A la uneالأخبار

Réchauffement climatique : Des solutions ivoiriennes pour les producteurs agricoles africains

Loin de Glasgow où se tient la COP 26, à Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire, l’ARK, une organisation d’appui au développement rural, fournit des solutions, concrètes, aux agriculteurs locaux pour pallier aux effets du changement climatique sur leur terre et leur production. Reportage.

Par Issiaka N’Guessan, à Abidjan

« Nous observons les impacts du changement climatique sur nos terres depuis 1995. Les mauvaises pratiques culturales, les sols mal exploités, les feux de brousse, la production cotonnière extensive, le charbon de bois ont contribué à la dégradation des terres » soutient Roger Gaoussou Soro, Expert en Agro-écologie, Directeur d’Animation Rurale de Korhogo (ARK), une organisation d’appui au développement rural à Korhogo, dans le Nord ivoirien.

“Il a fallu aider les producteurs agricoles à produire de l’engrais biologique, freiner l’érosion et mieux gérer l’eau de pluie”

ARK a lancé le concept, 3P, pour « plainte, problème, projet » pour traduire la complainte de l’agriculteur qui constitue pour lui un problème dont il faut sortir un projet. Les engrais chimiques, entre autres, dont le coût et l’impact sur la santé des agriculteurs figurent parmi « les problèmes » à solutionner. « Il a fallu aider les producteurs agricoles à produire de l’engrais biologique, freiner l’érosion et mieux gérer l’eau de pluie dans un contexte de raréfaction de la pluie » poursuit Roger.

Ce faisant, l’ARK s’est depuis cinq ans lancé dans la « sécurisation de l’agriculture familiale par la production de compost pour la fertilisation écologique des sols » avec le triangle à niveau et le niveau à eau, ramené à des solutions endogènes. « Il s’agit de déterminer les points de passage de l’eau sur les surfaces cultivées pour en freiner la vitesse par la construction de diguette avec des pierres » pour maintenir les matières organiques et avoir une humidité du sol sur une assez longue période après une pluie.

Sur le terrain, l’ARK apprend aux producteurs agricoles à rechercher les points de niveau à l’aide de planche sur lesquelles des niveaux sont marqués par des tuyaux d’eau transparents. Du fin fond de la Côte d’Ivoire, ces solutions rentrent en ligne de compte de la stratégie nationale de lutte contre les effets du réchauffement climatique qui sera au cœur des débats des délégations internationales à la COP 26 à Glasgow en Ecosse.

La Côte d’Ivoire s’engage à réduire ses émissions de Gaz à effet de Serre d’environ 30 % d’ici à 2030

Du 31 octobre au 12 novembre, les acteurs étatique et non étatiques vont une fois de plus croiser le regard, échanger les intentions de bonne volonté, six ans après la COP 21 et l’Accord de Paris.

Ce rendez-vous écossais est crucial dans un sursaut de sauvegarde des prochaines générations et une inclinaison au maintien des températures à 1.5° C.

« La Côte d’Ivoire sera présente à la COP26 à Glasgow. Notre pays contribue activement à la lutte contre le changement climatique et à la restauration de son couvert forestier » assure la Présidence ivoirienne qui réaffirme son engagement à la « réduction des émissions à gaz à effet de serre de 30% d’ici à 2030 et la réduction du taux de déforestation de 70% d’ici à 2030 par rapport à 2015. »

Le pays s’est lancé dans un ambitieux programme de reboisement intitulé, « un jour, 50 millions d’arbres » mis en œuvre sur l’ensemble du territoire national. Les 50 millions d’arbres en 1 jour ne sont certes pas plantés mais quelques milliers d’hectares.

Dans la foulée, la SODEFOR, la société de développement des forêts, a engagé une lutte sans merci contre les orpailleurs clandestins, les exploitants illégaux.

Promotion de pratiques agricoles responsables 

 En attendant, les premières victimes du réchauffement climatique tentent de trouver leurs propos solutions. « La promotion de pratiques agricoles responsables » recommandée par le gouvernement ivoirien, rencontre un bon écho chez les agriculteurs. Résidus de récoltes, tiges de riz, de maïs, de coton, servent à la fabrication de compost dans un trou de bonne profondeur. Les résidus sont trempés d’eau et saupoudrés de cendre, explique Roger Soro.

« Les produits chimiques mal utilisés dégradent la faune et la flore et impactent négativement la santé des agriculteurs, source à venir d’une réduction de la production alimentaire et donc de possible risque de déficit alimentaire » fait-il savoir.

Il s’agit, assure-t-il de « trouver une alternative durable aux engrais chimiques » d’où la fabrication de pesticides biologiques avec les graines de nime, le tabac et la cendre et la promotion de l’agroforesterie.

Une vingtaine de groupement de femmes, chaque groupement ayant en son sein entre 50 à 200 femmes, ont adopté ces pratiques biologiques ainsi que des producteurs de céréales et d’agrumes. « On les encourage à planter de l’acacia albida et des parcs à Faidherbia. L’Acacia améliore la qualité du sol et réduit le temps de la jachère » soutient le directeur de l’ARK. Ces nouvelles approches agriculturales sont mises en œuvre depuis cinq ans dans le nord ivoirien.

« Il n’y a pas de pont entre le monde de la recherche, les universités et le monde paysan »

« Les paysans ont des difficultés d’adaptation, observe le professeur Simplice Koffi, géographe, chercheur associé au Centre de recherche pour le développement (CRD) et enseignant-chercheur à l’Université Péléforo Gon Coulibaly (Korhogo). Ils se débrouillent en mettant en place des systèmes locaux. Il revient aux chercheurs de leur mettre à disposition des solutions. » 

Le principal enjeu selon lui de cette COP 26. « La maîtrise de l’eau et de l’utilisation des pesticides sont les enjeux de cette COP 26 pour les paysans. Il n’y a pas de pont entre le monde de la recherche, les universités et le monde paysan. Il n’y a pas de transfert de technologies. Au niveau des universités, il y a des résultats mais qui restent inconnus des paysans », déplore le professeur. 

L’accès aux bonnes pratiques agricoles, aux ressources et outils pour le développement d’une agriculture durable, un des défis majeurs, au menu, entre autres, de cette COP 26.