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Rencontres Africa 2018 « La taille des entreprises françaises, qui sont plutôt des PME, est plus adaptée aux entreprises africaines. »

Plus de 2 000 décideurs sont attendus les 24 et 25 septembre prochains à Paris pour la troisième édition des Rencontres Africa. Une manifestation qui adopte un nouveau format, plus business et moins institutionnel, ainsi que nous l’explique Marc Hoffmeister, Commissaire général des Rencontres Africa.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed 

Après une édition africaine en 2017, organisée en grande pompe et en simultanée à Abidjan, Nairobi et Tunis, revenez avec une édition à Paris qui apparaît par conséquent moins ambitieuse, est-ce faute de budget ?  

Non pas du tout.  Il y avait trois manifestations l’année dernière organisées dans trois pays, alors que cette année, il n’y en a qu’une. Ce qui ne signifie pas pour autant une édition à minima.  Il faut dire que nous avons fait beaucoup d’institutionnel, avec un grand nombre de ministres l’année dernière. Nous avons reçu de nombreuses remarques des entreprises, qui nous rappellent qu’elles sont là pour faire du business et non écouter les ministres. Nous avons donc essayé de revenir à nos sources. Ce pourquoi la manifestation a été créée. Nous sommes fiers d’être moins institutionnel, sauf au sein des ateliers de travail, avec une volonté de monter en gamme. Cela dit, l’année prochaine nous retournons en Afrique avec probablement une nouvelle triple éditions. Ce qui veut dire que nous retrouverons la même volumétrie. Même si je ne pense pas qu’il faille faire une course au volume, cela n’a pas d’intérêt. Il faut plutôt faire une course aux projets et voir comment on peut les réaliser. 

Il y a une approche clairement business, vous vous présentez comme un marché ou une vitrine des entreprises françaises, est-ce que c’est assumé par les Rencontres Africa ?

Oui, en effet. Je pense que tous les acteurs viennent en mode projet. Ils ont tous à la fois des choses à proposer et d’autres à donner. Quand vous êtes un acteur économique, quand vous participez à ces rencontres, c’est pour vendre avant tout. Ensuite, il y a différentes manières de le faire. Et l’approche est importante. A la fois pour les entreprises françaises car il faut savoir donner pour recevoir, et à la fois pour les entreprises africaines, il faut qu’elles prennent conscience qu’il faut hausser le niveau par rapport aux entreprises française mais aussi être capable de prendre un certain nombre de risques. C’est entre les deux que se trouve la vérité. Et c‘est pour cela, que je suis persuadé que la taille des entreprises françaises, qui sont plutôt des PME, est plus adaptée aux entreprises africaines. Nous avons toute une vague de grands groupes du Cac 40 qui se sont implantés greenfield en apportant toute une armada avec eux. Aujourd’hui, j’ai beaucoup de demandes de sociétés françaises qui cherchent des partenaires africains, parce qu’elles ne sont pas capables, elles, de lever une armada. Donc il faut qu’elles trouvent des partenaires de confiance. Cela a l’air tout simple alors que ça ne l’est pas. Quand vous arrivez à Ouagadougou, savoir quelle entreprise est fiable et laquelle ne l’est pas, ce n’est pas très simple. De plus il n’y a une différence de mentalité, une façon différente d’approcher les choses également un temps différent d’ailleurs, parce que nous n’avons pas la même conception des choses. Tout cela est très compliqué et il faut que chacun fasse des efforts. C’est pour cela que des manifestations comme la nôtre sont utiles, pour que ces deux mondes se rencontrent.

C’est à travers ce tissu de PME que la France peut se repositionner en Afrique, justement parce qu’elles jouent la carte du partenariat, du transfert de compétence, de la création d’emplois et de valeur ajoutée localement. Comment cette manifestation peut permettre à ces PME d’aller en Afrique, ce qui n’est pas évident pour elles, comme vous l’avez rappelé…

