Le dossier du mois

Portfolio Le Made In Côte d’Ivoire s’exporte

Des jus au chocolat en passant par le prêt-à-porter, de plus en plus d’acteurs ivoiriens osent le défi de produire localement. Et vont jusqu’à exporter et promouvoir la marque « Made in Côte d’Ivoire » sur la scène régionale et internationale. Focus sur 5 promoteurs du « consommer et produire local ».

Par DBM

Lili Création D’Abidjan à New York

 Rue des jardins, dans le quartier du Vallon, les boutiques de prêt-à-porter féminin se succèdent et se ressemblent. Une pourtant se démarque. Avec une marque Lili création, nouvelle coqueluche des fashionistas de Babi… et d’ailleurs.

« J’aimai concevoir mes propres tenues, j’ai commencé par les poster sur les réseaux sociaux, tout le monde a commencé à m’appeler, me commander des tenues, c’est comme ça que le business a commencé. » Un business qui a connu un décollage fulgurant pour Sali Ouattara, tout juste 27 ans, Abidjanaise installée aux États-Unis. « J’ai commencé par ouvrir un petit atelier, avec un seul couturier et faire du sur-mesure. Deux ans après, j’ai eu l’opportunité d’aller poursuive mes études aux États-Unis en marketing et gestion. J’ai fini par m’y installer ». Déjà diplômée d’un master en finance, Sali va dès lors mettre toutes ces compétences au profit de son business. Et ça marche.

« Dès le départ, j’ai pensé cette activité comme un business, sans forcément le côté styliste. Car je ne le suis pas. J’ai fermé l’atelier pour ouvrir, en août 2017, ma première boutique, ici, rue des Jardins. » En suivront 4 autres, au Mali, Congo Brazzaville, Ouagadougou et la dernière en date, ouverte fin novembre 2018, à Dakar. Le tout en moins d’un an. « Ça marche très bien, malgré la concurrence… mais ça aussi, c’est le business. » Et pour se démarquer, Sali n’hésitent pas à mettre le wax à la portée des jeunes générations, nourries aux autres tendances made in USA. « J’adapte les tissus africains à ce qu’aime porter les jeunes aujourd’hui. Sans perdre notre valeur ajoutée, le pagne. » Le pagne est ainsi mis sous toute ses coutures, des sandales aux maillots de bain en passant par les sacs à dos et parapluies. « A l’origine, rappelle-t-elle au passage, le pagne n’est pas africain, mais l’Afrique l’a adopté. Aujourd’hui, je veux le promouvoir mais avec une touche de modernité. »

Déjà très présente sur les réseaux sociaux, Sali, entre autres lauréate du prix 2015 de Vlisco, a très vite adopté l’e-Commerce pour porter encore plus loin sa marque.

https://lilicreation.net

Naïma Dolls, « des poupées qui nous ressemblent ! »

Des cheveux tressés ou afro, des jupes en wax avec accessoires assortis, les poupées Naïma ont tout des plus grandes mannequins. Et c’est précisément là l’idée de leur créatrice, Sara Coulibaly, Ivoirienne de 32 ans. « Des poupées qui nous ressemble » selon le slogan de cette ligne de jouets qui proposent plus qu’un moment de jeu. « J’appartiens à cette génération de femmes en réparation, de la diaspora, repat aujourd’hui, adepte du nappy. Et comme toutes les mamans, quand j’ai eu ma fille, Naïma, j’ai cherché des jouets qui lui ressemblent. Sans caricaturer les traits, explique Sara. Les enfants ne sont pas toujours conscients, mais c’est dès cet âge qu’ils doivent être sensibiliser sur ces questions. Être belle au naturel, avec la peau noire, les cheveux crépus… Les poupées Naïma ne s’adressent d’ailleurs pas qu’aux Africains mais à tous ceux qui s’intéressent à la culture Afrique et Caraïbe ». Des poupées de différents formats, styles, et entièrement conçues en Côte d’Ivoire, dans l’atelier de Sara qui en réalise les dessins.

