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Produits de la mer : Le Maroc veut exporter plus en Afrique

Afin de remplir les objectifs de son Plan Halieutis et pour renforcer sa présence en Afrique, devenue en leitmotiv, le Maroc a publié, cette semaine, un nouveau rapport sur ses opportunités d’exportation de produits de la mer vers le reste du continent
Le Maroc est le premier exportateur africain de produits halieutiques, mais il ne réserve au continent que 13% de ses exportations. Fort de ce constat et dans le cadre de la stratégie africaine du Maroc, le Direction des études et des prévisions financières (DEPF) du ministère de l’Economie et des Finances, a publié, le 12 avril 2015, le rapport « Quelles opportunités pour les produits halieutiques marocains sur le marché africain ? « .

« Le Maroc exporte en moyenne 1,4 milliard de dollars chaque année en produits halieutiques. De son côté, le continent africain importe en moyenne, sur la période 2008-2012, près de 3,9 milliards de dollars de ces produits, dont uniquement une proportion de 5,6% est d’origine marocaine », révèle le rapport du ministère. Le Maroc place en fait l’immense majorité de ses exportations sur le marché européen, brésilien, japonais et russe.

La consommation de l’Afrique en produits halieutiques augmente plus que dans toutes les régions du monde. Les importations y ont ainsi augmenté de 12% en moyenne par an, entre 2008 et 2012. Le Maroc bénéficie déjà en partie de cette croissance, car ses exportations en Afrique ont progressé ces dernières années, mais sa part de marché reste inférieure, selon le DEPF, à ce qu’elle pourrait être.

Leader sur le marché mondial de la sardine en boîte, le Maroc réserve seulement un peu plus de 10% de ses exportations à la France, viennent ensuite l’Allemagne, l’Espagne et la Syrie. Le reste (68%) est déjà distribué en Afrique. Pourtant, malgré cette position dominante, le Maroc est totalement absent du marché de l’Afrique du Sud dont la Thaïlande et la Namibie sont les principaux fournisseurs, et alors même qu’elle est le plus gros importateur de sardines d’Afrique.

Aujourd’hui, les exportations marocaines de produits halieutiques en Afrique souffrent des mêmes difficultés que tous les échanges intra-africains. Les transports terrestres sont ralentis par les procédures douanières aléatoires incompatibles avec la vente de produits frais. Son coût est également bien supérieur à celui du reste du monde. Selon le rapport de la CNUCED sur le commerce intra-africain de 2013, « le coût moyen du transport en Afrique représente 7,7% de la valeur totale des exportations, c’est-à-dire le double de la moyenne mondiale qui est de 3,7% », rappellent les analystes du ministère marocain.

La logistique favorise donc les importations extra-africaines. La concurrence de la Thaïlande, l’Indonésie ou les Pays Bas est forte. « De plus, pour les crustacées, les principaux pays africains importateurs de ces produits ont recours à des produits de l’aquaculture provenant de l’Asie à des prix plus compétitifs que ceux des produits du Maroc capturés en mer », ajoute le rapport.

La structure des exportations marocaines n’est encore pas particulièrement adaptée à la demande africaine majoritairement adressée au poisson frais, réfrigéré ou congelé. Le Maroc, au contraire, exporte à 80% des fruits de mer et des conserves de poisson (sardines en boîte). « On signale la quasi-absence de produits plus élaborés et stabilisés tels que les marinades et les plats-cuits à base de poisson qui peuvent répondre aux besoins des populations africaines, et être transportés dans les conditions de logistique actuelles sans que leur qualité ne soit altérée », précise le rapport.

De plus, l’augmentation des exportations marocaines vers l’Afrique ne sera possible que dans la mesure où il sera plus intéressant pour un producteur marocain de se tourner vers le continent plutôt que de destiner sa production à l’Espagne ou au Brésil, par exemple. Aujourd’hui, « le pouvoir d’achat relativement faible caractérisant une grande partie des pays d’Afrique ne permet pas la consommation des produits à haute valeur commerciale tel que le poulpe, dont le Maroc constitue un important producteur et exportateur sur le marché mondial », relève ainsi les analystes.

Aujourd’hui, la croissance de la production marocaine peut-elle permettre aux producteurs de fournir plus de poissons à l’Afrique tout en continuant à fournir ses clients habituels ? « Malgré de multiples actions de mise à niveau de la flotte côtière et artisanale marocaine, ses débarquements sont marqués par des pertes après captures importantes », fait remarquer le ministère. Surtout, entre 1990 et 2012, la croissance annuelle moyenne de la production de produits halieutiques au Maroc – pour ne parler que de la production – n’est que de 2,7%.


 

Par Julie Chaudier