Le dossier du mois

Reportage Dakar, ville connectée en faveur de l’entreprenariat féminin


Ce n’est pas un hasard si, pour sa première édition africaine, la Journée de la femme digitale, ce RDV de l’innovation numérique au féminin, a choisi Dakar. Cette ville, qui «fait partie du top 10 des villes les plus high-tech» d’Afrique subsaharienne, soulignera Delphine Remy-Boutang, CEO the bureau et fondatrice de la JFD, a, très tôt, mis en place un écosystème destiné à encourager et accompagner la présence des femmes dans le numérique. Mais pas seulement… 

Par DBM, à Dakar 

« Nous sommes honorés du choix de la capitale sénégalaise pour le lancement de l’internationalisation de La Journée de la Femme Digitale en Afrique. Notre pays affiche des ambitions fortes dans le renforcement, le développement des TIC et la création d’une économie numérique durable, que nous soutenons à travers de nombreuses initiatives à l’image du projet : Dakar Ville numérique », explique Soham El Wardini, Maire de Dakar.

Des initiatives que les participants de la JFD auront l’occasion de découvrir, le 14 juin, à travers une Learning Expedition organisée avec Orange-Sonatel, destinée à faire connaitre l’écosystème technologique de Dakar qui croît à pas de géant sous l’impulsion de nouveaux acteurs, incubateurs, investisseurs et accélérateurs de business. En faveur des femmes notamment. 

« Les femmes sont les moteurs de cette révolution numérique. Elles comptent pour 30% dans l’écosystème sénégalais et participent activement à la croissance de ce secteur »

« Les femmes sont les moteurs de cette révolution numérique. Elles comptent pour 30% dans l’écosystème sénégalais et participent activement à la croissance de ce secteur stratégique pour le développement de l’Afrique, soulignera Rokhaya Solange Ndir, Chef de Département RSE et Partenariats, Orange – Sonatel. Nous associer à la première édition de la Journée de la Femme Digitale en Afrique est pour nous plus qu’un symbole, c’est un message fort. Cela nous permet d’une part de réaffirmer nos engagements sur les enjeux de mixité et de parité dans le digital sur le continent et d’autre part de faire découvrir au plus grand nombre cet écosystème bouillonnant de talents avant-gardistes et d’initiatives innovantes portées par les femmes de l’écosystème numérique. »

Sonatel Academy « De belles histoires sont née ici »

Et c’est par justement par la Sonatel Academy que commence la visite. La 1ère école de codage gratuite du Sénégal, selon ses initiateurs, a vocation à devenir un point d’innovation sur toute la chaîne de valeur, avec une école, le Fab Lab, un espace start-up, lequel va accompagner les lauréats de l’école à travers un programme d’accélération personnalisé. Objectif : accompagner 100 personnes dans un premier temps. 

« La Sonatel Academy, explique Anna Fall, responsable animation, est une école gratuite qui s’inscrit dans le cadre de la politique RSE de la Sonatel. Nous avons accueilli 50 apprenants pour la première promotion et nous visons les 100 bénéficiaires pour la seconde. » A l’issue d’une formation de sept mois, dispensée par des coaches avec un accompagnement personnalisé, les apprenants sont orientés vers une insertion professionnelle ou la création d’une start-up. Déjà, l’établissement estime avoir atteint ses premiers objectifs avec la première promotion : sur un objectif de 70%, 83% des jeunes ont trouvé un emploi, 5 start-ups ont été créées dont une, conçue par Abdoulaye Faye fondateur d’Innov’digital, aujourd’hui incubée à la Sonatel Academy. « De belles histoires sont née ici » commente Tacko Dieye responsable entreprenariat numérique et promotion des startups.

Accueillis avec un niveau bac au minimum, les candidats, de la majorité à 38 ans, des demandeurs d’emploi en priorité, sont ensuite sélectionnés à la suite d’entretien où leur motivation est jugée. « Pour intégrer le programme, poursuit Anna, il faut avoir un projet. Et pour obtenir le certificat, il faut le soutenir, devant un jury composé ente autre d’écoles locales. » C’est toute la particularité, et l’intérêt, de ces différentes structures : intégrées à un écosystème composé d’acteurs publics et privés et d’initiatives de la société civile, reliées entre elles, elles se complètent pour une plus grande efficacité et un plus large impact. 

