Le dossier du mois

Premier salon EducTeck à Alger-“La génération connectée, c’est une opportunité pour généraliser les services en ligne” 

C’est dans le contexte du virage du numérique dans l’éducation que se tient, à Alger, le premier salon visant à créer une « passerelle entre le numérique et l’éducation ». EducTeck, prévu du 25 au 29 octobre prochain. Enjeux avec Omar Ali Yahia, général manager de Beeform E-Learning et vice-président du Groupement algérien des acteurs du numérique (GAAN), co-organisateur du salon et Abdelkader Missoum, formateur et coordonnateur national du réseau des écoles et clubs associés à l’Unesco en Algérie. Interview croisée. 

Propos recueillis par Nadjoua Khelil à Alger

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Dans l’objectif de « vulgariser » l’accès à la connaissance pour tous, vous organisez, en octobre, le premier salon « EducTeck ». Pour répondre à quel besoin ?

Omar Ali Yahia :  

C’est le salon de « l’Education et des Technologies de la Connaissance », qui met en avant les différents acteurs du digital et des technologies dédiées à l’éducation, l’apprentissage et l’enseignement. Sous le thème, « Le digital au service de l’apprentissage », il permet aux participants et visiteurs de s’enquérir des avancées technologiques, des solutions et outils d’orientations contemporains aux débouchés potentiels. En marge, un premier concours est prévu : le « Online Algerian Teacher Awards » qui récompense les meilleurs formateurs en ligne, après le partage de 48 cours avec le grand public qui pourra choisir son formateur préféré sur http://concours.educteck.dz/

L’Algérie a introduit le digital dans son système éducatif lors de la crise du Covid-19. Deux ans plus tard, quel est l’état des lieux ? Comment évaluez-vous cette expérience de l’école numérique ?

Abdelkader Missoum : 

Le système numérique, tel qu’introduit depuis 2020, touche plus les aspects administratifs de la gestion pédagogique. Le traitement numérique lié aux contenus pédagogiques est encore à l’état de projet par rapport aux possibilités offertes par les TICE. Le secteur de l’éducation a accumulé une expérience indéniable dans le domaine, à travers deux établissements nationaux : l’Office national de l’enseignement et de la formation à distance (ONEFD) et le Centre National d’Intégration des Innovations Pédagogiques et de Développement des Technologies de l’Information et de la Communication en Éducation (CNIIPDTICE). L’avenir est très prometteur, mais le rythme de cette numérisation est très lent.

Ali Yahia : 

Au regard de ses avantages, le digital est une priorité pour les administrations publiques et le système éducatif en Algérie. La centralisation du dossier scolaire est l’une des expériences les plus intéressantes, qui permet une remontée d’information de tout le territoire ; et en 2022 l’intégration du livre électronique et de la tablette en milieu scolaire. Un pas de plus vers la digitalisation de l’éducation.

“Ces solutions numériques sont adéquates pour dépasser les barrières géographiques et la saturation des places pédagogiques”

Quels sont donc les objectifs à atteindre via cette stratégie éducative ? 

Abdelkader Missoum : 

Ces projets annoncés il y a longtemps, en 2008, viennent de connaître leur phase expérimentale dans plus de 1500 écoles (sur 28.585 établissements éducatifs à travers le territoire national, dont 5.657 collèges et 2.678 lycées, NDLR). Les objectifs à atteindre concordent avec ceux de L’Unesco relatifs à la cible numéro 4 à atteindre en 2030 dans le cadre des 17 Objectifs de développement durable de l’Onu (ODD) et de l’enseignement-apprentissage au 21ème siècle… Les premiers pas enregistrés nourrissent l’espoir d’assurer des prestations de performance pédagogique.

A.Y :

La tablette éducative améliore le quotidien des élèves et le livre électronique est une économie financière pour les ménages avec un fort impact écologique. Le e-Learning, avec des contenus pédagogiques ludiques, permet d’alléger davantage les cours en classe, facilite les révisions, le rattrapage des cours, la connexion permanente avec les enseignants ; le tout avec zéro papier.

Ces solutions numériques sont adéquates pour dépasser les barrières géographiques et la saturation des places pédagogiques. Car d’ici 2030, la croissance démographique en Afrique risque de rendre les infrastructures actuelles insuffisantes, les places pédagogiques de plus en plus rares, même en construisant de nouvelles écoles, difficile de contenir le surplus.

L’éducation basée sur la technologie prépare les apprenants au monde réel. Quel est son potentiel dans l’amélioration de la qualité de l’enseignement, du développement des compétences et du capital humain en Algérie ? 

A.Y. :

Nous sommes face à une génération connectée-22 millions d’Algériens sur les réseaux sociaux et 49 millions d’abonnés à l’internet mobile-, c’est une opportunité pour généraliser les services en ligne. L’accès à la formation et à l’information en temps réel rend les compétences dans l’utilisation du digital beaucoup plus pratiques, ce qui ne devrait pas constituer une contrainte pour se familiariser avec ces outils.

