A la uneActualité

Rwanda Objectif : 42% d’utilisation de biomasse d’ici 2024

Une récente étude de l’agence des forêts rwandaises, assure que le bois est toujours utilisé dans 80% des foyers pour se chauffer et cuisiner. Une situation périlleuse et un comble pour le pays qui investit énormément dans la reforestation et devrait perdre une partie de sa production d’électricité faute de consommateurs. De quoi pousser le gouvernement à changer de stratégie pour pousser sa population à utiliser du GPL, du biogaz ou de l’électricité.

 

Par Cyuzuzo Saady

 

« La façon dont nous brulons du charbon ne nous laisse que 30% de ce que nous sommes supposé avoir en terme de reforestation.  Souhaitons-nous un pays désert ? » La question posée par la ministre de l’Environnement rwandaise Jeanne d’Arc Mujawamariya, a le mérite d’être claire. Durant les trois derniers mois, l’agence des forets du Rwanda a conduit une étude sur l’utilisation de la biomasse, autrement dit la production d’énergie, pour le chauffage ou la cuisine, par la combustion de produits végétaux. Il en ressort que plus de 61 241 sacs de charbon entrent à Kigali chaque semaine ce qui correspond à 485,2 hectares de forêts coupés. Un comble pour un pays qui a eu ces dernières années une politique de reforestation très ambitieuse. De plus, le gouvernement a annoncé qu’un surplus d’électricité était attendu d’ici janvier 2021 et il pourrait couter à l’Etat rwandais plus de 40 milliards de francs rwandais (34 millions d’euros). De quoi pousser le gouvernement à changer de stratégie pour pousser sa population à utiliser du GPL, du biogaz ou de l’électricité.

 

« Nous dépensions plus de 8,5 millions de francs rwandais pour acheter du bois de chauffage, mais avec le gaz nous ne dépensons que 8 millions de francs rwandais »

 

 

Minister Jeanne d’Arc Mujawamariya-ANA

 

Le gouvernement s’implique donc, avec un objectif simple : « Le plan gouvernemental de développement économique pour les sept prochaines années demande que la part des Rwandais qui utilisent des produits forestiers pour cuisiner soit ramené à 42% d’ici 2024, rappelant que cette statistique était évaluée à 79,9% en 2017. »  Paradoxalement, certaines des aides du gouvernement, comme de petits prêts pour accompagner ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir des appareils de cuisson et des poêles seront suspendues.  Pour faire place à d’autres incitations notamment dans les régions rurales où 90% de la population utilise la biomasse et le chauffage au bois. Le gouvernement a également exempté les taxes sur le gaz et les autres carburants pour inciter à l’abandon du charbon.

 

Du public au privé, tout le monde est mobilisé

 

Le ministère de l’Environnement compte financer plusieurs initiatives de changement de modèle énergétique et se servir de ces initiatives comme des exemples de réussite, notamment les camps militaires et de réfugiés, les hôtels ou les écoles. Des lieux choisis pour le nombre de personnes à nourrir. Et avec un certain succès. « Nous dépensions plus de 8,5 millions de francs rwandais (NDLR, un peu plus de 7000 euros) pour acheter du bois de chauffage, mais avec le gaz nous ne dépensons que 8 millions de francs rwandais », indique Msabo Martin, le directeur du Lycée de Kigali, qui accueille plus de 1400 élèves et a récemment fait la bascule. Même constat dans les 13 prisons du pays, où « nous utilisions 19 000 containers de bois de chauffage », explique Gatete Kamili, manager de la logistique pénitentiaire, « mais nous avons pour objectif d’utiliser du biogaz, et il ne reste que deux prisons à équiper ».  Enfin, c’est le secteur privé qui est appelé à la rescousse notamment pour replanter des arbres. La banque de Kigali a par exemple planté sa forêt à Rulindo. Plusieurs autres institutions ont fait de même. De quoi reverdir quelque peu le pays des mille collines.

 

 

Ce message est également disponible en : Anglais