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Plus de la moitié des jeunes Marocains exclus du marché du travail

Le niveau d’exclusion des jeunes du marché du travail est souvent minoré par la mesure du taux de chômage au Maroc. La lutte contre cette exclusion passe aujourd’hui par la croissance économique mais les moins formés restent encore à la marge.

Le taux de chômage des jeunes est très élevé au Maroc. 20,1% des jeunes entre 15 et 24 ans, en 2014, cherchent un travail, selon le Haut Commissariat au Plan (HCP). Pire, le taux de chômage des jeunes augmente avec le nombre d’années d’étude. Ce terrible constat, presqu’absurde –les études ne doivent-elles pas au contraire nous garantir un emploi ?– sans cesse renouvelé au Maroc, n’est pourtant pas le bon. La réalité est plus terrible encore, car l’indicateur qui permet réellement de mesurer la déshérence des jeunes, leur exclusion, n’est pas le taux de chômage mais son corollaire, le taux d’inactivité. 63,8% des jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni à l’école ni au travail, selon les résultats de l’enquête « Enquête sur les Ménages et la Jeunesse au Maroc 2009-2010 de la Banque mondiale ».Certains cherchent un travail, mais beaucoup d’autres ne cherchent même plus, ou n’ont même jamais cherché. Pourquoi le feraient-ils ?

« Les jeunes pensent avoir très peu de contrôle sur leur avenir économique. Une meilleure éducation et de meilleures compétences sont considérées comme insuffisantes pour obtenir un travail décent, à moins d‘avoir des réseaux ou connaissances personnels ou familiaux et ce dans tous les secteurs économiques : public, privé et informel ; de tels réseaux sont nécessaires même pour obtenir un stage de formation », analyse le rapport de la Banque mondiale « Royaume du Maroc, Promouvoir les opportunités et la participation des jeunes » paru en mai 2012.

 

En 2009-2010, l’enquête de la Banque mondiale évaluait le taux de chômage au sens strict, à seulement 11,4% chez les jeunes de 15 à 29 ans -contre 17,6%, selon le HCP – mais s’ajoutait les 17,24% d’inactifs découragés, autrement dit de jeunes gens ayant abandonné la recherche d’emploi convaincus qu’ils n’en trouveraient pas. 36,2%, inactif purs, n’avaient même pas l’intention de travailler pour des raisons d’ordre familial. Les jeunes femmes rurales y sont surreprésentées. A cette période, environ 88,2% des jeunes femmes et 41,2 des jeunes hommes étaient exclus de la population active, révèle la Banque mondiale.

Un point de croissance : 30 000 emplois

L’exclusion économique et sociale dont souffrent les jeunes est liée, d’abord, à l’incapacité de l’économie marocaine à créer suffisamment d’emplois. « Le nombre d’emplois créés annuellement au Maroc est estimé à 120 000 (moyenne des 5 dernières années), alors que le nombre de demandeurs d’emploi qui arrivent chaque année sur le marché du travail est estimé à 180 000», indique le Rapport pays du Maroc, pour la Conférence ministérielle 2014 sur l’emploi des jeunes, qui s’est tenu à Abidjan, en juillet dernier. Un écart de 60 000 emplois. « On estime que chaque point de croissance permet la création de près de 30 000 emplois », ajoute le Rapport pays.

En 2009, le gouvernement a conçu le Plan Emergence en focalisant ses efforts sur 6 secteurs exportateurs et industrialisant avec pour objectif de créer 220 000 nouveaux emplois, d’ici à 2015. « A fin 2012, 110 000 emplois ont été créés dans le cadre du PNEI, dont la moitié dans l’automobile et l’Offshoring [voir interview du DRH de Webhelp, ndlr]. Ce programme a été « relifté » dernièrement (avril 2014) pour devenir la « stratégie d’accélération industrielle » avec l’ambition de créer 500 000 emplois à l’horizon 2020 et faire passer la part de l’industrie dans le PIB de 14 à 23% », précise le Rapport pays.

80% des chômeurs ont une éducation inférieure au secondaire

L’inadéquation entre la formation dispensée par le système éducatif et les besoins des entreprises est souvent citée comme l’autre cause majeure du chômage et du découragement. Pour pallier cette difficulté, dans le cadre du Plan Emergence, l’Etat a délégué la gestion de certains établissements de formation directement aux associations professionnelles. L’institut des métiers de l’aéronautique (IMA), et les Instituts de Formation aux Métiers de l’Industrie Automobile (IFMIA) sont ainsi codirigés par les professionnels de chaque secteur.

Cependant, selon l’étude 2009-2010 de la Banque mondiale, même si le taux de chômage des jeunes diplômés est trois fois supérieur à celui des jeunes sans diplôme, « près de 80% des jeunes chômeurs ont une éducation inférieure au secondaire (voire pas d‘éducation du tout) ». Or, les ‘métier mondiaux du Maroc’ visé par le Plan Emergence, même peu qualifiés, demandent un minimum de formation antérieure. L’IFMIA de Casablanca recrute, par exemple, lycéens et bacheliers et l’IMA des bacheliers et bac+2.

Selon l’enquête de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) sur le marché de l’emploi et les besoins des entreprises, ces secteurs d’activités représentent 44% des prévisions de créations de postes pour 2015-2016. Cette année, les responsables d’entreprises sondées déclarent avoir besoin de recruter 124 359 personnes, contre 103 365 besoins exprimés dans l’enquête 2014-2015.


 

Par Julie Chaudier

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