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Sam Kodo ou le « Steve Jobs togolais »

A 23 ans, Sam Kodo, révélé au grand public togolais, en 2013, à la faveur du Forum national des jeunes entrepreneurs, a mis au point des micro-ordinateurs et de jeux vidéos low-cost. Autodidacte en robotique, le jeune homme relève, avec son entreprise Infinite Loop, le défi de la fabrication de micro-ordinateurs « made in Togo », au grand bonheur de la classe moyenne togolaise.

Sam Kodo est, depuis son plus jeune âge, un passionné d’informatique. Ce sociologue de formation n’aurait jamais pensé faire carrière dans ce domaine où son pays est plutôt à la traîne, mais son amour immodéré pour les nouvelles technologies de l’information et de la communication (Tics) l’a rapidement hissé parmi les jeunes inventeurs phare de son pays. Concepteur autodidacte en robotique depuis l’âge de 8 ans, il a impressionné son entourage par ses connaissances et son savoir-faire. Elevé dans une famille modeste, Sam Kodo incarnait « la seule source d’espoir de ses parents », se souvient-il.

Après des études secondaires, il intègre la faculté de sociologie de l’Université de Lomé où il s’affirme comme un étudiant studieux. Pour financer ses études supérieures, Sam n’hésite pas à effectuer des petits boulots à Lomé, la capitale togolaise. A ses heures libres, il travaille en tant que technicien en informatique chez des particuliers. Parfois, il donne aussi des cours du soir aux élèves de son quartier situé en banlieue de la capitale. Il n’a alors que 19 ans.

« Mon expérience en tant qu’enseignant et touche-à-tout en informatique m’a permis de travailler sur toutes les technologies possibles. Je me suis forgé une bonne réputation en informatique, en quelques années, au prix de nombreuses nuits sans sommeil », se rappelle encore le jeune entrepreneur

 

Le sens de l’altruisme et de l’innovation au service du développement des Tics

 

Tout au long de son cursus universitaire, il se rend compte du besoin de ses camarades étudiants en matière de Tics mais aussi de l’inaccessibilité ces technologies. D’où l’idée d’inventer un micro-ordinateur accessible aux petites bourses : « l’ordinateur des pauvres ». « Etant étudiant à l’Université de Lomé, j’avais constaté que bon nombre de mes camarades n’avaient pas d’ordinateurs pour leurs recherches. Pour remédier à ce problème crucial, j’ai décidé de mettre mes connaissances au service de mes camarades en améliorant un micro-processeur afin de le transformer en véritable outil informatique de travail. C’est à partir de cet instant que tout à commencé », confie-t-il.

C’est ainsi que Sam Kodo décide de se lancer à son compte et de mettre au point des micro-ordinateurs « Made in Togo » grâce à son sens de l’innovation. En 2013, à l’âge de 21 ans, il crée sa propre entreprise : Infinite Loop. Et dès le lancement de sa première gamme de micro-ordinateurs, le succès est au rendez-vous. Huit mois de travail acharné auront permis à cet entrepreneur précoce de présenter son mini-ordinateur lors du Forum national des jeunes entrepreneurs devant une assistance de près de 700 personnes, dont le ministre togolais des Télécommunications et de l’Economie numérique, Cina Lawson. « Quand j’ai terminé et que tout le monde s’est levé et a applaudi, j’étais aux anges », se rappelle-t-il avec satisfaction. L’innovateur togolais est lancé et va remporter le premier prix dudit Forum pour sa révolution numérique.

 

Le début d’un success-story

 

Les prouesses de son joyau ne tardent pas à franchir les frontières. Après quelques mois d’existence, Infinite Loop est retenue parmi les finalistes du Prix Anzisha 2014 (Afrique du Sud), qui célèbre chaque année l’excellence chez 12 jeunes entrepreneurs innovants africains ayant développé des solutions innovantes face aux défis sociaux au sein de leurs communautés.

