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Parcours Savayé Gnoumou, une médecine à distance au plus proche du terrain

Le professeur burkinabè Sayavé Gnoumou est considéré comme l’un des fondateurs de la télémédecine en Afrique. Pour autant, il est loin de se voir comme un innovateur, un inventeur ou un génie des technologies, car ces idées lui sont venus à partir de simples besoins qu’il a rencontrés au cours de sa carrière. Une télémédecine proche du terrain qui inspire une toute nouvelle génération en cette période de crise sanitaire mondiale.

Par Simon Vermot Desroches

 

Chirurgien respecté, le docteur Burkinabè Sayavé Gnoumou est aussi l’un des experts de l’Union africaine en matière de télémédecine et le président du Conseil médical de la société Nazounki, qui réalise des suivis à l’international de patients. Cependant lorsqu’on lui demande comment il est devenu l’un des pères de la télémédecine, il s’étonne, « Vous me flattez ! », et embraye : « La télémédecine existe depuis bien longtemps. Lorsque les militaires utilisent le téléphone pour évacuer un blessé en transmettant des données, c’est de la télémédecine. Lorsque les astronautes sont suivis et soignés à distance c’est aussi grâce à la télémédecine. » C’est aussi simple que cela pour lui, la télémédecine n’est rien d’autre qu’un outil pour soigner au mieux et la technologie a juste été là au bon moment pour l’aider à mieux suivre et soigner ses patients.

 

« L’Afrique où il y a tout à faire a toujours été au cœur de mes préoccupations »

 

 

 

Tout commence alors qu’il travaille comme médecin correspondant en service de chirurgie générale à l’hôpital américain de Neuilly. Il sort alors d’un cursus débuté dans la première promotion de médecine générale de l’université de Ouagadougou, et poursuivi en France, à l’université Jules Vernes de Picardie, pour des spécialisations de chirurgie, puis en médecine d’urgence au CHU Henri Mondor. « Mais l’Afrique où il y a tout à faire a toujours été au cœur de mes préoccupations. J’étais régulièrement sollicité par des ambassades africaines ou des entreprises pour les aider à solutionner le cas de patients dans des grands hôpitaux parisiens », expliqueSayavé Gnoumou. Mais pour suivre ses patients des problèmes se posent : « Pour être efficace il fallait disposer de l’information médicale la plus complète possible avant tout transfert du patient. La solution la plus fiable était de mettre en place un dossier patient électronique, ou dossier médical partagé (DMP) qui imposait certaines informations à fournir pour valider un dossier. J’avais la chance d’avoir des spécialistes du traitement de l’information que je mettais régulièrement au défi. Ce DMP créé en 2002 était ma première réalisation en matière d’e-santé. » Suivront une solution de télésurveillance cardiaque et un travail sur l’imagerie médicale.

« Ces solutions et d’autres que j’ai créées étaient uniquement au service de mes patients et de notre réseau d’experts, pour solutionner les problèmes que nous rencontrions. Sans le vouloir, je me suis retrouvé au centre du traitement de l’information médicale. » Du bon sens, tout simplement pour le chirurgien, mais qui s’avère contagieux sur tout le continent. « Il n’y a qu’à regarder le nombre de solutions anti Covid-19 développées dans chaque pays africain par des jeunes uniquement avec leur esprit d’innovation, pour se rendre compte que c’est une mine d’or. »

 

La prévention, prochain défi de la télémédecine

 

Une mine d’or qu’il compte bien exploiter. « Cette jeunesse a juste besoin d’être orientée et suivie lorsqu’il s’agit de créer pour la médecine et la santé. Et c’est un de nos objectifs. J’ai moi-même quelques équipes de jeunes dans différents pays que je forme et coach dans ce domaine. Vous savez, dans les systèmes bancaires on n’a pas eu besoin d’autant de temps pour adopter le mobile money. Il y avait un « business » pour les opérateurs de téléphonie et ils l’ont fait. La santé n’est pas un « business » comme la banque, mais on arrivera à ce niveau de démocratisation de la télémédecine. » Mais seul il ne pourra pas tout faire, et en appelle donc aux pouvoirs politiques en Afrique, même si, et il le sait, la télémédecine n’a pas le même impact politique que la construction d’un hôpital flambant neuf : « Il est vrai qu’en regardant les investissements on a l’impression d’investir des sommes importantes dans quelque chose qui n’est pas si visible. Et certains vont préférer investir dans du lourd, très spectaculaire, très visible avec une vision auto promotionnelle pour les élections. » Mais hormis cette barrière politique, le médecin ne voit plus de véritable obstacle à cette digitalisation, notamment parce que « la réticence initiale de quelques personnels du corps médical, un peu conservateurs, s’est quasiment estompée après avoir réalisé les bénéfices ».

 

 

Enfin et surtout, Sayavé Gnoumou n’oublie pas qu’une plus grande utilisation de ces outils digitaux pourrait créer un vivier de données au niveau du continent et permettre de mieux analyser et prévoir les crises sanitaires, la diffusion de maladies…  Le futur de la télémédecine et un système qui pourrait pallier les difficultés rencontrées dans les nombreux déserts médicaux du continent, et qui relève une fois de plus du bon sens, car « comme disait un vieux professeur de médecine, la meilleure réanimation est celle qu’on n’aura pas besoin de faire », conclut le praticien.

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