Loin d’être la première expérience entrepreneuriale de Sara, multi-diplômée_ en dessin d’architecture, en intelligence artificielle et entreprenariat_, de retour en terre natale depuis 4 ans, après des études en France et Belgique. En 2012, elle se fait connaître avec My Miri, une marque de chaussures prisée des fashionistas de la région et de la diaspora. Avec Naïma dolls, lancée en 2014, elle récidive avec un produit pour les enfants, mais toujours très mode. « Nous lançons une série collector signés par des stylistes de renommés. »

En attendant, l’aventure Naïma Dolls se poursuit. Avec 5000 poupées produites l’année dernière, Sara vise désormais le double. « Nous sommes distribués dans les grandes surfaces qui nous ont fait confiance. On propose aussi nos modèles en ligne et on vend ainsi en Afrique, en Europe, aux Antilles, aux États-Unis. Mais on ne peut satisfaire la demande. On doit produire plus. » Au programme également, d’autres jouets. Toujours avec le même ADN, Africa is beautiful.

www.naimadolls.com

Instant chocolat La #CocoaRevolution ! »

En face du célèbre Allocodrome, à Cocody, au milieu des odeurs de poulets et allocos, un parfum de chocolat s’échappe de l’atelier d’Axel-Emmanuel Gbaou. A 34 ans, cet ancien banquier, dirige l’une des rares marques de chocolat 100% made in Côte d’Ivoire, Instant chocolat. Une entreprise prospère et présente sur le marché international avec un véritable impact social. « Je suis né et j’ai grandi en Côte d’Ivoire. J’ai étudié le droit public et les sciences politiques à l’université d’Abidjan puis j’ai effectué un master en fiscalité avant de devenir banquier. Mais, depuis tout petit, je rêvais d’avoir mon entreprise et d’être mon propre patron. » Finalement, le cacao va lui permettre de réaliser ce rêve. « J’ai grandi à l’ombre des cacaoyers en Côte d’Ivoire, premier producteur de cacao au monde. Cela m’agaçait de ne pas voir de marques de tablettes de chocolat ivoiriennes dans les rayons des supermarchés. Il fallait agir et vite ! La passion du chocolat m’a conduite à quitter mon poste de banquier. »

Décidé à transmettre sa passion à d’autres, celui qui sera sacré champion de Côte d’Ivoire et vice-champion d’Afrique de chocolat-pâtisserie, mène un projet, « chocolaterie en milieu rural ». « J’ai décidé de former, en trois ans, 25 000 femmes productrices de cacao afin qu’elles soient vraiment indépendantes financièrement. Pour le moment, elles apprennent la torréfaction des fèves ainsi que le calibrage. Puis, je produis du chocolat pâtissier dans mon atelier à Abidjan. Huit cents femmes ont été formées à ce jour. Elles se chargent de transmettre leur savoir-faire à d’autres productrices. Grâce à cela, leur production est commercialisée. »

A côté, il développe sa marque… avec « impatience. » « Je ressens une sorte d’impatience. L’Afrique a déjà perdu beaucoup de temps. Je vais lancer une nouvelle collection de tablettes de chocolat, emballées dans du pagne. Et, à la fin de l’année 2019, j’espère exporter les premières tablettes de chocolat fabriquées dans un autre pays d’Afrique avec des recettes innovantes. Nous préparons la #CocoaRevolution ! »

http://www.axelemmanuelchocolatier.com

Les secrets de Martha 100% pur jus

Depuis quelques mois, de nouvelles bouteilles de jus de fruit, apparaissent sur les étalages des grandes surfaces d’Abidjan. Bissap blanc, Bissap rouge, Coco ananas, Gingembre passion et agrumes, Cocota orange ou encore Morito. Le tout dans des flacons soigneusement présentés. Le fruit du travail de Carole Assoukpou. « J’ai suivi des études de marketing au Sénégal avant de travailler dans la communication. J’ai alors mené une mission de consulting pour une femme qui opère dans la transformation de produits locaux. » Une expérience qui réveillera certains souvenirs. « Petite, après avoir perdu notre père, ma mère, qui était secrétaire dans la fonction publique, pour s’occuper de ses deux enfants et boucler les fins de mois difficiles, pressait des fruits qu’elle mettait dans des sachets et que nous l’aidions à vendre. Je lui ai toujours dit qu’un jour, je lui construirais une usine de Bissap. » Promesse tenue, en avril 2018, elle créé sa société sous le nom « Les jus de Martha », en hommage à sa mère.