Jokkolabs, « mettre en conjugaison des compétences » 

Parmi lesquelles, Jokkolabs, le 1er espace de travail collaboratif d’Afrique de l’Ouest. Le pionnier, dans le pays, dans la région également, fondé par Karim Sy, aujourd’hui membre du Conseil président pour l’Afrique créé par Emmanuel Macron pour renouveler les relations franco-africaines. A travers l’accompagnement des jeunes et le numérique notamment. D’où la création de Digital Africa à destination des entreprises Tech du continent à travers l’AFD et porté par… Karim Sy. Le versant continental de Jokkolabs. 

 « Nous sommes un réseau d’espaces d’innovation présents dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest notamment, avec 2 hubs en France pour les diasporas et accompagner les repats » indique Fatoumata Niang Niox, directrice exécutive de Jokkolabs. Conçus comme des espaces de travail collaboratifs, les Jokkolabs ont vocation à créer des dynamiques collaboratives entre les entrepreneurs. « Par un transfert de compétence, partage, apprentissage par les Tech. Ainsi, à Jokkolabs, vous avez des techniciens, des médecins, des juristes,… des profils très différents. L’idée étant de mettre en conjugaison des compétences. » Et pour répondre à la demande, un incubateur a été mis en place. « Pour créer des champions sénégalais, il faut mobiliser l’expertise sénégalaise. Ce que l’ont fait avec les différents espaces d’accompagnement et les acteurs publics, qui commencent à le comprendre et mettent en place des mécanismes adaptés aux besoins des entreprises. » 

Et pour initier ces futurs champions nationaux dès le plus jeune âge, Jokkokids a été créé il y a quatre ans. « Le numérique ne doit pas être une fin en soi, c’est un élément transversal. Nous travaillons avec les enfants à la stimulation de leur créativité. » 

Aujourd’hui, l’initiative s’est étendue pour former un réseau de 12 espaces d’innovation Jokkolabs dans 9 pays : la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Mali , le Maroc, le Burkina Faso , le Benin, la Gambie, la France et le Sénégal . « On fait ce qu’on sait faire : créer des communautés, harmoniser et mettre en collaboration différents acteurs avec des compétences complémentaires. » 

Signe de son efficacité, le groupe Société Générale a choisi d’installer son espace innovation à Jokkolabs. « Un vrai modèle de corporate qui crée de la valeur et s’engage en faveur des jeunes en leur permettant d’accéder à de grands groupes jusque-là fermé » juge Fatoumata.

La Maison de la PME : faciliter le passage de l’informel au formel des PME

A travers une autre initiative également, la Maison de la PME, ouverte à titre expérimentale à Dakar, avant d’être duppliqué dans la région. « C’est un espace de travail ouvert à tous, gratuit, avec accès à la wifi, mais surtout à des conseillers clientèles pour affiner son dossier de financement » souligne son directeur, Pierre-Émile Diam. 

Inauguré en novembre dernier, l’établissement, qui facilite le passage de l’informel au formel des PME locales, reçoit en 300 et 400 visiteurs par mois. Un succès tel que la Maison de la PME Dakar a fait des émules : après la Côte d’Ivoire et le Burkina, le même concept vient d’être installé au Cameroun. « Et bientôt le Ghana ! » 

Ctic : de la pré-incubation à l’incubation, en passant par l’accélération et la formation

Autre précurseur dans la ville, le Ctic, un des premiers incubateurs régional également. Créée en 2011, à travers un partenariat public-privé, le Ctic est destiné à devenir un hub régional à travers le soutien, la création, le financement, et la croissance des startups nationales et régionales pour contribuer à la transformation digitale des économies. 

« Depuis sa création, 162 entreprises ont été accompagnées,  27 incubées et 2287 projets coachés, résume Anta Ndiaye, community manager du Ctic. Soit un chiffre d’affaires de plus de 4 000 md de FCFA cumulés par les entreprises incubées. » Ce, parce que le Ctic délivre une offre d’accompagnement complète : de la pré-incubation à l’incubation, en passant par l’accélération et la formation. 

