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Portrait Lamine Bakayoko, le café pour avenir

Comme nombre de jeunes ivoiriens ou africains,  l’émigration, pas toujours légale, a longtemps traversé l’esprit de Bakayoko Mohamed Lamine qui a finalement opté pour l’entreprenariat en lançant une start-up industrielle dans le secteur du café. Lui qui rêvait d’être footballeur est aujourd’hui un jeune patron accompli dont l’exemple est valorisé.

Lampedusa, il y a longtemps pensé, sans jamais tenter l’aventure. Comme beaucoup de jeunes africains, Bakayoko Mohamed Lamine rêvait de l’eldorado européen. Mais, il a finalement opté pour l’entreprenariat, chez lui, en Côte d’Ivoire, ce qui lui réussit bien manifestement.

Après avoir fréquenté la madrasa (NDLA : école islamique en langue arabe) du quartier Sopim de Yamoussoukro, Lamine poursuit son cycle scolaire dans  les meilleurs établissements publics de l’enseignement secondaire ivoirien et supérieur, à Yamoussoukro (260 Km d’Abidjan, Centre-Sud, Région du Bélier), dont le prestigieux institut polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INHP-B). Il en ressort avec un diplôme d’ingénieur agroéconomiste.

Torréfacteur de mère en fils

Le 10 mai 2010, dans le quartier populaire de Williamsville, à Adjamé, Bakayoko Mohamed Lamine se lance.  Le déclic viendra d’un documentaire, sur l’entreprenariat, support de cours d’un enseignant à l’INHP-B. Il se décide et n’entrevoit son parcours professionnel futur que par l’initiative privée et non à l’administration publique. « Très peu d’entre nous se retrouvent dans l’entreprenariat ; on rêve grand dans l’administration mais moi, à partir d’un exemple projeté par un enseignant dans l’émission C’est pas Sorcier !, j’ai décidé de me lancer dans la torréfaction. » Une activité dans laquelle il est tombé petit, sa mère étant torréfactrice de graine d’arachide. Il monte ainsi son projet avec  cet enseignant avec un budget de 46 millions de FCFA qui passe, faute d’appui bancaire à 21 millions de FCFA, puis 11 et finalement 5 millions de FCFA. « On n’a pas pu réunir tous ces budgets et ma mère m’a permis de récupérer sa vieille machine qui lui sert à griller les graines d’arachide ». L’étude de marché sur « tous les déterminants de l’adoption d’un café » l’emmène à parcourir 564 kiosques à café entre Yamoussoukro et Abidjan. « J’ai basé le gros de ma stratégie sur la chaîne entre le grossiste et le gérant de café » soutient-il et parvient 6 mois plus tard à s’offrir un nouveau torréfacteur et un véhicule de distribution. Le label AVVA, pour les prénoms de ses frères Aboubacar-Vanessa et Valentin, est né. Mais, tout ne se passe pas comme prévu dans un contexte politique postélectoral (du 26 décembre 2010 au 11 avril 2011), surtout dans le quartier où est implanté la petite unité industrielle de Lamine. « De mon entrepôt, il ne restait que les carreaux. J’ai tout perdu dans la crise postélectorale de décembre 2010 à avril 2011 ».

« Quand on est jeune, non solvable, juste avec des idées et un projet… Les concours sont une bonne alternative. »

Loin d’abandonner le challenge car « le virus m’avait gagné » estime-t-il, le jeune Bakayoko, 33 ans, se présente à un concours de la Banque Mondiale piloté par TechnoServe et en sort premier. Gain, 7.5 millions de FCFA. « Quand on est jeune, non solvable, juste avec des idées et un projet… Les concours sont une bonne alternative. Mon équipe a traqué tous les concours sur le continent africain et j’en ai répertorié 21. Nous en sommes à notre sixième prix dont 3 internationaux. En interne, j’ai été Prix d’Excellence du Jeune Entrepreneur 2015 avec à la clé 10 millions de FCFA. Dans la foulée j’ai glané le Grand Prix CGECI Academy 2015 et celui du Nigérian Tony Elumelu. Ces prix nous ont donnés de la visibilité qui a permis d’asseoir quelque chose qui ressemble à un bon investissement ».

Avec le gain du premier concours, il relance son affaire en commençant par assurer ses biens et équipements. « On reprend en tenant compte des erreurs commises ». Il acquiert ensuite deux torréfacteurs, une usine moderne, des véhicules de distribution et amasse des millions de FCFA. La vie, difficile au départ prend une nouvelle tournure même si, sans bouder ce plaisir, Mohamed Lamine ne se laisse pas griser par ce succès fulgurant. Abobo, Adjamé, Williamsville, Attécoubé, des quartiers  où vivent les plus démunis, chauffeurs de minicars en commun, « gbaka », de taxis communaux « woro woro » ou compteurs, de petits débrouillards friands de café « serré » les matins et les soirs sont sa première cible en Côte d’Ivoire. Ambitieux, il vise loin et « le Burkina Faso fait 10% de mon chiffre d’affaire » soutient Mohamed Lamine qui a sous sa direction, 17 employés dont deux de ses ex-camarades de l’INHP-B et des jeunes « en quête de modèle social ».

« Je me sens utile, je porte un rêve, celui  de lui de 17 familles, 17 villages donc je m’agrippe »

Récemment, Bakayoko Mohamed Lamine a pris part au TedX Abidjan, organisé par la Silicon Valley pour créer une émulation chez les jeunes sur le dur chemin de la réussite et la concrétisation des rêves dans un environnement souvent hostile. « J’ai certes voulu partir (à l’aventure en Europe) comme les autres car j’ai eu un parcours académique honorable, je suis resté non pas parce que j’ai découvert la caverne d’Ali Baba mais parce que je me sens utile, je porte un rêve, celui  de lui de 17 familles, 17 villages donc je m’agrippe » fait-il savoir. Le leitmotiv de AVVA, « l’effort, c’est de l’ordre des humains, la réussite est du divin » galvanise chaque jour ce jeune ivoirien qui a « longtemps rêvé d’être footballeur » et qui se tape au réveil 15 minutes de course avant ses premiers rendez-vous. Avec pour coach local, l’ex-Pdg de Sitab (société ivoirienne des tabacs), Pierre Magne, il fait son petit bonhomme de chemin et s’apprête à lever un fonds de 400 millions FCFA auprès de la Banque atlantique et de la BICICI. « Obtenir un financement n’est pas un cadeau, c’est un résultat. Il faut faire ses preuves  et la banque vous accompagne. L’Etat facilite les choses, même si ce n’est pas toujours facile. Mais il y a des avancées en Côte d’Ivoire, sur le plan des tracasseries administratives notamment… »

Heureux mais les idées plein la tête, père de famille, le jeune homme se construit une résidence dans sa ville de cœur, Yamoussoukro, là où sa maman, « son repère» réside toujours. Avec sa voiture, il s’y rend facilement comme pour ne pas perdre pied …


 

 

Issiaka N’GUESSAN

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