vous décidé de créer le Salon du livre ? 

Sansy Keba : Je voulais faire la promotion du livre. Harmattan Guinée est une entreprise de droit guinéen, elle est juste partenaire avec la maison d’édition française Harmattan. En 1958, quand la Guinée a dit non à la France, ça a créé beaucoup de difficultés. Il fallait réconcilier les Guinéens avec les livres et la lecture. Alors j’ai pris comme concept la célébration mondiale du livre, journée initiée par l’ONU et l’UNESCO. Le 23 avril a été décrété comme la Journée mondiale du livre après que l’UNESCO se soit réunie en 1995 pour le faire suite à la mort de plusieurs auteurs à cette date. Mais pour moi ce n’était pas suffisant une seule journée pour promouvoir le livre. Au lieu d’une journée, j’ai décidé de faire trois journées, d’où les 72 heures du livre.

C’est avant tout un espace d’échange donc…

Sansy Keba :Tout à fait, c’est un espace de rencontre, d’échanges, de discussion, de partage, de dédicace, de signatures, de musique aussi, car il y a beaucoup d’artistes qui se sont représentés lors de l’évènement. Chaque année, on a plus de visiteurs. J’ai fait venir pas mal d’éditeurs africains pour participer à ce salon. Je me suis dit que si on a 1000 visiteurs, c’est possible d’en réunir encore plus. Chaque fois qu’il y a un salon dans le monde, j’essaye de faire connaître les auteurs en Guinée. Un livre c’est capital pour la vie, c’est un outil indispensable.

Vous avez annoncé, lors de l’ouverture du salon du livre, que la Guinée pouvait devenir la capitale mondiale du livre. Mais a-t-elle les moyens d’une telle ambition ? 

Sansy Keba : Ouagadougou est la capitale africaine du cinéma, Abidjan la capitale de la musique. Bamako la capitale de la photographie. Pourquoi la Guinée ne pourrait-elle pas être la capitale du livre ? On a pour objectif de faire de la Guinée la capitale mondiale du livre, en 2017. On a remis officiellement cette candidature au Premier ministre guinéen qui a accepté. Cela va aller, on n’est conscient et heureux de participer à cette compétition.

En Guinée, 70% de la population est analphabète. Ce salon du livre n’est-il pas en déphasage avec cette dure réalité ? 

Sansy Keba : Non puisque les gens ne savent pas lire, il faut donc les encourager à venir vers la lecture. Les langues locales sont aussi représentées à ce salon. On a souvent tendance à penser qu’il faut seulement être alphabétisé en français, mais il y a aussi les langues locales parlées en Guinée comme le pulaar, le malinké, les langues de la basse côte, des forêts. Les Guinéens peuvent être instruits dans les langues locales. Aujourd’hui, nous encourageons toutes les personnes qui sont pas allées à l’école française, elles peuvent facilement écrire dans ses langues. Il y a d’ailleurs des associations de promotion des langues nationales, il y a donc des dynamiques qui se créent pour encourage la lecture.

A coté du salon, il y a eu de graves manifestations de l’opposition contre le pouvoir. Pensez-vous pas qu’elles ont éclipsé le salon ?

Sansy Keba : Oui bien sur. On avait beaucoup d’invités qui ont annulé à la dernière minute à cause des manifestations. Beaucoup ont refusé de venir à Conakry à cause des tensions politiques. Le livre permet de dialoguer, de discuter, d’échanger. On essaie aussi de parler à nos hommes politiques, aux citoyens pour qu’on puisse se ressaisir et aller autour de la table. Je ne pense pas que les opposants et le pouvoir souhaitent mettre le feu à ce pays. Mais c’est dangereux de toujours mettre les enfants des autres dans la rue.

Quel est le bilan de cette septième édition ?

Sansy Keba : On attendait 50 000 personnes. Mais comme la moitié de la ville a été bloquée pendant trois jours, ça a été plus compliqué. Malgré tout, il y a eu une bonne mobilisation. Par contre, on a été agréablement surpris de la mobilisation des établissements et entreprises dans la commune de Khaloum. Je pense que le fait d’avoir permis à tous d’avoir un verre de coca à l’entrée nous a aidé. Nous savons que ça a été un succès, des scientifiques sont venus de partout, il y a eu des choses exceptionnelles, comme le prix du jeune écrivain consacré à Ebola.

Comment voyez-vous votre avenir. Si on vous propose un poste au sein du gouvernement accepteriez-vous ?

Sansy Keba : Si on me propose un poste au gouvernement, il n’y a pas de problème pour moi, pourquoi pas. De toute façon, je suis venu pour aider mon pays. Pour le moment, je suis concentré sur ce que je fais. De toute façon, le développement culturel que je fais actuellement, c’est déjà de la politique.


Par Assanatou baldé