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Portrait : Albert Munyabugingo, CEO Vuba Vuba, l’Alibaba de l’Afrique

Passé par Jumia, Albert Munyabugingo, a prestement combler le vide laissé par le spécialiste panafricain du e-commerce au Rwanda pour lancer l’une des entreprises de livraison les plus populaires du pays.  Portrait d’un patron qui, comme ses coursiers, a le pied au plancher. 

Par Ange Iliza, à Kigali  

En 2019, lorsque la plateforme panafricaine d’e-commerce Jumia a décidé de quitter le marché rwandais, les employés et coursiers qui travaillaient pour l’entreprise depuis six ans se sont retrouvés sans emploi, livrés à eux-mêmes.  C’est alors que le directeur général de Jumia Rwanda, Albert Munyabugingo, a vu une opportunité et l’a saisie. Il a profité de la présence déjà établie de l’enseigne panafricaine dans le pays, conservé les employés, leurs compétences et s’est recentré sur une autre plateforme de commerce électronique, créée pour l’occasion, Vuba Vuba Africa Limited, active sur le créneau des livraisons.   

Aujourd’hui, dix minutes passées dans les rues de Kigali suffisent pour remarquer les motos estampillées de la marque Vuba Vuba se dirigeant vers différentes destinations pour livrer leurs clients. De fait, moins de deux ans après son lancement- en janvier 2020- la société est devenue l’un des leaders de la livraison avec plus de 500 000 commandes passées dans toutes les grandes villes du Rwanda – Kigali, Rubavu, Musanze et Huye. De quoi conforter Albert Munyabugingo, 29 ans, dans sa décision de lancer sa propre affaire. « J’ai toujours rêvé de devenir un technopreneur depuis que je suis enfant. J’ai essayé différents emplois dans différentes entreprises, mais lorsque nous avons fondé Vuba Vuba, j’ai su que cela allait changer la donne », raconte le jeune patron et co-fondateur de la société, qui a fait ses premières armes en travaillant dans différentes entreprises telles que l’opérateur télécom Tigo Rwanda (racheté depuis par Airtel) et la plateforme de livraison Hellofood. Vuba Vuba est actuellement en partenariat avec 300 entreprises, boutiques, restaurants et magasins, et emploie 26 employés de bureau et plus de 100 coursiers. D’anciens employés de Jumia pour la plupart, qui ont sauvé de la sorte leurs emplois et leurs revenus. Le PDG passe pour sa part ses journées dans ses bureaux de Kigali, où il supervise les opérations. Pour lui, la priorité doit aller à un service de livraison fluide, rapide et précis, afin de donner à ses clients la meilleure expérience possible.

Le Covid-19, une aubaine inespérée pour les plateformes de livraison

Une implication professionnelle constante qui explique sans aucun doute (partiellement) la réussite de la plateforme mais comme pour bien d’autres choses, la chance a aussi joué. Vuba Vuba en était à ses débuts lorsque le Rwanda a enregistré ses premiers cas de Covid-19, début 2020. Du jour au lendemain, avec les mesures de confinement adoptées, la plupart des entreprises ont fermé temporairement, voire mis (définitivement) la clé sous la porte. Assignées à demeure, nombre de personnes se sont alors tournées vers les achats en ligne : selon les données de la Banque nationale du Rwanda, les transactions en ligne auraient ainsi augmenté de 450 % en mai 2020, deux mois à peine après le début de la pandémie. Une aubaine inespérée pour les plateformes de livraison telles que Vuba Vuba, qui a pour sa part vu son activité progresser de plus de 40 % par rapport à la période pré-Covid, en servant en premier lieu une clientèle jeune et urbaine, âgée entre 25 et 30 ans. 

De quoi significativement booster la visbilité de l’entreprise : aujourd’hui, 80 % des paiements effectués par le clients Vuba Vuba se font en ligne alors qu’avant la pandémie, 80 % des transactions étaient réglés en espèces. « Le Covid-19 a fait que les gens se sont tournés vers Internet pour la plupart des services, ce qui est une victoire pour nous », reconnaît Albert Munyabugingo, qui rappelle toutefois que la nouvelle dynamique économique née de la pandémie a « entraîné une forte concurrence [et] qu’il existe aujourd’hui plus de 100 entreprises de livraison, alors qu’il y en avait moins de la moitié lorsque [Vuba Vuba a] commencé ». Capitalisant sur ses premiers succès, la société s’efforce aujourd’hui d’élargir son réseau d’entreprises partenaires et d’étoffer sa gammes de services de livraison. « Le commerce électronique est une activité en plein essor, surtout au Rwanda, où le gouvernement a l’ambition de faire du pays un hub technologique et commercial ; ce qui facilite nos opérations », analyse le PDG de Vuba Vuba.  

« Faire de Vuba Vuba une plateforme de commerce électronique panafricaine »

Le faible taux de pénétration d’Internet (26 % de la population connectée en 2019, selon les estimations de la Banque mondiale), en particulier dans les zones rurales, limite néanmoins à court terme le potentiel commercial de Vuba Vuba. Sur les 12,9 millions d’habitants que compte le Rwanda, seuls 2 millions résident dans l’agglomération kigaloise, qui est l’épicentre du pays en matière d’infrastructures numériques.  Albert Munyabugingo demeure cependant optimiste sur le long-terme, confiant dans le fait que le gouvernement améliorera l’infrastructure internet dans les zones rurales. « De cette façon, personne ne sera laissé de côté et le Rwanda deviendra réellement un centre technologique et commercial », pronostique le patron de Vuba Vuba, qui se fixe déjà un nouvel objectif : faire de sa société « une plateforme de commerce électronique panafricaine qui opère dans tous les pays africains ». La concurrence est prévenue… 

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