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Le dossier du mois

Rwanda : la technologie au service de l’éducation

Pilier majeur de la stratégie numérique du Rwanda, le volet éducation est l’un des principaux bénéficiaires des investissements déployés dans les TIC pour réaliser la transformation sociale et économique du pays. Un pari gagnant sur la technologie et la jeunesse. 

Par Abraham Uwimana, à Kigali

Entrepreneur de 42 ans basé à Kigali, Jean Népomuscène Havugimana se remémore ses années d’études à l’université, à l’époque où les outils informatiques entamaient leur percée dans le système éducatif rwandais. « J’ai eu beaucoup de mal parce que tout était un défi pour moi [et] il m’a fallu beaucoup d’énergie pour m’habituer à utiliser des ordinateurs au quotidien « , raconte l’ancien étudiant devenu chef d’entreprise. Un témoignage banal au pays des Mille Collines, et qui rappelle les multiples difficultés rencontrées au tournant des années 2000 par toute une génération de jeunes diplômés contraints d’utiliser du jour au lendemain les technologies de l’information et de la communication (TIC) dans leur travail quotidien, sans y avoir au préalable été formés. 

Les choses ont depuis bien changé et les élèves qui étudient aujourd’hui le font dans un système basé sur les outils numériques (ordinateurs, tablettes, Internet..,), allant de l’école primaire à l’université. Une approche technophile et qui doit beaucoup au volontarisme des autorités rwandaises, déterminées à développer une économie du savoir, basée en particulier sur les TIC. En 2016, le gouvernement a ainsi lancé, par le biais de sa politique dédiée  » TIC dans l’éducation « , le programme national  » Smart Classroom « , une initiative visant à équiper les établissements scolaires d’une infrastructure informatique facilitant la numérisation des processus d’apprentissage et d’enseignement. 

L’État rwandais a par ailleurs mis en place, à partir de fin 2008, le programme One Laptop per Child (« un ordinateur portable par enfant »). Un dispositif qui, dans l’ensemble, a permis de fournir des ordinateurs portables dans toutes les écoles primaires publiques du pays, afin de faciliter l’apprentissage des élèves et d’initier ces derniers aux outils TIC à un âge précoce.

Un enseignement et un apprentissage devenus faciles et productifs

Résultat, « l’enseignement et l’apprentissage sont désormais très faciles et productifs. Nous sommes en mesure de montrer aux élèves tout ce que nous enseignons et il est facile pour eux de faire des recherches sur chaque sujet qu’ils étudient, afin qu’ils en sachent plus que ce que nous leur enseignons. Il est également possible de donner la plupart des devoirs et des tests en ligne », se félicite Richard Ishimwe, enseignant à l’école secondaire de Mbogo, dans la province du Sud. Sandrine Umutoni, une élève de troisième année au collège de Rugando, à Kigali, se réjouit pour sa part que la démarche soit « plus fluide et que [les étudiants] n’aient plus à craindre d’être en compétition avec d’autres venus d’ailleurs car ils ont désormais les mêmes compétences et la même formation ». 

Mieux, en dépit de plusieurs défis restant (encore) à relever, tels que le perfectionnement des compétences numériques des enseignants non qualifiés et l’amélioration de l’accès à l’enseignement supérieur, la nature foncièrement inclusive du système à permis à nombre d’étudiants issus de milieux modestes et provinciaux de prendre des initiatives innovantes, en se basant sur leurs connaissances nouvellement acquises des TIC.

L’exposition aux technologies en milieu scolaire, point de départ d’initiatives innovantes 

Isaïe Turikumana, un élève de 16 ans originaire de Rwamagana (province Est du Rwanda), a ainsi fabriqué une radio avec une fréquence FM accessible dans un rayon d’un kilomètre, alors qu’il vivait dans une maison d’une pièce avec sa mère. Contacté par les médias locaux, il leur a confirmé « avoir tout appris par lui-même, grâce à une exposition précoce aux TIC » en milieu scolaire. Etudiant en troisième année à Muhanga, dans la province du Sud, Victor Emmanuel Ndayisaba a quant à lui fabriqué un robot, avec des matériaux locaux, qui a été utilisé par les autorités du district pour fournir des informations sur l’épidémie du Covid. Une initiative rendue possible selon le jeune inventeur par le fait que l’école l’avait « familiarisé avec la technologie, ce qu’il a aimé et poussé à poursuivre son projet seul ». Autant d’exemples probants d’une jeunesse prenant l’initiative en utilisant à bon escient la technologie, et qui donne du grain à moudre aux  experts en éducation qui estiment qu’une exposition précoce à la technologie peut contribuer à faire une différence (positive) significative. Notamment en matière de compétences sur un marché du travail mondialisé et hautement compétitif.

Miser sur les TIC, et ce bien au-delà du domaine de l’éducation 

De quoi conforter aussi un peu plus les autorités rwandaises dans leur pari de miser sur les TIC, et ce bien au-delà du domaine de l’éducation : au pays des Mille Collines, outre l’incontournable mobile banking, les services publics sont entièrement digitalisés- via l’application Irembo- et la plupart des transports publics sont équipés de connexions wi-fi. Un cas unique sur le continent. 

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