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Rwanda : le secteur privé plaide pour un mouvement pro-circulation transfrontalier

Promoteur convaincu de la libre circulation des biens et des personnes en Afrique de l’Est, encore imparfaite, le secteur privé rwandais cherche aujourd’hui des partenaires régionaux pour relayer son plaidoyer. L’initiative appelle à harmoniser les tarifs frontaliers, préjudiciables notamment aux petites et moyennes entreprises. 

Par Ange Iliza à Kigali

En vertu de l’article 104 du traité de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), les États membres de cet espace économique régional avaient convenu en 2000 d’adopter des mesures visant à assurer la libre circulation des personnes, de la main-d’œuvre et des services. Des paroles qui ne se sont pas entièrement traduites en actes : 21 ans plus tard, les entreprises sont toujours confrontées à des obstacles pour commercer librement dans les quatre pays à l’origine de l’EAC, l’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie et le Rwanda (le Burundi et le Soudan du Sud ont depuis rejoint l’organisation). Certaines difficultés, telles que les retards dans les résultats des tests Covid-19, les tarifs incohérents et les frais élevés, continuent ainsi de compliquer la marche des affaires, notamment pour les petites et moyennes entreprises.

Conscients de ces écueils, certains États ont mis en place des guichets uniques aux frontières pour faciliter les échanges entre pays. Les entreprises locales peuvent de la sorte profiter de ces dispositifs, qui rendent les mouvements transfrontaliers plus fluides, à l’image de la société rwandaise d’Andrew Bitwayiki, spécialisée dans l’importation de ciment. La structure utilise un certain nombre de camions pour importer la marchandise provenant principalement d’Ouganda, du Kenya et de la Tanzanie. Lorsque Andrew Bitwayiki a commencé à exercer son activité, il y a plus de 10 ans, les poids-lourd attendaient jusqu’à 15 jours à la frontière pour le dédouanement. Une longue période d’attente qui encourageait la corruption et entraînait des pertes pour de nombreuses entreprises.

Aujourd’hui, « les temps d’attente les plus longs ont été ramenés à quatre jours », se félicite l’importateur de ciment rwandais, qui confirme du reste que ses affaires et ses finances se sont améliorées, ce qui lui a permis de rembourser des prêts et d’en contracter d’autres pour se développer encore davantage. Il n’empêche, « il est encore possible d’améliorer les services aux frontières [et] si certains pays harmonisaient les tarifs et les charges aux frontières, le commerce serait plus facile », estime Andrew Bitwayiki, qui salue néanmoins « les progrès accomplis par la région en matière de libre circulation ». Porté par cette dynamique favorable, l’entrepreneur, qui est également le président de la Fédération du secteur privé de la ville de Kigali, a depuis ouvert de nouvelles sociétés et emploie un nombre croissant de collaborateurs.

« La circulation des biens et des services dans l’EAC ne concerne pas seulement les gouvernements. Les commerçants et les différents secteurs privés de la région doivent également travailler ensemble »

Michael Shyaka, le directeur général de Pan African Logistics, une entreprise de services logistique basée à Kigali, partage le même point de vue tout en jugeant que les petites entreprises devraient coopérer et parler plus de ces défis. « Nous avons parcouru un long chemin en termes de facilitation de la circulation des biens et des services dans l’EAC. Mais cela ne concerne pas seulement les gouvernements. Les commerçants et les différents secteurs privés de la région doivent également travailler ensemble. Cela permettra de renforcer le mouvement en faveur d’une véritable libre-circulation et d’apporter des solutions », plaide le chef d’entreprise. Michael Shyaka déplore néanmoins, qu’au-delà de la circulation des biens et des personnes, les pays de l’EAC aient encore des problèmes plus urgents, tels que les conflits politiques qui entraînent la fermeture des frontières. « Tant que ces choses ne changeront pas, les petites entreprises seront les victimes », regrette-t-il. 

Les acteurs institutionnels se positionnent pourtant de plus en plus en faveur d’une normalisation du commerce transfrontalier : contacté par Africa News Agency, le directeur du Conseil des affaires d’Afrique de l’Est (EABC), M. John Bosco Kalisa, a ainsi rappelé que son organisation s’associait aux acteurs du secteur privé pour promouvoir une libre-circulation renforcée entre les pays membres de l’EAC, citant notamment les efforts de l’EABC « pour la mise en œuvre d’une approche coordonnée de l’EAC sur les mesures COVID-19, afin d’éviter les barrières non tarifaires ». Plus tôt, il avait tenu une réunion avec le secteur privé rwandais pour discuter des défis auxquels ce dernier est confronté en termes de circulation et de commerce, et s’était engagé à plaider sans relâche en faveur du changement.

« La digitalisation et le commerce électronique sont des outils essentiels pour soutenir le commerce, la continuité des affaires et la reprise économique »

 John Bosco Kalisa appele par ailleurs à plus d’engagements bilatéraux entre les associations nationales du secteur privé pour débloquer les barrières commerciales entre pays de la sous-région. Des obstacles que la technologie pourrait cependant atténuer car  « la digitalisation et le commerce électronique sont des outils essentiels pour soutenir le commerce, la continuité des affaires et la reprise économique », soutient le directeur de l’EABC. 

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