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Politique africaine : Les sept candidats de la droite et du centre déroulent leur programme sur RFI

Les sept candidats à la primaire de la droite et du centre ont été interrogés sur RFI sur la  politique africaine qu’ils mèneraient s’ils sont élus Président. Petit tour d’horizon des réponses de Nicolas Sarkozy, Bruno Le maire, Alain Juppé, François Fillon, Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Frédéric Poisson.

La politique africaine est toujours un dossier sensible dans l’arsenal étatique français, débouchant parfois sur des relations houleuses entre la France et le continent. Le journaliste de RFI Christophe Bouabouviers a interrogé les sept candidats à la primaire de la droite et du centre, Nicolas Sarkozy, Bruno Le maire, Alain Juppé, François Fillon, Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Frédéric Poisson sur la politique africaine qu’il mettront en œuvre s’ils sont élus président de la République française.

 

« La France, qui a souvent eu des relations incestueuses avec l’Afrique, a une vision dépassée des Etats africains » Bruno Le Maire

 

Bruno Le Maire a été on ne peut plus clair, estimant qu’il faut en finir avec le paternalisme à la française en Afrique. « Ce qui changera c’est que nous mettrons fin définitivement à la Françafrique. Il n’y aura pas de conseiller spécial, ni de monsieur Afrique à l’Elysée ! », soulignant que l’Afrique doit être traitée d’égal à égal comme les pays d’Amérique latine ou d’Asie. « La France, qui a souvent eu des relations incestueuses avec l’Afrique, a une vision dépassée des Etats africains », renchérit-il. « Est-ce que notre réaction sur les élections au Gabon et sur ceux des pays asiatiques sont les mêmes ? Non. C’est insupportable pour les Etats africains et je comprends parfaitement la frustration que les populations peuvent ressentir. Nous devons entrer dans une ère nouvelle où les relations entre la France et les pays africains seront au même pied d’égalité.», selon Bruno Le Maire.

 

« Le mot Françafrique ne veut rien dire », Jean-François Copé

 

Un avis que ne partage pas Jean-François Copé qui, au contraire, semble vouloir maintenir la spécificité des relations qu’entretient la France avec l’Afrique. Selon lui, « le mot Françafrique ne veut rien dire car l’Afrique a surtout besoin d’une économie forte et de stabilité politique. Le rôle du chef d’Etat c’est de construire avec chaque Etat africain une relation qui porte sur l’avenir économique et culturelle. Nous avons de grandes choses à bâtir avec l’Afrique ». Même son de cloche pour Jean-Frederic Poisson, qui estime qu’il est nécessaire que « la France intervienne militairement lorsque nos intérêts sont menacés et en jeu. Pour lui, la France n’a pas à succomber sous le poids de l’histoire », ajoutant que « la France est un grand pays et qu’elle doit le démontrer de manière constante sur le continent africain ».

 

« L’Afrique est une maison en construction et il y a matière à réinvestissement pour la France», Nathalie Kosciusko-Morizet

 

De son côté, Nathalie Kosciusko-Morizet juge que « le bilan de la politique africaine de François Hollande est très négatif car il n’a pas été au rendez-vous. La France est passée à côté de pleins d’opportunités en Afrique alors que l’Afrique est encore une maison en construction et qu’il y a matière à réinvestissement pour la France ».

 

« Il faut sortir de la vision dépassée sur l’Afrique tournée autour de l’aide au développement », Alain Juppé

 

Alain Juppé a, lui, mis l’accent sur les partenariats économiques et propose un plan en trois points : « Pour la dimension politique, les choix se feront en Afrique et pas à Paris. Il faut vraiment afficher nos intentions dans ce domaine. Concernant la dimension économique, il faut sortir de la vision dépassée sur l’Afrique tournée autour de l’aide au développement mais plutôt privilégier les partenariats d’égal à égal et assurer une présence accrue de nos PME. Et concernant le dimension culturelle et linguistique, il faut faire la promotion de la langue française ».

 

« Un grand plan Marshall pour lutter contre l’immigration clandestine », Nicolas Sarkozy

 

Quand à Nicolas Sarkozy, il propose la mise sur pied d’un « grand plan Marshall pour lutter contre l’immigration clandestine. C’est la seule solution pour tenter de maîtriser les mouvements migratoires dont l’ampleur sans précédent n’a jamais été aussi important depuis le début de l’humanité qu’en ce moment même. Beaucoup de solutions aux problèmes de l’Europe se trouvent en Afrique ». Une vision de l’Afrique qui nuance avec ses propos du discours de Dakar, qu’il a prononcé le 7 juillet 2007, neuf ans, jour pour jour, qui avait fait polémique, après qu’il ait affirmé que « l’Afrique n’est pas encore entrée dans l’histoire ». Interrogée sur ce sujet houleux, il a déploré s’être mal fait comprendre. « J’ai dit aux Africains qu’ils n’ont pas la place qu’ils méritent dans l’organisation du monde.        La preuve est qu’il n’y a pas un seul Etat africain qui est membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Je ne peux pas accepter ça. Je souhaite une réforme du Conseil de sécurité avec deux postes pour l’Afrique ».

