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Portrait Amobé Mévégué, une histoire africaine…

Figure majeure du journalisme contemporain, Amobé Mévégué nous a quitté le 8 septembre. Pionnier des médias panafricains et figure de la scène culturelle, notre confrère aura, tout au long de sa carrière, valorisé avec fierté le continent. La Directrice de publication d’ANA, Dounia Ben Mohamed, lui rend ici hommage. 

Par Dounia Ben Mohamed

Ceux qui l’ont connu se souviendront de l’anecdote. Invité à participer à une sauterie à l’ambassade du Cameroun à Paris, Amobé s’était vu refuser l’entrée sous prétexte que sa tenue n’était pas conventionnelle. Fidèle à lui-même, il portait, comme à l’accoutumée, une chemise aux couleurs de l’Afrique, son continent. Face à une telle ineptie, il invita alors ses pairs à faire un « standup en boubou », devant l’Ambassade, pour mettre ses « frères » face à leur contradiction. « J’ose avancer que mes tenues africaines m’ont accompagné dans le monde entier, sur tous les continents, à la rencontre des plus grandes personnalités.  Je ne vois pas en quoi, un Obom du pays Béti, le Ndop du pays Bamiléké, le Bogolan du Mali et tant d’autres étoffes et chaussures léguées par nos ancêtres seraient moins nobles que le costard cravate ou le smoking, pour celui qui en fait le choix ? », dira t’il plus tard, revenant sur ce cocasse épisode. Amobé dans toute sa splendeur. 

Africain et fier de l’être, lui n’aura jamais trahi son continent, ni ses valeurs. Une Afrique qu’il portait et incarnait avec fierté, aussi bien sur les plateaux télé français que dans les soirées mondaines ou les rues de Dakar, Yaoundé et Kigali. Échangeant avec les grands de ce monde comme avec les citoyens les plus humbles. Avec toujours le même intérêt, le même respect. 

Du cinéma aux médias : faire vivre les cultures africaines 

De son Cameroun natal à la cosmopolite ville de Paris, où il débarquera à l’âge de cinq ans, il touchera à plusieurs disciplines, s’initiera à différentes cultures. Avec toujours la même quête, celle de promouvoir et donner vie aux cultures africaines, ce brassage d’identités plurielles ayant essaimé à travers le monde. Après une inclination initiale pour le cinéma, avec un diplôme décroché au Conservatoire libre du cinéma français, il se dirigera dans les années 1980 vers le monde des médias, toujours habité par cette ambition d’être un passeur des cultures africaines et de leur diversité. Homme actif et aux casquettes multiples, il participera ainsi à la création de Tabala FM- la première radio libre africaine émettant depuis Paris, la production de l’émission Plein Sud sur RFI, la co-production d’Africa Musica avant de lancer le magazine Afrobiz puis la chaîne de télévision panafricaine Ubiznews. 

« Amobé Mévégué, citoyen voyageur des deux continents, a toujours su créer des ponts entre les cultures européennes et africaines »

Mélomane, homme de culture, il avait à cœur de partager ses découvertes et coups de cœurs venus du continent, notamment à travers l’émission « A l’Affiche ! », qu’il animait depuis 2010 sur France 24. Du regretté Rachid Taha à Youssou N’Dour, en passant par le doyen, lui aussi parti trop tôt, Manu Dibango, ils avaient tous été célébrés avec finesse par le talentueux animateur, ce « citoyen voyageur des deux continents, [qui] a toujours su créer des ponts entre les cultures européennes et africaines », comme l’a rappelé très justement le communiqué le groupe France Médias Monde- son employeur- annonçant son décès. Avant de conclure : « Il était un visage et une voix familiers et appréciés par les téléspectateurs et les auditeurs des chaînes de France Médias Monde qui lui rendent hommage sur les antennes dès aujourd’hui ». 

Un visage, une culture et un militantisme assumé et revendiqué que ses nombreux téléspectateurs et auditeurs, collaborateurs et amis, n’oublieront pas de sitôt. 

A nous, médias panafricains, de faire honneur à l’héritage qu’il nous a laissé : continuons à faire vivre, avec fierté, les cultures africaines à travers le monde. 

La rédaction d’ANA présente ses plus sincères condoléances à ses proches, en particulier à son épouse Coumba et ses deux enfants. 

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