Nous sommes un organisateur de manifestations en premier lieu. Le problème, vous avez raison, est que le système d’accompagnement français sur l’Afrique est faible. Existant mais faible. C’est pour cela que des structures comme la Maison de l’Afrique sont intéressantes, parce qu’il peut y avoir des suivis. Ceci étant dit, il faut que chacun prennent ses responsabilités. Si un chef d’entreprise veut faire des affaires en Afrique, il va falloir qu’il y aille. Ce n’est pas parce qu’il a rencontré à Paris tel ministre qu’il ne doit pas se rendre sur place. Les entreprises françaises n’ont pas forcément besoin de qui que ce soit pour les accompagner. En revanche, elles ont besoin que des institutions, des chambres de commerce locales, des partenaires locaux, jouent aussi leur rôle de certificateur, c’est-à-dire, de tiers de confiance. C’est pourquoi nous travaillons beaucoup avec les chambres de commerce et autres partenaires locaux qui font ce travail de sélection. Même si le commerce reste avant tout une histoire d’hommes, avec un grand H, qui se rencontrent et se font confiance. Là-dessus nous avons un petit rôle à jouer : celui de créer ces liens de confiance.

Lors du dernier discours d’Emmanuel Macron aux ambassadeurs, où il a beaucoup été question de l’Afrique, le président a annoncé sa stratégie, articulée autour des 3D : Diplomatie, Développement et Défense. Avec un retour à la politique du don. Alors que les nouveaux leaders africains parlent de co-développement, avez-vous le sentiment que la France et l’Afrique parlent le même langage ?

Il ne faut pas attendre des pouvoirs publics en France de faire la politique des entreprises. Si les autorités françaises ont bien compris qu’elles étaient très en retard, que nous étions les mauvaises élèves de l’Union Européenne en matière de don, c’est déjà bien. En fait, cela sert à changer les mentalités. Nous ne sommes pas là que pour prendre. C’est un signal fort à ce niveau là. Ensuite, il faut resituer les choses : l’Etat fait de la politique publique ; les entreprises de la politique privée. Et les entreprises françaises n’ont pas besoin de l’Etat pour aller en Afrique.

Ceci dit, aujourd’hui tout le monde joue la carte de l’éco-diplomatie pour renforcer sa présence en Afrique. A commencer par la Chine comme nous avons pu le voir lors du dernier sommet de la coopération sino-africaine… 

Il n’a échappé à personne que nous ne sommes plus seul en Afrique. La présence de quasiment toutes les présidentes et tous les présidents africains en exercice à Pékin est un signe très fort. L’Afrique est devenue le réceptacle des investissements chinois en l’espace de dix ans, aujourd’hui elle est passée à la vitesse supérieure avec ce programme, c’est la nouvelle route de la soie. Mais des questions se posent aujourd’hui sur les méthodes chinoises appliquées sur le continent, avec une forme de rejet qui s’exprime.

Là où la France est très attendue, c’est au niveau du financement. Parce que, en l’occurrence, pour les entreprises françaises, il faut des garanties. Ce qui n’est pas simple parce que le système africain est faible en financement. Donc forcément les garanties viennent de l’Europe, voire de l’OCDE. Il y a des solutions mais les entreprises les connaissent mal. Il faut encore que les deux parties soient d’accord sur ces solutions, reste que les solutions européennes sont beaucoup moins chères que les solutions africaines, avec des taux d’intérêt à 10%. Les Chinois ne sont pas du tout dans cette approche. Ils financent des infrastructures qu’ils vont construire eux-mêmes. C’est du faux don, ce qu’on appelle le don lié.

Justement, vous avez déclaré, en marge du forum de Pékin, que la Chine ne doit plus être vue comme un concurrent mais un partenaire éventuel pour les entreprises françaises en Afrique…

Les Chinois n’arrivent plus à avancer. J’en ai discuté récemment avec un groupe chinois à Alger. Parce qu’ils ne sont pas arrivés jusqu’à présent avec leur propre personnel, des choses qui ne fonctionnent plus aujourd’hui, non seulement parce qu’il y a un rejet, mais de plus le niveau de qualité de ce qu’ils proposent n’est plus suffisant. Donc ils ont bien vu qu’il fallait un partenariat local plus important. Et là dessus on peut jouer le rôle d’intermédiaire. C ‘est d’ailleurs ce qui se passe en Algérie. Un certain nombre de groupes français jouent ce rôle d’intermédiaire et font de la co-réalisation. Même si les Chinois gardent toute la maîtrise du projet. Ce qui n’est pas très grave. Nous y trouvons notre compte. C’est de la réalité concrète.

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