A.M. :

Le digital occupe tous les espaces de la vie moderne, à commencer par l’alphabétisation numérique qui s’impose. Aussi, le métier d’enseignant a évolué, exigeant des méthodes adaptées et un bon usage des technologies. Ainsi, la formation de tout le corps éducatif est le maître mot pour réaliser les missions inscrites dans les stratégies de développement durable. D’ailleurs, le plan de charge de la formation est lourd, urgent et rapide qu’il est indiqué de parler d’auto-formation, de e-learning, d’apprenance : concepts qui se développent grâce aux TIC.

En Algérie, comment le numérique peut-il répondre au défi d’une éducation inclusive, sachant que l’accès à internet et aux outils numériques (PC, casques…) n’est pas à la portée de tous, notamment dans les zones enclavées ?

A.M. : 

Les efforts du numérique consentis par l’État algérien sont énormes, mais l’évolution démographique rapide et l’étendue du territoire créent forcément des disparités dans la prise en charge des besoins. Le développement, qui n’est jamais linéaire, demande du temps et il est arrivé à l’Algérie d’en perdre pour des raisons bureaucratiques.

Les solutions aux problèmes posés sont de nature technique, managériale et locale et l’Algérie a des atouts économiques et financiers, reste à vaincre les résistances aux changements. Le digital l’aidera à surmonter la bureaucratie et son système de gestion archaïque. Un processus déjà entamé, à accélérer par la formation.

A.Y. :

La construction d’un écosystème numérique est basée sur une infrastructure réseau performante. A ce titre les avancées sont admirables, passant de 512kb/s à 10mb/s de débit minimum et près de 200 000 Km de fibre optique sur tout le territoire national.

Le programme de migration du dernier kilomètre vers le réseau FTTH, une fois achevé, permettra une couverture suffisante pour n’importe quel service en ligne. Le reste est assuré par l’écosystème en renforçant le contenu et les services pour répondre à la demande.

“Le numérique est efficace pour une éducation accessible à tous, mais exige un usage rationnel…”

Quel avenir pour le e-learning, post-Covid en Algérie et en Afrique en général ?

A.M. : 

En matière d’enseignement-apprentissage, il y a un avant et après Covid. La pandémie a poussé les systèmes éducatifs à trouver des solutions pour sauver la scolarité de plusieurs millions d’apprenants. Des solutions ont été préconisées par l’Unesco. Les systèmes e-learning ont prouvé leur efficacité, fournissant des solutions très performantes. Mais cela ne pouvait occulter l’humain, l’enseignant, sollicité à s’adapter pour devenir animateur face aux ressources pédagogiques multiples en lieu et place de détenteur unique du savoir : un véritable changement de paradigme à assumer. Un lendemain est à scruter : les systèmes éducatifs dans le monde connaîtront des bouleversements. 

A.Y : 

Les consommateurs de e-Learning deviennent plus exigeants en période post-Covid : assurer un cours n’est plus suffisant sans une plateforme qui permet la gestion des utilisateurs, des accès sécurisés, des statistiques en temps réel, une vue d’ensemble sur l’assiduité des étudiants, une bonne qualité des classes virtuelles et des contenus etc… Ce qui transforme les exigences de nos clients en véritable challenge pour nous auquel nous répondons avec la recherche et le développement. 

Les startups ont été le catalyseur de la transition numérique du système éducatif, de l’enseignement, de la formation en Algérie en développant, durant la Covid, des solutions idoines. Sont-elles appelées à s’impliquer davantage ?

A.Y : 

Lors de la création de notre entreprise, l’objectif était de créer une plateforme de formation grand public. Puisque 80% des demandes étaient sur des plateformes fiables pour des écoles, centres de formation et entreprises, on est passé aux plateformes en marque blanche pour nos clients, avec un accompagnement à 360° dans la mise en place de leurs projets et du contenu sur mesure avec transfert de compétences. Durant la pandémie, nous avons rajouté le service classes virtuelles, permettant à nos clients d’être 100% autonomes sur nos plateformes.

Comment atteindre cet objectif du numérique par et pour une éducation significativement inclusive ?

A.Y. : 

Toute transformation digitale exige une stratégie aux objectifs à long terme : améliorer en continue l’infrastructure réseau, donc investir dans les solutions durables et sensibiliser sur les avantages du digital.

A.M. :

Le numérique fera évoluer l’école. Il démocratise les ressources cognitives, solutionne pour les exclus des systèmes éducatifs. Les nouveaux défis de l’école concernent les effets négatifs du digital sur le comportement social et humain, sa gestion et prise en charge, à l’exemple de l’addiction au smartphone, les effets de l’écran et des ondes sur la santé, etc. Le numérique est efficace pour une éducation accessible à tous, mais exige un usage rationnel… 

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