Kinaya Ventures : connecter les start-ups avec les investisseurs

Et parce qu’il ne suffit pas de stimuler ou d’accompagner la créativité de ces femmes, restent à les financer. Sachant que 2% des fonds vont vers l’entreprenariat féminin, la plateforme Kinaya Ventures, se présente comme une alternative. 

Co-fondée par Eva Sow Ebion, Kinaya, une contraction de deux prénoms, Kine pour le Sénégal et Aya pour Abidjan, la structure, présente dans les 2 pays, accompagne et connecte les entrepreneures, y compris avec les investisseurs. Ce, grâce à un partenariat avec Partech Africa, un des plus importants fonds qui investit dans les startups africaines ( NDLR : 125 millions d’euros). « On ne se défini pas comme un incubateur mais un accélérateur d’investissement, précise Eva. Parce qu’on va du training à l’investissement. » 

Fodem : dédiée au financement des femmes dans plusieurs domaine

Autre source de financement, le Fodem ou Fonds de développement et de solidarité municipal de Dakar. Ex-Crédit Municipal de Dakar, il a été créé dans le but de promouvoir et soutenir particulièrement les jeunes et les femmes dans le développement de projets générateurs de revenus en finançant des micro-crédits. Et depuis peu, la municipalité a ajouté à ce dispositif une couveuse d’entreprise en vue de faciliter et accompagner l’insertion des jeunes entrepreneurs dans le tissu économique local. « Le problème de l’emploi est récurrent au Sénégal aussi bien chez les femmes que chez les jeunes, rappelle la mairesse de Dakar. C’est dans ce cadre que nous avons mis en place une banque, le Fodem, dédiée au financement des femmes dans plusieurs domaine. Ainsi que la CPEM une couveuse d’entreprises où des femmes sont sélectionnées, encadrées, formées à l’entreprenariat. Nous avons aussi d’autres projets en vue pour promouvoir la jeunesse et les femmes dans tous les domaines et nous allons y arriver petit à petit. » 

Le Festic : Le numérique service de la promotion des femmes

La société civile est également partie prenante de cet écosystème numérique dakarois. A travers la mobilisation de nombres d’associations et ONG locales. Dont l’Association des Femmes Sénégalaises des Tics (Festic), un réseau de femmes, bénévoles, qui mènent une série d’actions pour mettre le numérique au service de la promotion des femmes. 

« Nous délivrons des formation dans le digital, du coaching, des Festic Awards pour célébrer les femmes dans le digital, énumère Bitilokho Ndiaye, présidente du Festic. La maison de la femme digital, où nous nous trouvons, est un espace de coworking, projet de monitoring, en faveur de l’éducation et le maintien des filles à l’école. Les femmes du Festic mènent des activités volontaires dans les écoles ». Avec un objectif : former 5000 femmes dans le e-commerce à travers tout le pays. Par des formation renforcements capacité outils numérique, entreprenariat notamment. 

Ouvert à toutes les femmes, né en 2016, le Festic, qui compte 145 membres,  fonctionne lui aussi selon un esprit collaboratif : il s’agit de créer des synergies entre des femmes qui ont des compétences et d’autres pour développer leur activité. 

« Nous représentons plus de 52% de la population donc il est important que les femmes prennent leur place à tous les niveaux »

Sachant, rappelle Soham El Wardini, que les femmes sénégalaises ont toujours été actives et engagées…Mais le défi aujourd’hui est de les inviter à prendre leur place dans cette transformation numérique qui traverse le pays comme le reste du continent. «  La femme sénégalaise a toujours été au-devant de la scène. Dans ce pays les femmes s’engagent en politique, la loi sur la parité a d’ailleurs été adoptée. Nous représentons plus de 52% de la population donc il est important que les femmes prennent leur place à tous les niveaux. Dans l’enseignement, les filles font beaucoup d’efforts, elles sont toujours dans les premières, ce pourquoi nous militons pour la scolarité universelle. La promotion des femmes au Sénégal, ce sont aussi des cheffes d’entreprise. Elles s’activent dans l’économie et font de réelles percées. Ce sont d’ailleurs les femmes les plus riches du Sénégal ! Même s’il reste encore beaucoup à faire. A commencer par envoyer toutes les filles à l’école. »Un combat qui reste à mener, au Sénégal comme ailleurs…