Une des innovations majeures de son produit est que ces micros sont fabriqués à partir d’objets recyclés provenant de vieux ordinateurs. Ils sont donc moins chers et à la portée de tous. « Mes ordinateurs sont destinées à une population pauvre. Le prix de l’unité est de seulement 60.000 FCFA sur le marché togolais. C’est un prix très compétitif comparé à celui des ordinateurs ordinaires qui existent sur le marché », observe-t-il. En effet, un ordinateur neuf coûte environ 250 000 FCFA sur le marché local. Une innovation qui va même contribuer à changer les habitudes des jeunes Togolais vivant dans les zones rurales, d’autant plus qu’il y a intégrés des panneaux solaires.

Ces micro-ordinateurs « Made in Togo » constituent dès lors un véritable levier d’intégration et de développement économique, en permettant aux populations des zones rurales de se connecter à Internet. « Environ 70% de la population togolaise vit de l’agriculture, explique Jean Abalo, expert en développement rural. Or, c’est souvent une activité pratiquée dans des zones difficiles d’accès. Grâce à ce nouvel outil, les jeunes agriculteurs peuvent trouver des débouchés sur Internet et vendre leurs produits. Ils peuvent également trouver des partenaires pour développer leurs activités ».

Une avancée considérable pour le développement des Tics. « On ne peut se contenter des moyens classiques pour la démocratisation des Tics au Togo, explique Sam Kodo. Il va falloir innover tout en prenant en compte nos réalités. L’intégration de panneaux solaires dans le fonctionnement de mon micro-ordinateur en est un exemple. Nous avons un accès limité à l’électricité dans nos pays mais nous disposons du soleil tout le long de l’année. Donc, on peut doter les populations des zones reculées de ces micro-ordinateurs grâce aux panneaux solaires intégrés ».

 

Investir dans les recherches pour  sortir l’Afrique du sous développement

 

Le « Steve Jobs togolais » exhorte les jeunes inventeurs africains à lui emboîter le pas : « Nous devons travailler sans relâche. Parfois, je ne dors pas. Les inventeurs africains peuvent contribuer à changer les choses dans leurs pays, mais pour y parvenir, ils doivent s’investir dans la recherche scientifique. C’est ainsi que nous sortirons l’Afrique du sous-développement ».

Etrangement, Sam Kodo et sa jeune entreprise ne bénéficient pour l’heure d’aucun soutien de la part des autorités togolaises, malgré de multiples promesses. Il finance donc ses innovations par ses propres moyens et grâce aux bonnes volontés qui croient en son projet. « A part quelques encouragements et félicitations, je dirais que nous faisons tout aujourd’hui grâce aux prix et récompenses que nous remportons. Même si nous ne sommes pas soutenus financièrement comme nous le souhaiterions, cela ne constituera pas un frein car nous avons une stratégie et des objectifs bien précis », estime l’inventeur togolais.

Et ce n’est pas non plus la démocratisation en parallèle des téléphones mobiles qui semble l’effrayer. « Il est vrai que les tablettes et Smartphones ont en quelques sorte remplacé les micro-ordinateurs. Mais ils ne les remplaceront jamais totalement car ils sont moins efficaces. On ne peut pas faire un développement d’application 3D avec ces téléphones. Ils ont une mémoire trop limitée. Par exemple, ils ont 32 Go ou 64 Go au maximum alors qu’avec mon micro j’ai plus de 500 Go d’espace de stockage de données avec un processeur beaucoup plus rapide et plus efficace, et des ports USB pour copier et partager facilement les données ».

Les innovations d’Infinite Loop commencent à susciter l’engouement du monde scientifique hors des frontières du Togo. Ainsi, Sam Kodo a été retenu pour participer à une rencontre internationale dédiée aux recherches scientifiques dans le cadre du programme YALI 2015 à Austin (Texas) et à Washington DC, aux Etats-Unis.

Et il n’envisage pas de s’arrêter en si bon chemin. Déjà, d’autres projets d’innovation technologique en robotique sont en gestation. Ainsi, a-t-il déjà mis au point une machine de filtre à eau par rayons ultra-violet afin de fournir de l’eau potable aux populations des zones rurales. Et dire qu’il n’a que 23 ans…


Par Emmanuel Atcha

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