« On fait de la transformation de toutes sortes de jus. On a d’excellents fruits en Côte d’Ivoire mais les jus ne sont pas forcément bien conditionnés. On a créé une unité de transformation moderne pour combler ce manque et ça fonctionne. » Mieux, en moins de six mois d’existence, Carole décroche des contrats avec des distributeurs et restaurateurs locaux. « Le premier week-end, à Carrefour, nous avons vendu 150 bouteilles. » Depuis, sur l’ensemble de ses distributeurs, elle en vend 2000 en moyenne. Créant ainsi 10 emplois !

Désormais, pour Carole, le défi est de répondre à la demande. Et donc d’augmenter sa capacité de production. « On produit 200 bouteilles par jour. Ce qui ne nous permet pas de répondre à toutes les demandes. » D’autant que la jeune société pense aussi diversification. « On ne va pas rester dans le fruit. On va également produire des sauces d’accompagnement pour faciliter la tâche des jeunes femmes qui travaillent ». Et partir alors à la conquête du continent… et du monde !

https://fr-fr.facebook.com/pages/category/Product-Service/Les-Jus-Martha-681306672232542/

Subsaharienne bio Belles au naturel

Maïmouna Coulibaly, 31 ans, développe, produit et commercialise des cosmétiques naturels et soins de bien-être à partir de matières premières locales sous la marque Subsaharienne Bio. « La particularité de nos cosmétiques sont les vertus thérapeutiques qu’ils possèdent au-delà de leurs propriétés physiques », explique « Mouna » qui puise dans l’aromathérapie.  « L’utilisation des composés aromatiques de plantes à des fin médicales apportent bien-être. Nos soins sont des moments privilégiés et agréables que nos clientes s’offrent au quotidien chez elle. » Une clientèle essentiellement féminine, âgée entre 35 et 60 ans, de classe moyenne supérieure à classe aisée, actives, « qui aiment se faire plaisir et ont les moyens de le faire ».

Une aventure entrepreneuriale que « Mouna » n’avait pas anticipée.  « J’ai fait 4 années de journalisme, pour ensuite travailler dans l’évènementiel et le cinéma jusqu’en 2014 où j’ai découvert le monde des soins naturels. Sujette depuis la naissance à des problèmes de peaux récurrents, j’ai profité d’un voyage en Inde, pays réputé pour sa science des plantes, pour rechercher des alternatives naturelles. Non seulement, cette démarche s’est avérée concluante, mais elle a surtout suscité en moi une passion, un désir de faire bien plus que d’être consommatrice ou importatrice de produits provenant de l’extérieur. » Elle démissionne alors en 2015 pour se consacrer à des études en cosmétiques naturels et des recherches sur la pharmacopée africaine. « Je découvre alors que non seulement, nous avons une richesse non exhaustive en termes de matières premières à forte valeur ajoutée dans l’industrie cosmétique, mais surtout, en m’engageant à les valoriser par leur transformation, je crée de la richesse et de la fierté pour ma communauté. Je crois fermement qu’être entrepreneur, nous permet de changer les choses pour nous, pour notre communauté. »

Et d’ajouter : « Aujourd’hui l’un des défis majeurs du continent est la transformation locale de ses matières premières pour donner un nouveau souffle à notre économie et inverser les rapports de forces économiques inégaux. SUB SAHARIAN BIO, c’est ma contribution à cet idéal. »

www.subsaharianbio.com

*Articlé publié dans le Hors-Série Côte d’Ivoire d’Afrique Magazine-Janvier 2019