 

« Nous avons commis des erreurs, on ne peut plus faire le chemin des peuples à leur place », François Fillon

 

Pour François Fillon, les liens entre la France et l’Afrique sont indissociables et historiques et personne ne peut détruire cela. Nous avons commis des erreurs dans le passé en s’ingérant trop dans les affaires africaines et l’ingérence militaire s’est traduite parfois comme une forme de destruction négative. On ne peut plus faire le chemin des peuples à leur place. On peut venir en aide, en soutien, dans le respect du droit international, mais pas au delà ».

 

« La France n’a pas à mettre son grain de sel au Gabon », Alain Juppé

 

Les candidats ont aussi été interrogés sur la situation du Gabon suite à l’élection à la présidentielle contestée d’Ali Bongo. « Le Gabon était un havre de paix et de stabilité avec l’expérience de Feu Omar Bongo », affirme Nicolas Sarkozy. Selon l’ex-Président, « ces élections sont une occasion manquée pour le pays. La seule chose qui compte c’est d’éviter que le Gabon berce dans la violence », ajoutant qu’il est « toujours réservé lorsqu’un dirigeant français commente une élection africaine alors que l’Union africaine ne l’a pas fait. Le problème c’est que si on commente l’élection on nous accuse d’ingérence, si on ne le fait pas on nous accuse de complicité avec le pouvoir en place… »

 

François Fillon pense, quant à lui, que « la communauté internationale tout comme la France doivent dire les choses concernant l’élection au Gabon, dont des soupçons d’éligibilité pèsent, pour que le pays ne pense pas qu’à l’international on ne voit pas ce qui se passe. Notre histoire très ancienne avec le Gabon nous autorise à le faire ».

 

Alain Juppé, plus catégorique, n’a pas la même analyse sur le sujet, estimant au contraire que « la France n’a pas à mettre son grain de sel au Gabon, c’est aux Gabonais de régler ces questions ».

 

« Je ne regrette pas l’intervention en Libye, qui était légitime » Nicolas Sarkozy

 

Les candidats ont aussi été interrogés sur l’intervention militaire française en Libye, aujourd’hui plongée dans le chaos, livrés à des milices et même à l’Etat islamique. Nicolas Sarkozy a dès le départ affirmé qu’il ne regrettait en rien l’intervention en Libye, dont il rappelle qu’elle a été autorisée par un mandat international. Questionné sur ce qu’il a à répondre à Idriss Deby, qui a évoqué « un service après-vente », qui n’a pas été assuré en Libye, sa riposte a été cinglante : « Je ne communique pas avec Idriss Deby, qui est mal placé pour donner des leçons », rappelant qu’il n’était « pas au pouvoir au moment où la Libye a été abandonnée », et qu’il ne pouvait rien y faire à ce moment-là.

 

François Fillon préconise, lui, de régler d’abord le conflit syrien en se rapprochant de la Russie et de l’Iran pour espérer mettre un terme à l’Etat islamique qui gagne du terrain en Libye. « Sans cela on n’arrivera pas à régler le problème libyen », prévient-t-il.

 

« Ils ont tous joué le jeu et accepté de répondre à nos questions »

 

Après avoir recueilli leurs propos, RFI a organisé une émission spéciale pour les analyser ce vendredi soir en présence de Christophe Bouabouviers, qui a mené ces interviews. Selon lui, « la démarche de les interroger sur la politique africaine peut être insolite alors même qu’ils sont en pleine campagne pour les primaires. On peut penser qu’ils ont d’autres priorités que l’Afrique. Mais on s’est dit que celui qui remporte la primaire pourrait être le futur Président qui sera amené à aborder la politique étrangère et notamment la politique africaine, explique Christophe Bouabouviers. Contre toute attente, ils ont tous joué le jeu et accepté de répondre à nos questions. »

 

Selon les informations de RFI, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé envisagent déjà de faire une tourner en Afrique s’ils venaient à remporter la primaire, qui aura lieu les 20 et 27 novembre 2016. En attendant, les dés sont loin d’être jetés tant la bataille est rude et serrée entre les deux principaux rivaux du scrutin.


 

Assanatou Baldé