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Période électorale au Gabon : Entre enthousiasme et crainte

Les Gabonais iront aux urnes en 2016 pour élire leur président. Les états-majors des partis sont déjà mobilisés. Les cadres du parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) sont visibles sur le terrain depuis plusieurs mois. Les leaders de l’opposition sont également mobilisés. Dans les entreprises, la fièvre monte également à un an du scrutin.

La Présidentielle de 2016 pointe déjà à l’horizon. Au sein des entreprises, notamment les agences publicitaires, l’heure est à l’élaboration des projets de communication politique. Les batailles électorales sont également les batailles de l’image.

Faste période pour les opérateurs économiques

« Les hommes politiques sont nos principaux clients. Nous attendons impatiemment la Présidentielle de 2016. Nous avons déjà déposé des projets de communication auprès de nombreux partis. En 2009, en raison de l’organisation de la dernière Présidentielle, nous avons réalisé un chiffre d’affaire jamais atteint en 10 ans, grâce à l’impression des tee-shirts, casquettes et autres effigies des leaders politiques », a déclaré Georges Ondo, responsable d’une agence de communication basée au quartier Louis, dans le 1e arrondissement de Libreville.

Jean Claude Lekou, homme d’affaires gabonais vient de mettre en place une imprimerie. Il rêve gros, à 1 an des futures échéances électorales. « J’ai manqué une aubaine à l’occasion des obsèques de l’opposant André Mba Obame. Le marché d’impression de tee-shirts était florissant. Je compte me rattraper à la Présidentielle de 2016. Pour l’instant, je dois développer le potentiel relationnel. La force de l’homme d’affaires au Gabon réside dans son carnet d’adresse », a souligné le jeune opérateur économique de 28 ans. Il ajoute : « les périodes de funérailles et de scrutins sont les plus favorables pour les imprimeurs locaux ». Son assertion est corroborée par les propos de Jeanne Marie Ivenda, candidate malheureuse aux élections locales de décembre 2013 : « J’ai dépensé plus de 3 millions de FCFA pour l’impression des casquettes et tee-shirts. Ce volet constitue l’une des plus grandes charges de la campagne ».

Les conflits politiques à l’origine de la baisse des investissements

Les périodes électorales ne font pas toujours le bonheur des opérateurs économiques au Gabon. Les tensions et les conflits postélectoraux récurrents depuis l’avènement du multipartisme au Gabon « sont à l’origine très souvent du ralentissement des investissements. Aucun opérateur économique ne peut investir dans un pays non stable. Les tensions politiques actuelles entre le pouvoir et l’opposition ne favorisent pas le développement de nouveaux projets économiques », a déclaré Yves Mpessa, propriétaire d’une usine de transformation de bois.

A cela, il faut ajouter le fait que les magasins et les stations d’essence sont régulièrement la cible des vandales et des militants véreux, qui, non contents des résultats des urnes, détruisent et saccagent les lieux de commerce. Ibrahim Moussavou, épicier au quartier Kinguélé, dans le 3e arrondissement de Libreville, en fait la triste expérience. « Mon magasin a été mis à sac après la proclamation des résultats de la Présidentielle de 2009 », se rappelle-t-il.

« La transparence électorale et le fairplay des leaders politiques, ainsi que la volonté de préserver l’unité nationale sont des éléments indispensables à la culture d’un climat politique favorable aux investissements et à la croissance économique », a laissé entendre  un observateur avisé de la scène politique gabonaise.


Par Pierre Eric Mbog Batassi