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Rapport : Les vaccins et la ZLECAf, l’espoir d’une relance annoncée

2020 a été une année difficile économiquement pour le continent africain, pour cause de pandémie de Covid-19 notamment. Même si, selon les conclusions du rapport du Boston Consulting Group, l’Afrique devrait connaître une forte reprise économique.  Grâce à l’entrée en vigueur de la ZLECAf notamment.

Par Talel de Sinta, à Tunis

Intitulée « L’Afrique, la Covid-19 et la relance », une étude du Boston Consulting Group (BCG) souligne que si «l’Afrique n’a pas subi le cataclysme que l’on craignait du point de vue sanitaire : il y a eu officiellement un peu plus de 100 000 morts jusqu’à la mi-mars 2021, soit le bilan largement le moins lourd par rapport aux autres continents », le continent a cependant «… autant subi les conséquences économiques de la pandémie que le reste du monde ». D’ailleurs, comme l’ont rappelé plusieurs rapports d’organismes africains et internationaux, pour la première en un quart de siècle, l’Afrique a enregistré une récession économique en 2020

Les experts du Boston Consulting Group estiment que les pays africains, dans leur majorité, ont plutôt mieux résisté à la pandémie de Covid-19. Mais parallèlement, ils ont remarqué « une Afrique à deux vitesses » au cours des sept dernières années. 

A cet égard, Patrick DUPOUX, responsable Afrique au BCG, livre ainsi son constat : « On a l’Afrique qui décolle, qui est en très forte croissance – qui était à 7 ou 8% – et qui est, dans l’ensemble, encore en croissance cette année (2020), plutôt à 1, 2 ou 3% ». Et « ce sont tous les pays qui ont une économie diversifiée, dont la croissance est tirée par les services, par l’émergence d’une classe moyenne. C’est typiquement une grande partie de l’Afrique de l’Est : l’Éthiopie, le Kenya, le Rwanda. C’est aussi une partie de l’Afrique de l’Ouest : la Côte d’Ivoire, le Sénégal… ».

Ceci étant, il y a une autre Afrique, moins performante en termes de création de richesses, celle « qui est encore sur les vieux modèles d’exportation des matières premières – essentiellement le pétrole et les produits miniers – et qui ont affronté la baisse des prix des commodités depuis quatre ou cinq ans, mais aussi des gros problèmes de gouvernance et de vraies difficultés à renouveler leur modèle économique et à se diversifier…», ajoute Patrick DUPOUX.

« Si les prix des matières premières augmentent, beaucoup de pays vont bénéficier mécaniquement d’une meilleure croissance »

Pour autant, l’optimisme est de mise dans tous les organismes d’analyses économiques sur une éventuelle relance économique en Afrique en cette année 2021.    

C’est le cas par exemple de la Banque africaine de développement (BAD), pour qui le taux de croissance du continent devrait atteindre les 3-4% (voir plus pour certains pays), laquelle proviendrait de certains facteurs essentiels qui sont détaillés par Rabah AREZKI, chef économiste de la BAD : « L’accès au vaccin, forcément la question de la dette. Une résolution rapide et forte (de cette question) va être très importante et bien sûr les prix des matières premières. Si les prix des matières premières augmentent, beaucoup de pays vont bénéficier mécaniquement d’une meilleure croissance. Mais encore faut-il que cette croissance soit bien redistribuée ».

La ZLECAf a besoin de temps…

Pour la BAD, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur le 1erjanvier 2021, pourrait constituer un facteur d’accélérateur de la relance économique en Afrique, car celle-ci (ZLECAf) « va libérer les potentialités d’un grand marché unique ». Mais Patrick DUPOUX semble pas de cet avis concernant l’impact économique de la ZLECAf à court terme sur la croissance économique du continent, considérant que ce marché commun «… est un projet plutôt sur vingt ans que sur cinq ans, je ne vois pas comment cela pourrait se mettre en place autrement que lentement. Même en Europe, cela a mis beaucoup de temps ».

A l’analyse de la situation économique africaine, l’expert du BCG n’est pas loin de la vérité, en ce sens que le taux d’intégration en Afrique est l’un des plus bas au monde. «… C’est hyper-fragmenté et c’est un vrai problème, parce que chacun des marchés pris individuellement n’a pas la taille critique, et c’est un des freins au développement économique. La ZLECAf ne pourra pas marcher tant que le fonctionnement et les échanges des sous-ensembles régionaux resteront faibles », explique Patrick DUPOUX.

Par ailleurs, la relance économique du continent pourrait être handicapée par la dette du continent. Même si les pays développés ont multiplié les gestes en faveurs des pays en développement en général et africains en particulier pour atténuer le fardeau de la dette. 

En effet, ces pays ont des marges de manœuvres budgétaires très limitées pour pouvoir financer la relance économique. Mais force est de reconnaître qu’il y a eu une forte solidarité de la communauté internationale, qui a décrété un moratoire de la dette qui porte sur 5,7 milliards de dollars de créances sur 2020 et 2021. C’est ainsi que plus de 30 pays africains ont vu accorder un gel des remboursements de leur dette jusqu’en octobre de l’année en cours. 

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